10 - QUEEN BICHE
L'HISTORIQUE
Kãman Messaadi
LOUISE MICHEL,
L'ÉTERNELLE RÉVOLUTIONNAIRE
(1830-1905)
L
orsque l'on se plonge dans notre passé national et
que l'on se penche sur les femmes y ayant imprimé
leur marque, il est un nom qui résonne depuis toujours,
et que même le plus phallocrate des historiens ne saurait
éluder .
Clémence-Louise Michel naît le 29 mai 1830 en Haute
Marne. Elle reçoit une bonne éducation et devient ainsi
institutrice au début des années 50. Elle décide de
se rendre à Paris en 1856 où elle poursuit son activité
d'enseignante. Dans le même temps, elle développe sa
plume par l'écriture de poèmes qu'elle fait parvenir à une
figure majeure de l'époque, avec qui elle tissera des liens
forts, Victor Hugo.
Ses idées sont proches du socialisme au crépuscule du
Second Empire mais la révolte de la Commune va voir les
idéaux révolutionnaires et prolétaires de la jeune femme
exacerbés. Elle est alors très impliquée dans cet épisode
insurrectionnel, aux côtés des fédérés. Elle se dit même
prête à assassiner Adolphe Thiers, chef du nouveau
gouvernement, suite à quoi elle est recherchée par le
pouvoir, et finira par être arrêtée. Détenue dans le camp
de Satory, elle y verra bon nombre de ses camarades
partir à l’échafaud. Quand vient son tour d'être jugée,
elle réclame la mort ; cet élan inspirera à Victor Hugo son
poème Viro Major, où il rend hommage à la bravoure de la
révolutionnaire. La militante sera finalement envoyée au
bagne en Nouvelle-Calédonie.
Ce séjour, et les rencontres qu'elle y fait, la feront
définitivement pencher pour l'anarchisme. Elle restera 7
ans dans cette colonie, où son humanisme s'exprimera
Laura Muller
par un grand intérêt pour la culture kanak. Elle finira,
par ailleurs, par reprendre son occupation d'institutrice
à Nouméa, afin de participer à l'éducation d'enfants de
déportés, notamment d'Algériens envoyés au bagne après
les insurrections « indigènes » de 1870 et 1871.
« Ce séjour, et les rencontres
qu'elle y fait, la feront
définitivement pencher pour
l'anarchisme. »
Elle revient en métropole en 1880. La fin de sa vie est
émaillée de conférences promulguant sa vision d'une
société sans dieu, ni maître ; et de peines de prison, elle
qui est surveillée de près par un état terrorisé par son
influence. Elle est désormais un symbole indétrônable de
par son implication, largement reconnue, à la Commune
de Paris. Elle meurt à Marseille en 1905 suite à une ultime
tournée, déjà affaiblie par une bronchite chronique. Son
humanisme ne l'aura pas seulement poussée sur des
terrains proches de l'anti-colonialisme à une époque où ces
idées étaient loin d'être répandues, mais également vers
une réflexion sur la place des femmes dans une société
patriarcale. Elle ne défendra pas le droit de vote pour les
femmes, ne voyant pas cet acte comme la source d'une
quelconque émancipation individuelle, mais elle œuvrera
contre la prostitution, et pour l'éducation des jeunes filles.
Si Louise Michel semble avoir eu de nombreux chevaux
de bataille, tous sont intrinsèquement liés : elle n'a cessé
d’œuvrer pour l'être humain sans distinction de couleur ou
de sexe, à une époque où un tel daltonisme désintéressé
n'était pas monnaie courante dans les rangs d'une élite au
pouvoir, à laquelle elle s'opposa vivement.