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20 compagnons découverte
N ’ y voyez pas les paroles d ’ un adepte de l ’ âge de pierre , mais plutôt le constat que nous sommes aujourd ’ hui les esclaves du système que nous avons créé , un système qui épuise nos âmes et notre planète à une vitesse exponentielle . Ce voyage a été pour moi une véritable oasis , un court instant qui m ’ a permis de goûter le plaisir de moments rudes , mais si heureux , et qui aujourd ’ hui me fait regarder mon petit confort sous un jour différent .
DES RENCONTRES Évidemment , l ’ une des plus grandes difficultés fut la solitude . Après 5 ans de vie en communauté , je me retrouvais réduit à parler seul pour briser le silence . Cette expérience , bien que parfois usante , a été riche en enseignements . Dans cette solitude , on comprend la valeur du Compagnon avec qui l ’ on partage ses joies ou de l ’ épaule sur laquelle on pleure . Au début de mon voyage , j ’ étais accompagné d ’ un chien . Malheureusement , je l ’ ai perdu dans le maquis en Grèce . Ce précieux compagnon de route , bien que muet , m ’ apportait beaucoup de réconfort et sa perte fut sans doute l ’ une des épreuves les plus dures que j ’ ai eue à traverser .
Heureusement , il y eut aussi de bonnes rencontres . Beaucoup m ’ ont aidé , parfois empreints d ’ une certaine pitié pour le vagabond que je semblais être , parfois par simple sympathie . Plus que des mots , ce sont souvent des regards échangés , des regards qui sont parfois de douloureux miroirs . Pendant cette marche , j ’ étais le marginal , vêtu de vieilles guenilles aux odeurs de chien sauvage , semblant parfois traîner mon âme en peine . Ce sont souvent les mieux lotis qui m ’ ont marqué de leurs regards inquisiteurs , et moi de me demander si j ’ avais , moi aussi , déjà lancé ce genre de regards ...
Nos préjugés nous ferment sans doute beaucoup de portes . À dire vrai , certaines de ces rencontres m ' ont fait comprendre l ’ importance de savoir tendre la main , car la barrière de nos préjugés est bien fragile pour peu que l ’ on veuille la briser . Et , une fois passée , elle nous ouvre bien des horizons ! J ’ ai réalisé peut-être un peu tard qu ’ oser casser cette barrière m ’ aurait certainement ouvert bien des portes .
POUR BEAUCOUP DE JEUNES DE MA GÉNÉRATION , LE CONFORT DANS LEQUEL NOUS SOMMES NÉS NOUS SEMBLE PARFAITEMENT NORMAL ET ACQUIS . ON PEUT FACILEMENT PERDRE DE VUE L ’ ORGANISATION INCROYABLE QUI SOUTIENT LE TRAIN DE VIE PRINCIER DE LA TRÈS GRANDE MAJORITÉ DES FRANÇAIS .
DE L ' ALIÉNATION Au cours de ce voyage , au-delà d ’ une démarche introspective plus personnelle que je ne développerai pas ici , j ’ ai cherché à prendre du recul sur nos vies dans notre société de consommation moderne . Je suis âgé de 24 ans ; pour beaucoup de jeunes de ma génération , le confort dans lequel nous sommes nés nous semble parfaitement normal et acquis . On peut facilement perdre de vue l ’ organisation incroyable qui soutient le train de vie princier de la très grande majorité des Français . Cette problématique qui m ’ est très chère a été au cœur de la seconde partie de mon voyage , à vélo cette fois-ci . J ’ ai parcouru la France de janvier à mars 2024 , allant de maison en maison , afin de sensibiliser les jeunes du Tour de France à ce sujet , lors de causeries . L ’ objectif était de leur dévoiler les implications de notre mode de vie ainsi que les enjeux et limites qui en découlent .
Pendant ces longs mois de marche où je vivais avec finalement très peu , mes retours à la « civilisation » étaient toujours très intenses , car l ' opulence des grandes villes me dérangeait particulièrement . En quelques mois , le normal était est devenu anormal pour moi : les poubelles remplies d ’ emballages à usage unique qui débordent partout , les citadins collés à leur portable comme une moule à son rocher , les enseignes lumineuses qui éclairent le ciel toute la nuit , le nombre incalculable de voitures de 2 tonnes transportant chacune un seul passager , etc . En essayant de ne pas tomber dans la critique facile de ce que certains pourraient appeler les « petits désagréments » de notre société moderne , je souhaite simplement inviter chacun et chacune à se questionner sur sa propre consommation , sur ses « petits » caprices et se demander si le jeu en vaut la chandelle .
À mes yeux , cela doit forcément passer par une étude un tant soit peu sérieuse des impacts de nos activités humaines , mais aussi et surtout un questionnement plus profond sur nos aspirations et sur ce qui nous rend heureux ou non . Il est connu et documenté qu ’ à partir d ’ un certain niveau d ’ aisance matérielle , notre bonheur stagne . Nous devrions , selon toute logique , viser ce stade où notre bonheur cesse de progresser , afin d ’ être aussi épanouis que possible , tout en préservant au mieux notre environnement . Ce serait logique et pourtant , de manière très claire , ce n ’ est absolument pas ce que nous faisons . Nous continuons une course frénétique au progrès dont il est , je pense , important d ’ interroger la pertinence .
Devant le Vatican , avec des amis pèlerins rencontrés à Rome .
Hugo Méric dit Languedoc Aspirant menuisier
# 338 / Mars 2024