Gang de Biches Numéro 2 - Novembre/Décembre 2018 | Page 22

22 - PHYSIQUE CHIMIE CAP OU PAS CAP ? Le rapport à la nudité est très complexe et personnel, il varie en fonction de l’éducation, de l’histoire, du caractère et aussi des images auxquelles on se confronte au cours de notre vie. Évidemment, ce rapport évolue et se construit en étant questionné par nos expériences et souvent, il voit de grandes étapes le bousculer. Parfois, sans qu’on les contrôle et parfois en les provoquant : c’est le cas de Marion, qui a récemment choisi de se mettre à nu, littéralement. Grande pudique toute ma jeunesse, j’étais du genre à ne jamais me montrer nue devant mes copines ou à trouver des subterfuges bancals pour éviter les sorties plage. Pourtant depuis environ un an, j’essaye de comprendre d’où viennent mes blocages pour tenter de moins faire la tête à ma petite enveloppe corporelle qui mérite bien mieux que toutes ces angoisses. Alors, évidemment, je ne prétends pas retrouver l’insouciance de la toute petite enfance les fesses à l’air sur la plage, mais au moins de faire tomber quelques barrières pour m’alléger le cœur et l’esprit. Mais comment faire changer des réflexes de pensée que je porte depuis des années ? Et bien, en choisissant de me bousculer un peu. C’est pourquoi, en septembre dernier, je me suis retrouvée à passer une journée entièrement nue avec vingt-cinq inconnu(e)s entre 19 et 70 ans. Une sacrée bousculade qui a commencé par une petite annonce : « Enna Chaton, vidéaste et artiste plasticienne, cherche des figurants de tous âges pour être filmés à déambuler nus dans une exposition à Nantes. » Je me renseigne sur le travail de l’artiste, je visionne des extraits de ses projets filmés avec attention. Son travail m’intrigue et me questionne. Est-ce que je serai « cap » moi ? Le coup de tête : j’écris un mail rapide et j’envoie ma candidature, presque en détournant les yeux. Elle est validée quelques jours plus tard. Bon, maintenant c’est fait ! Je commence alors à cogiter et j’en parle autour de moi. Les réactions à l’annonce de ma participation sont mitigées et pas toutes rassurantes : « Mais genre, toute nue toute nue ? », « C’est payé j’espère ! », « Et si tu tombes sur quelqu’un que tu connais ? », « Mais tu vas faire quoi exactement ? », « Tu penses qu’il y aura des beaux mecs ? ». L’incompréhension de certains, la curiosité des autres et moi, qui oscille entre la détermination de mon choix, l’impatience et le bon gros flippe du challenge.