8 - QUEEN BICHE
LE MICRO CHANGE DE MAIN
POUR QUE LES VOIX S’ÉLÈVENT
Marion Le Guenic
A
lors que certain·e·s considèrent que religion et féminisme
ne feraient pas bon ménage, les fondatrices de
l’association Lallab veulent prouver qu’un voile n’empêche
pas de défendre la cause féminine. Bien décidées à faire
évoluer les préjugés tenaces concernant les femmes
musulmanes, elles leur permettent de prendre la parole
qu’on leur a trop souvent confisqué, tout en oeuvrant pour
la liberté de toutes.
réduites au cliché de femmes soumises, vulnérables, sans
liberté de décision, elles sont considérées comme une
seule entitée dont la pluralité est niée. Sarah, par exemple,
représente l’image de la femme musulmane qui n’est pas
montrée dans les médias, ou alors comme une exception :
elle est libre, diplômée, jeune entrepreneuse et féministe.
Évidemment, elles sont très nombreuses à être dans son cas !
Avec Justine, qui elle, est blanche et athée, elles prônent un
féminisme qui n'exclut aucune minorité et se sont données
comme objectif de déconstruire les clichés qui entravent la
liberté des femmes.
« Les fondatrices sont
intimement persuadées
que l’on peut allier islam et
féminisme sans contradiction. »
Ses actions, aussi plurielles que sa communauté
L’histoire commence en 2014 par un voyage de 5 mois :
Sarah Zouak, étudiante franco-marocaine, décide de partir
à la rencontre de 25 femmes musulmanes qui font bouger
les lignes. Ces modèles, qui nourriront aussi sa quête
personnelle, seront les sujets de son documentaire Women
SenseTour in Muslim Countries. À son retour, elle s’associe à
son amie Justine Devillaine pour monter l’association Lallab.
Leur but : redonner la parole aux femmes musulmanes. Alors
que les fondatrices sont intimement persuadées que l’on
peut allier islam et féminisme sans contradiction, elles se
heurtent pourtant en 2017 à une vague de cyber harcèlement
et subissent une campagne de désinformation virulente. Face
à ses détracteurs, l'association tient le cap et est largement
soutenue. Sur son site internet, elle se défend encore
aujourd’hui, avec vigueur et parfois avec humour, de tout ce
qui a pu se dire sur elle. L’acharnement que la structure a subi
prouve que son choix de prendre la parole est nécessaire :
la stigmatisation et l’islamophobie envers ces femmes est
bien vivace ! Pour les combattre, les fondatrices considèrent
qu’un renouvellement des représentations des musulmanes
est inévitable, notamment dans les médias. Trop souvent
Pour sensibiliser tout en se faisant une place plus large dans
la sphère publique, Lallab multiplie les activités : ateliers de
sensibilisation dans les lycées, projections du documentaire
ou encore groupes de parole, les formats sont aussi variés
que les publics concernés. Il existe même un magazine
en ligne, animé par les « Lallas », qui regroupe portraits et
témoignages. L’association et ses 250 bénévoles pilotent
aussi la version française d’un événement phare pour les
musulmanes : le Muslim Women’s day (le 27 mars), une
journée de célébration impulsée par Amani Al-Khatahtbeh,
la fondatrice du média américain Muslim Girl. Cette année,
l’objectif était de soulever la question du racisme pendant
les études et le poids de ces attaques sur l’ambition et le
parcours des étudiantes. Le mois dernier, l’asso était fière de
souffler sa troisième bougie en proposant le Lallab Birthday,
un festival féministe et antiraciste. À l’image de la marraine de
l’événement, Assa Traoré, ce sont les Résistantes qui ont été
mises à l’honneur de cette journée : ces femmes qui résistent
aux injustices, au racisme, au sexisme…
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