12 compagnons [ partage ]
Toutes les Mères( ou presque!) réunies devant l’ un des bâtiments de la fondation de Coubertin.
Ces échanges ont permis de soulever plusieurs points: le besoin de programmer des rencontres régulières entre le Conseil et les Mères avec des sujets bien précis, définir la place des Mères— qu’ elles soient en activité ou non—, ouvrir un canal d’ information dédié entre l’ association et celles-ci, réfléchir à intégrer leur vision aux Assises, savoir faciliter leur venue dans les maisons et les y mettre à l’ aise( question d’ ailleurs se posant également pour les sédentaires).
Des éléments de réponse ont émergé et d’ autres ont besoin de maturer, mais une certitude s’ est fait jour: pouvoir répondre à « ce qu’ est être Mère des Compagnons aujourd’ hui et dans les prochaines années » induit une compréhension de l’ histoire de celles-ci. Pour ce faire, il a été trouvé à cette occasion l’ un des intervenants les plus doués dans la transmission et la vulgarisation des éléments historiques du compagnonnage.
L’ HISTOIRE DES MÈRES, UN HÉRITAGE VIVANT François Icher, historien spécialiste du compagnonnage, est venu présenter le travail de recherche qu’ il a effectué sur l’ histoire des Mères de Compagnons. Un récit passionnant, porté par une narration fluide et captivante, d’ une qualité digne de son auteur. Il a rappelé que, pendant des siècles, le Père et la Mère n’ étaient pas différenciés: ils étaient tous deux aubergistes, avec un rôle d’ accueil. Aujourd’ hui encore, il est encore fait référence à l’ auberge quand on essaie de définir le rôle des Mères, l’ accueil étant considéré comme un aspect important de celui-ci.
C’ est en 1930 que nous observons la fin des Mères aubergistes. Cette notion d’ accueil a donc traversé les temps, portée dans la durée par les femmes qui avaient la charge— par ailleurs toujours aujourd’ hui dans nos maisons de Compagnons—, de loger, nourrir et réunir. Elle s’ accompagne également d’ une autorité morale, inspirant le respect, et d’ un rôle affectif, celui de remplacer la maman dont les jeunes sont éloignés géographiquement ou émotionnellement.
Aujourd’ hui, les mots qui définissent la Mère sont: « discrète, confidente, conseiller, héberger, accompagner moralement, engagement, famille … ». Autant de qualificatifs de leur manière de transmettre les valeurs, chacune étant empreinte de sa propre personnalité.
Après cet exposé historique, l’ aprèsmidi a été animée par le Compagnon Patrick Doffémont, responsable de l’ Institut de la transmission, autour de la Grande Règle. « Un moment d’ analyse très fort sur les valeurs du compagnonnage », souligne notre Mère Robineau( Angers), évoquant « un lien entre nous tous et toutes, à chacun de se l’ approprier ». Ces échanges ont continué d’ apporter une profondeur à notre questionnement sur la définition du rôle des Mères aujourd’ hui.
Témoignage
Notre Mère Baraldo( Paris) « Des journées intenses par tous les échanges, car nous ne nous connaissions pas toutes. Que nous ayons été reçues en 1986 ou 2025, nous partageons une passion, une mission commune, même si elle a quelque peu changé, comme nous l’ avons constaté. Je pense que les Compagnons Pons et Dubus qui ont passé quelques heures avec nous, ont, eux aussi, apprécié la confiance, l’ amitié profonde, la simplicité de nos relations. La plus essentielle peut-être de toutes ces découvertes, que nous avons vécue ensemble, est la réalité de l’ expression « être sœur en Devoir ». »
DES ÉCHANGES PORTEURS D’ AVENIR Il existe des moments suspendus dans la vie, ce week-end en a fait partie, avec une émotion particulière pour certaines, dont les souvenirs de rassemblement de Mères remontaient à plus de 15 ans. Ces moments de transmission et de partage entre générations ont été empreints d’ intensité, d’ affection, révélant une volonté commune d’ accompagner toujours au mieux notre jeunesse.
Ainsi, si ce n’ est pas en un jour que nous définirons ce rôle si particulier – parce que l’ évolution et le mouvement font partie de la vie et de la société actuellement –, nous nous retrouvons toutes instinctivement dans la volonté, l’ investissement et l’ amour au service de la jeunesse et du compagnonnage. Charge à toute la famille du compagnonnage d’ entretenir ces liens et cette communication pour préserver la compréhension entre générations.
Témoignages
Notre Mère Abgrall( Saumur) « Ce week-end a été très intense avec ces retrouvailles entre Mères vécues dans un contexte différent que celui habituel d’ une Réception. Il en ressort un réel besoin pour les Mères de se retrouver et d’ échanger, comme les Compagnons lors de leurs congrès de métier. »
Notre Mère Raye( Lamothe-Landerron) « Ce week-end a été riche en échanges, en discussions, en témoignages des Mères les plus anciennes avec les plus jeunes. Tout a été fluide, nous étions toutes et tous là pour notre belle jeunesse, à l’ écoute de leurs besoins. Ces moments de compagnonnage nous ont beaucoup apporté et enrichi. »
Comme le résume notre Mère Vandamme( Nîmes): « Ce week-end est une confirmation. Les Compagnons doivent le savoir: nous, Mères des Compagnons, sommes là. Nous sommes une présence unie et inébranlable sur laquelle ils ont toujours pu compter et peuvent compter aujourd’ hui et toujours. »
Audrey Dubreuil
Mère des Compagnons de Villaz( Annecy)
# 356 / Janvier 2026