Gang de Biches Numéro 2 - Novembre/Décembre 2018 | Page 16
16 - ÉCRAN TOTAL
THERE WILL BE BLOOD : 26 SEPTEMBRE DÉSACCORD ARTI-FRIC : 27 SEPTEMBRE
Le « clash » des antispécistes et des métiers de la
viande a été l’un des faits marquants de 2018. Dès
juin, la Fédération des Bouchers adressait une
lettre au Ministère de l’Intérieur pour réclamer
protection contre diverses violences, il y aurait plus
d’une centaine de cas depuis ce début d’année.
Le phénomène s’accroît fin septembre, plusieurs
commerces sont saccagés et, durant une « Nuit
debout devant les abattoirs », l’un d’entre eux est
incendié. Le débat divise l’opinion, et déchaîne les
passions. L’affaire est suivie dans les médias mais
laisse peu de place aux modérés, d’un côté comme de
l’autre, si bien qu’aucun dialogue ne semble possible. Le film Venom narre les aventures d’un ennemi de
Spider-Man. Une superproduction conçue pour
torpiller le box-office, avec Tom Hardy à l’affiche. Ce
dernier met son grain de sable dans une mécanique
bien huilée. En interview, l’acteur se montre acerbe.
L’objet de son courroux : la suppression au montage
des parties qu’il jugeait les meilleures du film.
Ensuite, on apprend que Tom a failli quitter le navire,
qu’il méprise son texte… Ce n’est pas la partition à
laquelle on est habitué qui est plus souvent : « X
est super, il déborde de créativité ! Qu’est-ce qu’on
a ri ! On a hâte que les fans découvrent toutes les
surprises du film ! ». Côté production, silence, mais on
sous-entend que Tom est une sacrée diva…
POURQUOI C’EST TOUT NUL ?
Manger ou non de la viande est une question
complexe. On le sait, limiter sa consommation est bon
pour la santé et l’environnement. Mais la supprimer
totalement relève des convictions de chacun. Quoi qu’il
en soit, rien ne justifie d’empêcher autrui d’exercer
paisiblement son métier. C’est le sensationnalisme
entourant ces faits qui pose question. Le végétarisme
n’est pas un effet de mode, mais un choix de vie pour
2 à 5% des français. Amalgamer la majorité d’entre
eux à quelques militants violents est aussi pertinent
que confondre participants d’une manifestation
citoyenne et casseurs venus faire un autodafé
d’abribus. Des actions constructives pour promouvoir
une alimentation sans viande, il y en a plein, mais
souvent, elles ne trouvent pas d’écho. Surmédiatiser
les dérives de certains au détriment des autres, c’est
cautionner le fait qu’il faut être violent pour être
entendu. Et ça, c’est grave.
Échelle de la stérilité :
5,5/10, mention « Grillades au feu de paille »
POURQUOI C’EST TOUT NUL ?
En 1895, les frères Lumière ont créé ce qui allait
devenir le cinéma moderne. C’est le début d’un
débat sans fin : le cinéma produit VS le cinéma
œuvre artistique. On ne va pas débattre de la qualité
de Venom, la critique le dit mauvais, ça ne l’a pas
empêché de faire un bon démarrage. Ce qui est
intéressant, c’est qu’il représente les maux du cinéma
hollywoodien moderne. Avec le carton du Marvel
Cinematic Universe, l’heure est à la sérialisation.
Les films ne sont plus des œuvres à part entière,
mais les épisodes de lucratives franchises. Les
réalisateurs sont dépossédés de leurs films (comme
sur Solo : A Star Wars Story). Des univers violents
deviennent « tout public », des pans entiers de film
sont coupés au montage… On pense rentabilité et
on écarte tout ce qui pourrait sortir du cadre. C’est
malheureux, car la fonction première du cinéma, c’est
quand même de faire rêver…
Échelle de la stérilité :
4/10, mention « Mercantilisme exacerbé »
Axel Krief