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complexe que ce que l ’ on imagine ! Ainsi , sur 100 € d ’ achats alimentaires , seuls 6,5 € sont captés par l ’ agriculture française . Aujourd ’ hui en France , la quasitotalité de la production agricole d ’ un département est exportée , tandis que la quasi-totalité de sa nourriture est importée . Encore extrêmement dépendant des énergies fossiles , le modèle agro-industriel actuel se base sur une utilisation intensive d ’ intrants et une spécialisation des cultures . Sur les 6 000 espèces végétales ayant été cultivées par l ’ humanité , seules neuf d ’ entre elles procurent aujourd ’ hui les deux tiers de la production mondiale : la canne à sucre , le maïs , le blé , le soja , la pomme de terre , le riz , la noix de palme , le manioc et la betterave sucrière .
En France , seules quatre centrales d ’ achat concentrent 92 % du marché ( Envergure , Leclerc , Horizon et Intermarché ). Les grandes surfaces comptabilisent ainsi 80 % des achats alimentaires en France . Alors quelles solutions pourrait-on imaginer pour faire évoluer les choses ? Les Greniers d ’ Abondance ont imaginé plusieurs pistes susceptibles de contribuer à un développement plus durable de notre modèle actuel , comme la création d ’ offices fonciers locaux qui rachèteraient les terres agricoles afin de les louer à des tarifs raisonnables aux personnes qui souhaiteraient se lancer dans l ’ agriculture .
Enrichie par ces différentes interventions , l ’ équipe de la Démarche du Devenir des métiers travaillent sur des recommandations d ’ évolutions pour l ’ association et chaque métier livrées à la fin du premier trimestre 2024 . Dans ce cycle de travail , d ’ autres rencontres sont encore prévues , notamment une dans le Nord , avec certainement une visite d ’ une centrale nucléaire et d ' un site sidérurgique .
L ’ objectif de ces moments de regroupement est que chaque métier puisse venir se nourrir et approfondir ses connaissances sur une thématique donnée , puis poursuivre cela dans la durée en s ’ entourant d ’ expertises métier . À chaque fin de séminaire , les pilotes travaillent , lors d ’ ateliers , à faire le lien entre ce qu ’ il s ’ est dit , leurs métiers et l ’ association . Puis , en fin de cycle , une note de
Visite du marché de Rungis .
synthèse et de projection sur la thématique est produite afin que chaque métier puisse se l ’ approprier dans ses travaux sur le devenir de son métier . Ainsi , le métier pourra impulser des changements dans ses formations afin de construire des futurs possibles qui prennent en compte les problématiques soulevées lors des séminaires . Enfin , ces temps intermétiers permettent à chaque métier de partager ses travaux en cours , ses méthodes de travail et ses questionnements face à ces enjeux d ’ évolution , chacun pouvant s ’ inspirer de ce que font les autres .
L ’ équipe de la Démarche du Devenir des métiers
Témoignage
Laura Gonçalves-Fernandes , Parisienne Cœur Sincère , Compagnon pâtissière , chargée de mission de l ’ Institut des métiers du goût ( IMG )
C ’ est Eugène Abraham , responsable de l ’ IMG , qui m ’ a proposé de participer à la Démarche du Devenir des métiers . Toujours partante pour toute nouvelle expérience , j ’ ai accepté pour l ’ intégralité du cycle . J ’ étais assez sensible à sa thématique , puisque mon mémoire de BTM portait sur la création d ’ une entreprise écoresponsable . En outre , avoir plusieurs générations impliquées - avec la participation des chargés de mission - dans la Démarche du Devenir des métiers me paraît très pertinent . Nous faisons plus facilement le lien avec les besoins et l ’ état d ’ esprit des itinérants . Le fait que les responsables d ’ institut soient les premiers concernés par la Démarche du Devenir des métiers permettra d ’ ancrer cet état d ’ esprit dans nos formations initiales .
À chaque fois , je me suis rendue aux visites dans un esprit d ’ ouverture et de curiosité . Bien sûr , celle de Rungis m ’ a énormément intéressée ; leur logistique est extrêmement impressionnante ! Grâce à son interactivité , l ’ exposé sur La Fresque du climat , en revanche , m ’ a énormément enseigné sur le réchauffement climatique et m ’ a préparée efficacement au second séminaire . À la fin de chacun , tous les participants doivent faire une restitution de ce qu ’ ils ont compris : premièrement en intermétier , puis entre membres d ’ un même corps de métier ou d ’ une même filière ( industrie , bâtiment , etc .), en vue d ’ actions réalistes à mettre en œuvre à son bénéfice .
Par la suite , Eugène et moi-même avons retranscrit au congrès , au travers d ’ exemples aux anciens et aux jeunes , les enseignements des séminaires afin que cela les amène à leur tour à évoluer au niveau professionnel et personnel . Nous avons aussi proposé une modification de la progression des jeunes : dans ce cadre , ceux-ci doivent présenter un produit tous les deux mois et l ’ on souhaite les pousser à les réaliser de façon écoresponsable , par exemple en employant des fruits de saison . Pareillement , pour les travaux d ’ Adoption ou de Réception , nous pourrions exiger qu ’ au moins une réalisation comprenne des ingrédients issus de circuits courts ou qu ’ ils soient produits de manière écoresponsable . Nous avons également suggéré que les formateurs effectuent leurs commandes en étant attentifs à la saisonnalité et au terroir .
Tout ceci a suscité beaucoup de commentaires constructifs , de suggestions et de témoignages . À mon sens , il n ’ y a pas d ’ opposition idéologique au sujet . Ce sont le coût et les habitudes qui peuvent freiner la mise en place d ’ actions par les Compagnons dans leurs entreprises . On constate d ’ ailleurs que les référentiels des diplômes , eux , sont en train de se transformer dans un objectif de respect de l ’ environnement . Il faut éduquer les jeunes afin qu ’ une fois autonomes ils mettent en place des actions dans leurs entreprises . Pour l ’ instant , ils attendent surtout des entreprises le respect de l ’ humain .
L ’ écologie fait partie de nos valeurs compagnonniques : nous sommes dans la démarche de toujours faire mieux , toujours faire plus . Choisir des matériaux écoresponsables , c ’ est quasiment systématiquement le moyen d ’ obtenir un produit plus qualitatif . Sans parler de l ’ impact marketing auprès des consommateurs qui peut se traduire positivement sur un chiffre d ’ affaires . Faire des produits écoconçus implique du temps et une réflexion , mais le jeu en vaut la chandelle : aucun client ne refusera jamais de les acheter du fait qu ’ ils sont écoresponsables et cela est valable pour tous les métiers .
# 331 / Juillet - août 2023