Gang de Biches Numéro 5 - Mai/Juin 2019 | Page 8

8 - QUEEN BICHE LE MICRO CHANGE DE MAIN POUR QUE LES VOIX S’ÉLÈVENT  Marion Le Guenic A lors que certain·e·s considèrent que religion et féminisme ne feraient pas bon ménage, les fondatrices de l’association Lallab veulent prouver qu’un voile n’empêche pas de défendre la cause féminine. Bien décidées à faire évoluer les préjugés tenaces concernant les femmes musulmanes, elles leur permettent de prendre la parole qu’on leur a trop souvent confisqué, tout en oeuvrant pour la liberté de toutes. réduites au cliché de femmes soumises, vulnérables, sans liberté de décision, elles sont considérées comme une seule entitée dont la pluralité est niée. Sarah, par exemple, représente l’image de la femme musulmane qui n’est pas montrée dans les médias, ou alors comme une exception : elle est libre, diplômée, jeune entrepreneuse et féministe. Évidemment, elles sont très nombreuses à être dans son cas ! Avec Justine, qui elle, est blanche et athée, elles prônent un féminisme qui n'exclut aucune minorité et se sont données comme objectif de déconstruire les clichés qui entravent la liberté des femmes. « Les fondatrices sont intimement persuadées que l’on peut allier islam et féminisme sans contradiction. » Ses actions, aussi plurielles que sa communauté L’histoire commence en 2014 par un voyage de 5 mois : Sarah Zouak, étudiante franco-marocaine, décide de partir à la rencontre de 25 femmes musulmanes qui font bouger les lignes. Ces modèles, qui nourriront aussi sa quête personnelle, seront les sujets de son documentaire Women SenseTour in Muslim Countries. À son retour, elle s’associe à son amie Justine Devillaine pour monter l’association Lallab. Leur but : redonner la parole aux femmes musulmanes. Alors que les fondatrices sont intimement persuadées que l’on peut allier islam et féminisme sans contradiction, elles se heurtent pourtant en 2017 à une vague de cyber harcèlement et subissent une campagne de désinformation virulente. Face à ses détracteurs, l'association tient le cap et est largement soutenue. Sur son site internet, elle se défend encore aujourd’hui, avec vigueur et parfois avec humour, de tout ce qui a pu se dire sur elle. L’acharnement que la structure a subi prouve que son choix de prendre la parole est nécessaire : la stigmatisation et l’islamophobie envers ces femmes est bien vivace ! Pour les combattre, les fondatrices considèrent qu’un renouvellement des représentations des musulmanes est inévitable, notamment dans les médias. Trop souvent Pour sensibiliser tout en se faisant une place plus large dans la sphère publique, Lallab multiplie les activités : ateliers de sensibilisation dans les lycées, projections du documentaire ou encore groupes de parole, les formats sont aussi variés que les publics concernés. Il existe même un magazine en ligne, animé par les « Lallas », qui regroupe portraits et témoignages. L’association et ses 250 bénévoles pilotent aussi la version française d’un événement phare pour les musulmanes : le Muslim Women’s day (le 27 mars), une journée de célébration impulsée par Amani Al-Khatahtbeh, la fondatrice du média américain Muslim Girl. Cette année, l’objectif était de soulever la question du racisme pendant les études et le poids de ces attaques sur l’ambition et le parcours des étudiantes. Le mois dernier, l’asso était fière de souffler sa troisième bougie en proposant le Lallab Birthday, un festival féministe et antiraciste. À l’image de la marraine de l’événement, Assa Traoré, ce sont les Résistantes qui ont été mises à l’honneur de cette journée : ces femmes qui résistent aux injustices, au racisme, au sexisme…  ---------------------------------------------------- Tu souhaites agir aux côtés de l’association ? Rendez-vous sur lallab.fr