Gang de Biches Numéro 2 - Novembre/Décembre 2018 | Seite 13
DANS TA BOUCHE - 13
La chèvre de Monsieur Seguin : comment est
votre Blanquette ? Elle est bonne.
Cette fable ne prend sens qui si l’on transpose
l’animal à l’être humain. Blanquette est une chèvre
et Monsieur Seguin en est le maître. Réclamant
indépendance et liberté, elle s’enfuit dans les
bois pour y rejoindre le jeune bouquetin avec
qui elle vit une idylle journalière et ce, malgré la
présence du loup, comme une ado fuguant par
la fenêtre de sa chambre pour rejoindre son mec
dans la boîte la plus pourrie de la ville. Résultat
des courses ? Une scène de bagarre nocturne avec
un canis lupus qui a la dalle, un bouquetin en
flippe qui s’est cassé avec les clefs de l’auto et
une chèvre qui, las de tous ses efforts, se laisse
dévorer au petit matin. Une morale somme toute
bien dégueulasse.
La nourriture est ici symbolisée par la sanction,
la punition pour avoir refusé de revenir auprès
de son maître. Elle prend forme sous un gage de
liberté, un prix à payer pour ne plus être enfermée.
On persuaderait presque le lecteur que la fautive
de l’histoire, c’est Blanquette. Faute grave, puisque
la seule erreur du mammifère, c’est son prénom.
Pour le reste, on retiendra l’engagement d’une
chèvre prête à y laisser sa peau dans l’unique
espoir de ne plus vivre enfermée le temps d’une
nuit. La nourriture ponctue la morale de l’histoire
au travers d’un loup affamé. Deuxième faute
grave puisqu’au début du conte, Blanquette fait
remarquer à Monsieur Seguin qu’elle n’a plus
d’appétit, que la corde qui la relie au piquet lui fait
perdre toute estime et que son lait n’en devient
LE PLAT FAVORI
DE MANUEL VALLS
que plus fade. Alors merde, un peu de respect
pour nos bêtes ! Ton bon crottin de chèvre que
tu payes 8 balles au marché le dimanche matin,
tu l’as aussi parce que la chèvre qu’on a palpée
la veille prend son pied en broutant du gazon
dans son pré, mais certainement pas comme un
vulgaire animal implanté dans son usine à qui on
demande de fabriquer deux paires d’Air Max à la
minute ! Oups... Bref, encore une belle histoire à
raconter à nos mioches...
La morale de Booba : « Grillé mais j’nie, ici les
hyènes ont une insigne et j’espère que c’est pas
l’un de nous qui servira de gnou. »
Parfois maléfique, souvent magique, ce que
nous ingurgitons trois fois par jour a une place
déterminante dans les contes pour enfants. Elle
représente à la fois la morale et l’événement final
de l’histoire et ce, malgré le sens que nous mettons
derrière. La nécessité, le manque, la récompense,
la gourmandise, autant de symboliques uniques à
l’histoire que nous oublions, parfois trop souvent,
de décrire comme un facteur essentiel à la pensée
narrative.
Bastien Moricet
« Quand on est heureux, on se fout royalement de ce qu’on mange ».
Cette citation de David Foenkinos extraite de son livre En cas de
Bonheur s’appliquera t-elle prochainement à l’ancien Premier Ministre
français Manuel Valls ? En effet, l’homme politique, ne semblant
trouver que tristesse et mépris au sein des institutions françaises, a
vraisemblablement décidé d’aller se consoler en briguant la mairie
de Barcelone en 2019. Au-delà de la portée politique de cette décision
dont nous ne traiterons pas ici, une question se pose : comment le
régime alimentaire de Manuel va-t-il s’accommoder de ce changement
drastique ? D’après un article du Point paru en 2014, le tout nouvel
habitant de Matignon, fraîchement installé, avait immédiatement imposé
un régime strict aux cuisines : poissons interdits et viandes rouges à tous
les repas. On l’imagine alors engloutir une entrecôte sauce béarnaise.
Seulement, la gastronomie catalane, surtout issue de la pêche ou de
l’agriculture, n’est pas vraiment réputée pour son industrie bovine. Entre
les tapas, les calçots grillés, l’esqueixada (salade d’été à base de morue)
ou la marisacada (fruits de mer), il est légitime de se questionner sur le
bonheur des papilles de Manuel en terres espagnoles.
Dès lors, on en revient à l’extrait cité en en-tête : l’exil de Manuel Valls
témoigne-t-il d’un amour réel de ses origines ou d’un calcul politique ?
Gageons que, dans le premier cas, il saura se régaler de salade de
poulpes frits, tandis que dans l’autre, l’expérience risque de se révéler
cruelle pour son estomac.
Mathias Peronne