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Dans la réserve naturel Das Lagoas de Santo Andre e Sancha , soit 80 km de plage ininterrompue au sud de Lisbonne .
Je suis donc parti à la recherche d ’ enseignements sans savoir de quelle nature ils seraient , espérant revenir à l ’ essentiel avec la solitude et la rudesse de la marche comme meilleures professeures . J ’ espérais trouver quelques enseignements sur ces fameuses vertus que l ’ on agite sans cesse , comme un fier étendard qui paraît parfois bien suranné . Loin de tout idéalisme , je suis parti sans préjugé , avec le seul but de me confronter à mes peurs et mes faiblesses .
DE LA SOBRIÉTÉ Mon périple à pied commençait à Saint- Jacques-de-Compostelle , fin d ’ une précédente marche , et allait me conduire jusqu ' à Athènes , puis Rome et enfin Salon-de-Provence , traversant 9 pays sur 7 500 km pendant près de 9 mois . Mon but étant d ’ atteindre un certain état de frugalité sans doute chimérique , je me mis en marche avec l ’ idée que l ’ imprévu serait mon meilleur enseignant .
Aussi , je partis à pied avec pour seul guide une boussole , pour seul toit une bâche , pour seul lit un hamac , ainsi qu ’ une casserole , 6 litres d ’ eau et des
Le parcours de Languedoc à pied , puis en vélo . vêtements chauds . Sans balise GPS ni réchaud , trousse de secours ou encore filtre à eau , était-ce par pingrerie ou simplement par soif d ’ aventure ? Sans doute un peu des deux … Toujours est-il que beaucoup de mésaventures auraient pu être évitées très facilement avec plus de préparation , mais ce voyage aurait sans doute été plus fade et moins riche d ’ enseignements .
Ce furent donc 9 mois dans la beauté âpre de dame nature , 9 mois à dormir dehors , parfois à contempler le ciel étoilé , parfois sous la pluie et le vent , 9 mois loin de celle que j ’ aimais , 9 mois de solitude , 9 mois d ’ aventures et de découvertes - dont l ’ acropole à Athènes et le Vatican à Rome , sources d ’ émerveillement - , 9 mois avec 25 kilos sur le dos , 9 mois si longs et si courts à la fois . Si longs car la marche met notre patience à l ’ épreuve , à travers d ' interminables heures propices à la méditation , et si courts parce que ce furent 9 mois d ’ une vie rude mais pleine de bonheur . Une étape clef fut pour moi la fin de la traversée du Portugal . Après plus d ’ un mois de marche , j ’ arrivais enfin devant
l ’ océan , rempli d ’ une joie qui fit bientôt place à un terrible vertige . Je me suis alors rendu compte que j ’ avais abordé jusqu ’ ici la marche comme une course . Mon objectif , la pointe sud du Portugal , n ’ étant pas si lointain , il m ’ était facile de me motiver . Comme un âne a sa carotte , je trouvais la force d ’ avancer en vue de mon objectif .
Une fois cet objectif atteint , je me retrouvais devant la perspective de plusieurs milliers de kilomètres à parcourir et un nouvel objectif qui me semblait bien trop lointain . Alors , à ce moment , j ’ ai compris qu ’ il me fallait changer mon rapport à la marche et , par là-même , mon rapport à l ’ avenir et au présent qui s ’ en est trouvé bouleversé . Il me fallait m ’ affranchir de cette « carotte », m ’ affranchir du besoin d ’ objectif pour avancer et accepter que les journées de marche paraissent parfois dérisoires comparées à la taille du chemin à parcourir . Pour moi , cela signifie surtout l ’ acceptation profonde du moment présent sans le besoin systématique de se projeter , de désirer ce que l ’ on n ’ a pas .
Cette vue de l ’ esprit , qui peut paraître niaise et convenue , est née des efforts qui ont accompagné ma marche : l ’ acceptation de l ’ ennui , de la solitude , de la frustration parfois , et essayer tant bien que mal de sortir de l ’ état d ’ enfant capricieux dans lequel notre confort moderne nous plonge . Il m ’ a fallu me délester de beaucoup de choses pour finalement apprécier aussi intensément le silence des montagnes que l ’ effervescence des forêts , les premiers rayons de soleil du matin qui venaient réchauffer mes mains toutes engourdies autant que la beauté des matins brumeux , la solitude autant que la compagnie de quelques flâneurs avec qui casser le silence .
# 338 / Mars 2024