30
POUM
CHAK
Comportements et musique : tu connais la chanson ?
L'HISTOIRE OUBLIÉE
DES ROCKEUSES
Annabelle Chauvet
Alice Des
L
e point commun entre Patti Smith, Gwen Stefani,
PJ Harvey et Aretha Franklin ? Elles ont toutes les
quatre dû se battre contre les stéréotypes et le sexisme
du milieu musical. Surtout, elles ont indéniablement
contribué à développer des genres musicaux et
pourtant, peinent à être reconnues à leur juste valeur
dans l'histoire de la musique.
Début 2019, Sophie Rosemont, journaliste pour divers
médias comme France Culture, Glamour ou Rolling
Stone, a écrit et publié Girls Rock, un livre richement
documenté et indispensable pour rendre hommage et
justice aux grandes oubliées du récit collectif musical.
L'autrice commence par rappeler, ou plutôt affirmer pour
la première fois, le nom de l'inventrice du rock'n'roll,
Sister Rosetta Tharpe. Dès les années 1930, elle fait le
choix d'une carrière de chanteuse après avoir commencé
dès son plus jeune âge à chanter à l'Église, un des seuls
lieux où les femmes pouvaient au début du XX e siècle
s'exprimer en musique. Trixie Smith, chanteuse née à
Atlanta en 1895, est la première personne à avoir, en 1922,
utilisé les mots « rock » et « roll » dans une chanson, My
man rocks me (with one steady Roll). Malheureusement,
dans l'imaginaire collectif, il est plus courant de parler
d'Elvis Presley ou Chuck Berry comme pionniers du
rock'n'roll que de ces deux femmes dont l'héritage a très
largement influencé des décennies de rock. « L'absence
d'informations, tant sur les discographies, parcours et
vies personnelles de ces musiciennes, m'a donné envie
d'écrire ce livre. Elles ont toutes quelque chose à raconter
des pressions et difficultés qu'elles ont subies en tant que
femme dans le milieu musical, je voulais les faire entendre.
Depuis 1980, année où un livre sur le rock féminin a été
publié en France, il n'y avait pas eu d'écrits sur le sujet »
explique Sophie Rosemont.
Pari réussi, à la lecture du livre, nous en apprenons plus
sur les discriminations auxquelles ont été confrontées les
unes et les autres. À l'instar de Tina Turner qui s'est, au
fur et à mesure de sa carrière, émancipée d'un « mentor
brutal et misogyne » selon les mots de l'autrice de
Girls Rock, pour vivre sa musique comme elle l'entend.
D'ailleurs, pour Sophie Rosemont, en prenant la décision
d'être rockeuses, ces femmes sont forcément des figures
d'émancipation car « c'était déjà un acte de rébellion en
soi de partir sur les routes avec sa guitare alors que les
femmes n'avaient pas le droit encore, par exemple dans
les années 1950 ou 1960, d'ouvrir un compte bancaire
seule. Jouer du rock, c'est un acte, une performance de
l'émancipation féminine en soi ».