Journal #356 | Page 14

14 compagnons [ voyage ]
ture. C’ était plus simple pour moi d’ accepter une telle opportunité à l’ occasion de mon étape internationale car, en France, leurs horaires décalés ne correspondent pas aux contraintes de la vie en maison de Compagnons. L’ équipe, dans laquelle je me suis intégré très vite, comptait deux pâtissiers et une dizaine de cuisiniers.
L’ équipement était moderne, l’ hygiène irréprochable et l’ ambiance de travail détendue: la hiérarchie est peu marquée, les patrons accessibles. J’ ai particulièrement apprécié la réunion hebdomadaire du lundi matin pendant laquelle chacun présente ses objectifs pour la semaine. Il existait un excellent esprit d’ équipe grâce à une communication ouverte. Les équipes temporisent davantage, la gestion du personnel est plus tranquille. Pourtant, contrairement à la France, le système libéral du pays fait que le risque de perdre son emploi est plus présent; on gagne mieux sa vie, mais la sécurité est moindre. Le rythme était agréable: 40 heures par semaine, de 6 h à 14 h, avec les week-ends libres pour courir, surfer ou partir en randonnée avec un groupe d’ amis français.
80 % de la production en pâtisserie était inspirée de la tradition française. Si les standards différaient de ceux de la France – produits très sucrés, moins raffinés, mais vendus trois fois plus cher( un pain au chocolat peut coûter 7 à 8 $!) –, je me suis adapté. Les produits qui plaisent le plus là-bas sont ceux que l’ on peut facilement reproduire à la maison: cakes, cookies, etc. Du fait d’ une nombreuse population asiatique, les ingrédients issus de cette culture – comme le matcha, l’ huile de sésame … – sont très utilisés.
L’ exigence sur la qualité des ingrédients et le raffinement du produit fini est moindre: les créations sont présentables, mais moins sophistiquées. Au début, cela m’ a surpris, voire frustré. J’ ai proposé des recettes françaises plus légères, parfois sans succès auprès des clients, mais j’ ai apprécié la confiance accordée et la liberté d’ expérimenter. Les patrons m’ ont rapidement accordé leur confiance et laissé être force de proposition. Ma collègue coréenne, formée à l’ École Ferrandi et avec qui je travaillais en binôme, était très ouverte aux essais.
« CETTE ANNÉE M’ A RENDU PLUS À L’ AISE POUR ENGAGER LA CONVERSATION. CE N’ ÉTAIT PAS UN OBJECTIF, MAIS ÇA ME SERVIRA TOUTE MA VIE. »
UN ROAD TRIP ET DES LEÇONS POUR LA VIE Si Wellington m’ a séduit par son cadre, la vie y est tranquille, presque trop: les Kiwis mangent très tôt, les bars et boîtes de nuit ferment tôt. À 23 h, la ville est vide. Inversement, il y a beaucoup de monde en train de se promener dès l’ aurore sur la baie. Ce rythme m’ a permis de profiter de nombreux loisirs: surf, course, randonnées... Mes weekends étaient consacrés aux excursions avec un petit groupe d’ amis français, rencontré grâce à Léa dont j’ avais fait la connaissance à l’ auberge de jeunesse.
Pouvoir échanger avec des Français m’ a fait beaucoup de bien: au moins ils comprenaient mes blagues! Après l’ excitation due à la découverte à mon arrivée, j’ ai été relativement joyeux et heureux jusqu’ à début janvier, quand mon premier contrat s’ est terminé. Mes patrons m’ ont proposé une augmentation de salaire pour que je reste. Mais je souhaitais voir du pays, je suis donc parti pour un road trip à vélo en solitaire avec juste l’ essentiel, expérience déjà vécue en Italie et en France. Celui-ci a été l’ occasion d’ une remise en question pour moi.
1 811 km en un mois! Même si j’ aime l’ endurance, j’ avoue que, physiquement, cela a été plus dur que je ne l’ avais imaginé, du fait des nombreux dénivelés. Une expérience exigeante mais libératrice. Si la météo a été clémente la plupart du temps, j’ ai dû affronter parfois le vent et la pluie; on se sent ainsi très vivant, en fusion avec l’ environnement. Cela permet de faire le vide, réfléchir, se poser des questions. J’ ai osé frapper aux portes pour planter ma tente: l’ accueil était parfois hésitant, mais au final les échanges avec les locaux m’ ont permis de découvrir la culture kiwi autrement. Le sentiment de liberté procuré par ce voyage est addictif, j’ ai très envie de me relancer dans un tel projet à l’ avenir, mais sur une durée encore plus longue.
Assortiment de produits proposés à la vente par le Coffee Shop Glouglou.
UNE AUTRE FACETTE DU PAYS À son terme, je me suis fixé à Wanaka sur l’ île du Sud. La transition a été plutôt difficile dans cette petite ville touristique de 15 000 habitants, comprenant de nombreux retraités aisés.
# 356 / Janvier 2026