Gang de Biches Numéro 5 - Mai/Juin 2019 | Page 7
QUEEN BICHE - 7
Justement j’allais te demander : quels ateliers
proposez-vous ?
On a de tout ! On fait des ateliers par saison, par exemple
cet hiver c’est le armknitting,
le tricot XXL avec les bras, qui
a cartonné. Mais on fait aussi
de la broderie sur t-shirt, du
tricot, du crochet, de la broderie
florale. Cet été, on va faire du
punch needle, la nouvelle
technique de broderie avec une
aiguille à perforer, et bientôt du
macramé. Bref : tout ce qui est
à la mode ! Les ateliers durent
deux heures, on va jusqu’à huit
personnes max parce qu’on
veut vraiment que chacune ait
le temps d’apprendre et surtout
reparte avec le produit terminé.
En général, la deuxième heure
c’est du papotage entre nanas,
on fait connaissance et on rigole. C’est toujours un moment
fantastique, pour les filles comme pour la mamie. La preuve :
ça se termine toujours en câlins !
appellent comme ça : « Mamie Jo », « Mamie Michèle » etc.
Le mot est presque hype maintenant, et pour la mamie c’est
un plaisir fou.
Bon et alors, dis-nous tout, c’est comment de passer
ses journées avec des mamies ?
C’est trop cool ! Comme je dis toujours : ce sont des ados avec
des rides, elles sont pires que nous, pire que mes copines !
Elles arrivent à un âge où elles font ce qu’elles ont envie
de faire, et je trouve que c’est justement le mantra de notre
génération à nous : penser à soi, faire ce qu’on veut sans
que personne ne décide pour nous. Nos deux générations
se ressemblent : on a une passion commune, c’est le loisir
créatif, et un état d'esprit commun, cette envie de liberté.
D’ailleurs, ça épate les filles : à la fin de l’atelier elles disent
toutes qu’elles veulent être pareil à 70 ans ! Ce sont des
femmes libérées en fait, complètement libérées. Il y a eu, par
exemple, une journée géniale : pour rendre mamie cool, on
s’est pris pour une marque de mode et on a fait un shooting
photo. Pour les mamies, c’était un moment fabuleux : des
filles s’arrêtaient dans la rue pendant le shooting pour les
prendre en photo, c’était énorme pour elles de vivre ça. Mamie
Mauricette n’arrêtait pas de dire : « Qui aurait pensé qu’à 80
ans, je serais en train de poser comme une mannequin ! ». Et
ouais Mauricette, tu vois, c’est jamais fini !
« Ce sont des ados avec des rides, elles sont
pires que nous, pire que mes copines ! »
Et qui participe à vos ateliers ?
Il n’y a pas de profil type. Nous, on s’adressait au départ
aux 20-30 ans, mais finalement nos groupes sont
intergénérationnels : il y a la nana de 30 ans, la nana de
40 ans qui vient avec sa fille de 12 ans, celle de 50 ans qui
veut s’y mettre, etc. Il y a de tout, c’est ça qui est génial !
Finalement, on n’a pas de tranche d’âge mais plutôt un profil :
ce sont toujours des personnes attirées par la partie sociale,
qui ont envie de faire des rencontres. Parce que c’est ça la
particularité de nos ateliers : en plus de la créativité et de
se dire « waouh, j’ai créé un truc moi-même », il y a cette
rencontre incroyable avec mamie. Et d’ailleurs, les filles les
C’est un bon message à faire passer, d’ailleurs !
Exactement : j’espère montrer aux jeunes et aux personnes
âgées qu’on peut bien vieillir tous ensemble et que c’est
bénéfique pour tout le monde.
Maintenant que les ateliers sont bien en place, est-ce
que vous avez d’autres projets ?
Plein ! On sort notre collection de prêt-à-porter avec des pulls
tricotés à la main et bientôt des kits à tricoter. On va aussi
lancer des ateliers couture pour les mecs fin juin dans un
salon de tatouage : ce sont eux qui l’ont réclamé. Et enfin on
espère créer le premier concept store intergénérationnel : une
boutique-café-atelier qui permette à toutes les femmes de
se retrouver dans un lieu physique. Avec mamie : à la cool !
©Gonzalo
J’ai commencé par chercher des mamies dans mon
entourage. C’était difficile parce qu’on ne se mélange pas
beaucoup entre générations. Mais j’avais une ancienne
collègue de boulot, Mamie Jo, qui est phénoménale. Quand
je suis allée la voir pour lui parler du projet, elle a commencé
par me dire « Ah non Aurélie, j’ai pas le temps moi, j’ai un
agenda de ministre ! ». Alors je lui ai proposé d’animer un
atelier avec mes copines à moi, juste une fois, pour tester. Et
en fait, Jo a adoré, et mes copines aussi ! Et voilà Mamie Jo
embarquée. Ensuite, j’ai trouvé Mamie Mauricette sur Le Bon
Coin, où elle proposait des cours de tricot à domicile. On a
bu un café, et c’était parti. Mauricette ne voit pas souvent
sa famille, et ce lien avec la jeunesse lui manquait. Et enfin
pour trouver Mamie Michèle, j’ai été sur une appli d’entraide
entre voisins, sur les conseils de Mamie Mauricette qui
est super connectée. Au moment où on s’est écrit, Mamie
Michèle était à Washington mais elle était intéressée. Quand
on s’est rencontrées à son retour, on s’est rendues compte
qu’on habitait à 100 mètres l’une de l’autre. Et voilà, j’avais
mon Mamie Gang constitué ! C’est mon noyau dur, et c’est
ensemble que nous avons co-créé les ateliers.