QUEEN BICHE - 9
JULIE IS COMING
Fanny Anseaume
aujourd’hui. Pour Julie, le féminisme n’est évidemment pas
une tendance mais une nécessité et elle rigole doucement en
recevant, depuis peu, des demandes de projets « engagés »,
de la part de personnes qui lui riaient au nez il y a quelques
années. Mais elle sait s’amuser des contradictions qui nous
étreignent parfois. En témoigne son sketch sur le rendez-vous
Tinder, si véridique qu’il en est gênant. Elle avoue que son
engagement a ses propres limites et qu’elle a elle-même un
peu de mal à se lâcher la grappe sur certains sujets, comme
par exemple son poids.
Dans sa pièce, elle s’appuie avec humour sur son expérience
personnelle et s’entoure de personnages pour dénoncer les
injonctions faites aux femmes occidentales, ainsi que toutes
les horreurs perpétuées dans des zones géographiques un
peu plus éloignées de notre tout petit nombril. Et c’est tout en
brandissant un godemichet en guise de « Prix de la minorité
la plus persécutée de l’histoire » qu’elle parvient à nous faire
rire malgré la dureté d’un propos pourtant essentiel.
Julie participe à véhiculer un féminisme intersectionnel qui
manque parfois à nos contemporain.e.s. Elle aborde aussi,
un peu plus tard dans sa pièce, la question tout autant
primordiale des masculinités avec un humour grinçant mais
jamais méchant. Elle nous explique, en buvant son Coca, que
beaucoup d’hommes viennent la voir après son spectacle
pour la remercier de les avoir sensibilisés à sa cause. Deux
conclusions : y’a encore du boulot, mais Julie a réussi son
coup.
M
oins publique mais pas moins talentueuse que ses
consœurs, Julie Bargeton se produit au Théâtre du
Grand Point Virgule dans Woman is coming, un seul-en-
scène qui, comme elle, emporte sur son passage les idées
établies et éveille les consciences.
Julie Bargeton le dit elle-même, elle a raté la vague Instagram.
Si elle y voit un manquement marketing, on préfère y
percevoir qu’elle était plus occupée à multiplier les projets
qu’à se promouvoir publiquement. En témoigne la multiplicité
des supports et des formats sur lesquels elle a travaillé. Pour
n’en citer que quelques-un : la télévision, avec des projets
comme Merci Julie (création et rôle), Roxane, la vie sexuelle de
ma pote (coproduction et rôle principal), le théâtre (10 ans de
mariage, dirigée par Roger Louret), la presse écrite avec des
parutions dans le magazine Grazia ou encore la radio avec
des chroniques pour Rires et Chansons. Sans oublier son
passage comme autrice pour feu Les Guignols de l’info et ses
deux spectacles.
Au café à Montparnasse dans lequel nous sommes installées
après une représentation, Julie dira qu’elle n’a pas le
sentiment que cette variété était une quête mais plutôt la
conséquence de rencontres et de projets naissants.
Un point commun dans tous les discours portés par ceux-ci :
la condition féminine. Elle raconte être devenue féministe par
« la force des choses » et être passée de la-fille-qui-traîne-
qu’avec-des-mecs à celle qui réalise qu’un peu de sororité
nous ferait le plus grand bien. Il y a quatre ans, dans son
premier spectacle, Barbue, elle évoquait déjà ces sujets, si vifs
Si Julie fait rire, elle aime aussi bousculer. Le « spectacle »,
au sens de prestation donnée à voir à un public, est sa
priorité, avant l’humour. Elle cite alors comme référence
Nanette d’Hannah Gatbsy (disponible sur Netflix), la pièce
Les chatouilles d’Andréa Bescond et Eric Métayer, et les
tous premiers sketchs de Dieudonné. On a parlé rap aussi.
Hier, Oxmo Puccino, Casey et Kerry James l’ont éveillée
politiquement. Aujourd’hui, Big Flo&Oli et Orelsan l’amusent.
Elle a d’ailleurs fait une parodie bien énervée du titre Basique
qui a atteint à ce jour plus de 600 000 vues sur Youtube.
Julie reste mystérieuse sur ses projets professionnels mais
confesse que l’écriture d’un long métrage serait une belle
réussite. En parallèle, elle est cette année invitée par le CNC
talents en marge du Festival de Cannes, lors d’une résidence
qui met en relation jeunes auteurs web et producteurs.
En attendant de la voir monter les marches pour un premier
long métrage que l’on imagine déjà militant, nous vous
invitons vivement à vous laisser bousculer par Julie, en allant
la voir sur scène.
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Woman is Coming
Tous les mardis et mercredis à 20h
au Théâtre du Grand Point Virgule, Paris 15ème