Compagnons_332_web | Page 17

voyage compagnons 17
aucun accès Internet peut aussi s ’ avérer problématique . En outre , je n ’ étais pas toujours enchanté de devoir effectuer des remplacements lors de sorties de la base , tout comme l ’ entretien quotidien de toutes les infrastructures , en plus des cuisines et des logements , sans parler de la gestion des déchets .
Chaîne humaine d ' hivernants pour décharger les denrées fraîches servant à réapprovisionner les congélateurs .
d ’ anniversaire ou de buffets traiteurs , voire m ’ entraîner à créer des pièces en chocolat ou des recettes en vue de mon travail de Réception . Avoir beaucoup de temps sur place hors de toute distraction offre l ’ opportunité à tout professionnel d ’ en apprendre un peu plus sur son métier , mais aussi sur la diversité des autres métiers présents . Je remercie d ’ ailleurs les coteries Barré et Picon , tous deux charpentiers , qui m ’ ont appris à tailler du bois de renne . Ainsi , le médecin forme des volontaires pour l ’ assister lors d ’ anesthésies ; le pompier recrute aussi des assistants parmi les hivernants ; l ’ on peut s ’ instruire également au contact des scientifiques de la base , ravis d ’ expliquer leurs travaux en cours ( analyse des sols , recensement de populations d ’ oiseaux , étude et régulation de l ’ impact des espèces introduites ( pissenlits , chats , rennes ...) et surtout d ’ avoir de la compagnie pour les accompagner hors de la base pour diverses tâches .
Là-bas , toute rencontre mène à une aventure . Il est tout à fait captivant de discuter avec des gens aussi passionnés du parcours qu ’ ils ont eu avant de travailler pour les TAAF . Ces parcours sont tous inspirants , qu ’ ils soient ceux d ’ artistes ou bien d ’ artisans comme le coterie André , Compagnon couvreur de la cayenne de La Réunion affecté à un autre district , que j ’ ai rencontré lors de chacune de mes rotations en bateau . Beaucoup de professionnels sont poussés sur place à aller au-delà de leurs méthodes conventionnelles habituelles en raison du climat et des conditions matérielles .
LE RETOUR À LA VIE « CIVILE » M ’ A FAIT M ’ APERCEVOIR QUE CHAQUE EXPÉRIENCE LORS DE CE VOYAGE A CONTRIBUÉ À CHANGER MA FAÇON DE VOIR LA NATURE , SI FRAGILISÉE PAR LES ACTIVITÉS HUMAINES . CELA M ’ A AUSSI INCITÉ À REPENSER MON QUOTIDIEN .
J ’ ai apprécié le fait d ’ être coupé du monde : cela m ’ a permis de me rapprocher des hivernants et de vivre plus simplement , d ’ éviter les « prises de tête » ( attitude nécessaire également dans nos communautés ), notamment en cabane où le confort est réduit au minimum . On se concentre alors sur ce qui est vraiment essentiel , se délestant du superflu bien trop présent dans nos vies quotidiennes . Cependant , comme toute chose , l ’ isolement de la base a un revers : nous obligeant à rester à la base en permanence , il peut être difficile à supporter à la longue . N ’ avoir
Le retour à la vie « civile » m ’ a fait m ’ apercevoir que chaque expérience lors de ce voyage a contribué à changer ma façon de voir la nature , si fragilisée par les activités humaines . Cela m ’ a aussi incité à repenser mon quotidien : si j ’ avais bien vécu sans le confort citadin durant des semaines , cela m ’ a fait relativiser son utilité et réfléchir sur son impact sur moi et l ’ environnement . Indiscutablement , les sorties hors de la base lors desquelles j ’ accompagnais et aidais des scientifiques ont été à mes yeux une ode à l ’ aventure , chaque coin de l ’ île étant typique par sa topologie ou sa faune . De ces excursions je conserverai en particulier un souvenir inoubliable : une matinée avant de rentrer à la base , après 5 jours « coincé » en cabane , je suis allé admirer une dernière fois le littoral ; quelle ne fut pas ma surprise de tomber , dans une petite grotte , sur deux bébés otaries sans leurs parents ( à éviter d ’ ailleurs car très agressifs !). La parade de ces petits tout près de moi restera un moment unique !
Mon retour en France - peu reposant , avec la reprise du rythme de la métropole - a eu lieu 6 mois plus tard en avril dernier , après cependant quelques jours de congés à La Réunion . Mon but est maintenant de finir mon Tour de France et de me préparer pour les divers examens qui m ’ attendent à la rentrée . J ’ ai envie bien sûr de revenir un jour sur ces terres des Kerguelen où il me reste tant à explorer et avec la soif de rencontrer davantage ses habitants , humains ou non . Avoir été aussi proche de l ’ Antarctique sans l ’ atteindre m ’ a laissé sur ma faim et je suis désormais très déterminé à poser le pied un jour prochain sur le pôle Sud …
Lucas Bouland Dit Orléanais
Aspirant pâtissier
# 332 / Septembre 2023