Gang de Biches Numéro 2 - Novembre/Décembre 2018 | Page 21
Sophie, 21 ans
À 8 ou 9 ans, je me rappelle avoir lu une histoire qui parlait d’une fille décrite comme « garçon
manqué ». Elle s’était coupée les cheveux très courts et j’avais trouvé ça formidable car pour moi, elle
dégageait quelque chose de fort. J’admirais son courage et le fait qu’elle assumait qui elle était. Alors
ni une ni deux, j’ai demandé un rendez-vous chez le coiffeur, avec le livre comme modèle : j’avais le
sentiment que cette coupe me donnerait la même force pour être moi-même. Mais le résultat n’était
pas vraiment celui attendu : dans les semaines qui ont suivi, avec ma coupe courte et mon corps
non formé, beaucoup de personnes qui ne me connaissaient pas me prenaient pour un garçon, et je
ne l’ai finalement pas très bien vécu. Je me souviens avoir pleuré après un : « Bonne séance jeune
homme » prononcé par le guichetier d’un cinéma qui me tendait mon ticket. J’ai vite regretté cette
coupe… Je me suis plus tard rendue compte que vouloir ressembler comme deux gouttes d’eau à ce
personnage ne pouvait pas m’aider à être moi-même. Par contre, elle fait et fera toujours partie de
mes inspirations : la force de cette fille, la combativité de Princesse Mononoké, la douceur de Sophie
du Château Ambulant, la créativité de Lou dans la BD de Neel, des personnages féminins qui m’ont
fait avancer, me construire et me découvrir.
Solène, 19 ans
La petite fille que j’étais était aux anges quand
elle a reçu toutes les poupées Barbie de ses
cousines. Si bien qu’elles ont façonné sept
années de ma vie où je ne m’habillais que
de rose. Lunettes Barbie, pull Barbie, cahiers
et cartables roses à paillettes, des dizaines
de poupées, des Polly Pocket partout… Au
début, je ne remarquais pas particulièrement
qu’elles étaient un peu fines ces filles en
plastique, je les aimais tellement. Mais je
crois que cela m’a beaucoup influencé : je
me suis très vite mise à complexer sur mon
corps, qui n’était pas filiforme. En plus, ma
mère, cette femme incroyable et magnifique,
disait toujours qu’elle ne se trouvait pas belle
à cause de ses rondeurs. Cela me renforçait
dans l’idée que les jolies filles étaient celles
qui ressemblaient aux poupées, et dont je ne
faisais donc pas partie. Après une adolescence
pleine de complexes, j’essaye désormais de
m’entourer de représentations diverses de
femmes de la vraie vie et de mettre de la
distance avec ces canons de beauté irréels !
Alix, 22 ans
Petite, j’avais une grande admiration pour Xena,
la guerrière, je trouvais qu’elle était clairement
badass, avec sa petite armure en cuir et ses larges
épaules. Elle n’avait peur de rien, elle combattait
plein de guerriers et elle sauvait le monde
certaines fois. Je passais des journées à l’imiter en
jouant, dans le jardin, en étant une combattante,
une guerrière, en ne laissant jamais tomber les
autres et sans baisser les bras. Xena n’était pas
une princesse qui attend, lasse, qu’on vienne la
délivrer. Elle se délivrait toute seule, c’était mon
héroïne ! Grande brune musclée et sportive, elle
était très belle à mes yeux car elle ne ressemblait
pas aux autres héroïnes, elle n’était pas toute fine
et ça m’a toujours marqué. Il est possible que si je
regarde Xena à nouveau aujourd’hui, je trouverais
que ça n’est définitivement pas la meilleure série
mais elle m’a fait rêver, voyager, elle m’a émue
aussi.
Les filles, merci de vous être confiées au Gang ! Si tu veux nous parler de ton rapport au corps, à la nudité ou la féminité,
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