Gang de Biches Numéro 5 - Mai/Juin 2019 | Page 9

QUEEN BICHE - 9 JULIE IS COMING  Fanny Anseaume aujourd’hui. Pour Julie, le féminisme n’est évidemment pas une tendance mais une nécessité et elle rigole doucement en recevant, depuis peu, des demandes de projets « engagés », de la part de personnes qui lui riaient au nez il y a quelques années. Mais elle sait s’amuser des contradictions qui nous étreignent parfois. En témoigne son sketch sur le rendez-vous Tinder, si véridique qu’il en est gênant. Elle avoue que son engagement a ses propres limites et qu’elle a elle-même un peu de mal à se lâcher la grappe sur certains sujets, comme par exemple son poids. Dans sa pièce, elle s’appuie avec humour sur son expérience personnelle et s’entoure de personnages pour dénoncer les injonctions faites aux femmes occidentales, ainsi que toutes les horreurs perpétuées dans des zones géographiques un peu plus éloignées de notre tout petit nombril. Et c’est tout en brandissant un godemichet en guise de « Prix de la minorité la plus persécutée de l’histoire » qu’elle parvient à nous faire rire malgré la dureté d’un propos pourtant essentiel. Julie participe à véhiculer un féminisme intersectionnel qui manque parfois à nos contemporain.e.s. Elle aborde aussi, un peu plus tard dans sa pièce, la question tout autant primordiale des masculinités avec un humour grinçant mais jamais méchant. Elle nous explique, en buvant son Coca, que beaucoup d’hommes viennent la voir après son spectacle pour la remercier de les avoir sensibilisés à sa cause. Deux conclusions : y’a encore du boulot, mais Julie a réussi son coup. M oins publique mais pas moins talentueuse que ses consœurs, Julie Bargeton se produit au Théâtre du Grand Point Virgule dans Woman is coming, un seul-en- scène qui, comme elle, emporte sur son passage les idées établies et éveille les consciences. Julie Bargeton le dit elle-même, elle a raté la vague Instagram. Si elle y voit un manquement marketing, on préfère y percevoir qu’elle était plus occupée à multiplier les projets qu’à se promouvoir publiquement. En témoigne la multiplicité des supports et des formats sur lesquels elle a travaillé. Pour n’en citer que quelques-un : la télévision, avec des projets comme Merci Julie (création et rôle), Roxane, la vie sexuelle de ma pote (coproduction et rôle principal), le théâtre (10 ans de mariage, dirigée par Roger Louret), la presse écrite avec des parutions dans le magazine Grazia ou encore la radio avec des chroniques pour Rires et Chansons. Sans oublier son passage comme autrice pour feu Les Guignols de l’info et ses deux spectacles. Au café à Montparnasse dans lequel nous sommes installées après une représentation, Julie dira qu’elle n’a pas le sentiment que cette variété était une quête mais plutôt la conséquence de rencontres et de projets naissants. Un point commun dans tous les discours portés par ceux-ci : la condition féminine. Elle raconte être devenue féministe par « la force des choses » et être passée de la-fille-qui-traîne- qu’avec-des-mecs à celle qui réalise qu’un peu de sororité nous ferait le plus grand bien. Il y a quatre ans, dans son premier spectacle, Barbue, elle évoquait déjà ces sujets, si vifs Si Julie fait rire, elle aime aussi bousculer. Le « spectacle », au sens de prestation donnée à voir à un public, est sa priorité, avant l’humour. Elle cite alors comme référence Nanette d’Hannah Gatbsy (disponible sur Netflix), la pièce Les chatouilles d’Andréa Bescond et Eric Métayer, et les tous premiers sketchs de Dieudonné. On a parlé rap aussi. Hier, Oxmo Puccino, Casey et Kerry James l’ont éveillée politiquement. Aujourd’hui, Big Flo&Oli et Orelsan l’amusent. Elle a d’ailleurs fait une parodie bien énervée du titre Basique qui a atteint à ce jour plus de 600 000 vues sur Youtube. Julie reste mystérieuse sur ses projets professionnels mais confesse que l’écriture d’un long métrage serait une belle réussite. En parallèle, elle est cette année invitée par le CNC talents en marge du Festival de Cannes, lors d’une résidence qui met en relation jeunes auteurs web et producteurs. En attendant de la voir monter les marches pour un premier long métrage que l’on imagine déjà militant, nous vous invitons vivement à vous laisser bousculer par Julie, en allant la voir sur scène.  -------------------------------------------------- Woman is Coming Tous les mardis et mercredis à 20h au Théâtre du Grand Point Virgule, Paris 15ème