Gang de Biches Numéro 2 - Novembre/Décembre 2018 | Seite 12
12 - DANS TA BOUCHE
Est-ce qu’il y a de la magie
dans l’air ce soir ?
Traversant les temps, la nourriture a toujours,
ou presque, été un enjeu de relation entre les
gens. Certains lèchent leur assiette avec le doigt
quand d’autres jettent la moitié de leur plat
dans la poubelle du voisin. D’aucuns se sont
appliqués à la goûter, à la travailler, à la penser
quand d’autres se sont imaginés nous la conter.
La Fontaine, Perrault, Daudet, les frères Grimm ou
encore Prévert, autant de lettrés ayant imaginé la
place et l’impact que la nourriture pourrait avoir
dans les histoires que nous contons à nos enfants
avant de les coucher. Alors, à l’approche des fêtes
de Noël, quoi de mieux que de se rappeler nos
histoires d’enfants avec en fond, un magret de
canard sauce au miel.
Le Petit Poucet : S.O.S d’une famille en détresse
C’est l’histoire d’un bûcheron et d’une bûcheronne
vivant dans la misère qui, lassés de ne pas
réussir à nourrir ses marmots, se résignent à les
abandonner par deux fois (!) dans la forêt. Perdus
et terrifiés à l’idée de passer la nuit en compagnie
des loups, les sept garçons trouvent refuge dans la
chaumière d’un ogre et de sa femme. S’en suit une
avalanche de coups foireux : un ogre dévorant sa
propre progéniture, une escapade en forêt de sept
petits bonhommes poursuivis par un ogre enragé
et un braquage digne de Danny Ocean.
Bien rusé fut le petit homme, d’avoir su faire un coup
pareil, rentrant dans son foyer en somme, les poches
pleines d’oseille !
Notons que, dans le conte de Perrault, la nourriture
a un double sens. Elle symbolise d’abord le manque,
à travers l’abandon d’enfants par des parents ne
pouvant subvenir au besoin alimentaire nécessaire
à une portée de sept (tout de même, sept !). La
nourriture, ça ne s’invente pas, ça s’achète et
éventuellement, ça se fait pousser. Mais va faire
pousser une patate sur un lopin de terre qui fait
fuir jusqu’aux vers les plus récalcitrants, autant se
la carrer directement dans l’oignon. Ajoute à ça le
fait que l’Aide Sociale à l’Enfance au XVIIème siècle,
bah, euh, comment dire... ça t’enlève une option.
C’est dingue, tout ça parce que tu n’as pas assez de
blé pour te permettre d’en faire pousser. Et puis en
face, t’as un ogre, au calme, qui pourrait imploser
tellement il a à bouffer. Sur ce cas contraire, la
nourriture symbolise un trop plein caractérisé par la
satiété de l’ogre qui, sur conseil de sa go, a différé
son repas (des gosses de 7 à 12 ans, 180°, chaleur
tournante) au lendemain. Deux symboles, deux
histoires dans l’histoire mais un héros du début à la
fin. Un gosse de 5 ans.
La morale de Kaaris : « J’suis un loup comme Quarteron,
j’suis venu pour faire des thunes. J’préfère bouffer le
cul du ptit Chaperon que tes 5 fruits et légumes. »