POUM CHAK - 31
Si les femmes obtiennent plus de reconnaissance
lorsqu'elles font de la pop, il n'en demeure pas moins
qu'elles gagnent moins d'argent que les hommes. Les
stars de la pop atteignent plus facilement le statut d'icône
dans l'opinion populaire même si elles sont souvent
sexualisées à outrance ou méprisées. Sophie Rosemont
explique la différence de traitement entre les genres
musicaux ainsi : « Dès qu'une musique est contestataire et
politique, comme le rock, elle est attribuée aux hommes.
Ce qui est stupide, puisque de façon générale, les femmes
sont plus militantes et engagées dans leurs arts que les
hommes. ». Difficile alors de ne pas penser aux combats
contre le racisme de Tracy Chapman ou ceux féministes
d'Alanis Morissette.
Vincent et Fishbach, signent le renouveau d'une musique
où les femmes sont libres de s'imposer, tout en cultivant
leur féminité. Toutes ont en tête ces femmes puissantes
dont Sophie Rosemont dresse le portrait dans son livre.
Par exemple, et malgré leurs univers différents, Clara
Luciani dévoile être profondément inspirée par PJ Harvey
et Jain par Janis Joplin. Comme le souligne l'autrice, les
musiciennes l'ont bien compris, ensemble, les femmes
sont plus fortes.
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GIRLS ROCK, Sophie Rosemont,
NiL éditions , 2019,
352 pages, 20 €
Un vent d'espoir et d'empowerment souffle néanmoins
sur la scène française où la sororité bat son plein. Des
musiciennes, très soudées, comme Juliette Armanet, Cléa
L'INTERVIEW
Avez-vous senti qu'il était difficile d'entrer dans la
musique en tant que femme ?
J'ai commencé la musique assez tard. J'ai appris la batterie à
18 ans, et j'ai décidé de me professionnaliser à 25 ans. Mon
entrée dans le milieu, si elle s'est faite assez naturellement,
a tout de même été difficile, surtout parce que ma famille
ne croyait pas en mon projet et me décourageait de vivre
de la musique, du fait de mon âge et mon sexe. Je trouve
que c'est plutôt un atout d'être une femme. Je donne des
cours de batterie et il y a beaucoup de femmes, de tous les
âges, j'ai des élèves qui sont mères, ont plus de cinquante
ans. Quand le cours commence, peu importe le sexe, nous
faisons de la musique, et partager ça ensemble prend le
dessus sur le genre.
S
wanny est la batteuse du groupe de pop indé
Juniore, formé en 2013 à Paris avec deux amies.
Après un premier album aux allures rétro sorti par le
label Le Phonographe (Feu ! Chatterton, La Femme...),
Swanny nous accorde quelques minutes à la veille
d'une tournée en Allemagne et en Angleterre.
Était-ce important pour vous de jouer dans un
girls band ?
Non, je ne l'ai pas cherché mais quand on est une fille on
attire les filles ! Au départ, l'idée c'était juste de jouer entre
copines. Je ne suis pas particulièrement revendicative
ou féministe même si je soutiens fermement ces idées.
Avec la chanteuse de Juniore, Anna, on se dit que c'est
important ce que nous faisons en tant que groupe
composé exclusivement de femmes. C'est tellement rare,
nous occupons une place et nous nous devons de ne pas
la lâcher.
Avez-vous un modèle de rockeuse ?
C'est terrible mais non, je n'en ai pas. J'aime beaucoup la
batteuse Sheila E, elle est incroyable, c'est une musicienne
pleinement accomplie. Elle a composé des duos avec
Prince, a été sa batteuse sur plusieurs albums mais a aussi
suivi sa route musicale seule. Il y a aussi la musicienne
Karen Carpenter, du duo The Carpenters que j'apprécie
énormément. Je demande souvent à Sébastien Benoit, le
rédacteur en chef de Batterie Magazine quand est-ce qu'il
y aura une femme en une à la place d'un gros batteur
moche et transpirant ! Il doit y en avoir une ou deux par an,
pas plus. Je pense que c'est plus une question de nombre
que de sexisme, il y a beaucoup moins de joueuses de
batterie que d'hommes. J'ai tout de même eu la chance
de ne pas être trop confrontée au sexisme même si je dois
parfois travailler, et me battre, avec des personnes qui me
compliquent les choses, juste parce que je suis une fille.
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Écouter ses autres groupes : Elias Dris, Nation