22 compagnons partage
( ceux-ci seront réutilisés dans le jardin partagé de La Casemate ). Pourquoi tous ces bidons ? Pour montrer ce que nous devrions transporter si nous n ’ avions pas de raccordement à l ’ eau courante . Un litre est facilement transportable , cinq aussi , mais le déplacement quotidien de 80 litres devient compliqué , voire ingérable . Or , nous consommons actuellement bien plus que cela . Valentine et Juliette ont rédigé le dossier présentant notre démarche , tandis que nous trois nous chargions de l ’ ouvrage . Pour qu ’ il y ait un réel échange de compétences , elles sont venues voir comment les machines fonctionnaient .
J ’ ai aimé avoir la possibilité d ’ améliorer ma culture personnelle en découvrant toutes ces machines à commande numérique , dont j ’ ai pu manipuler certaines en autonomie . Je suis content d ’ avoir pu rencontrer des étudiants , même si nous n ’ avons guère eu le temps de parler d ’ autre chose que du projet . Nous avons eu la chance d ’ être trois itinérants dans mon groupe . Devoir ressortir jusqu ’ à 21 heures le mardi soir après mon travail aurait été nettement plus difficile
Le résultat du travail d ’ Angevin et de son équipe sur la gestion de l ’ eau .
sans eux . Ce projet nous a permis de mener un projet commun intermétier et de renforcer des liens qui ne peuvent naître que dans de petites maisons comme celle de Grenoble , où les itinérants sont obligés de sortir de leurs corps de métiers respectifs . Notre entente a été un véritable atout pour aller au bout , ce dont je suis plutôt fier ! »
Témoignage
Joël Chevrier , professeur de physique à l ’ Université Grenoble-Alpes ( UGA )
Rattaché à l ’ Université Paris-Descartes pendant plusieurs années , j ’ ai eu l ’ occasion de rencontrer les responsables du pôle d ’ excellence des Matériaux souples des Compagnons du Devoir de Pantin par le biais d ’ une designer de l ’ ENSCI ( École nationale supérieure de création industrielle ) avec qui je collaborais alors . De fil en aiguille , nos échanges nous ont amenés à penser qu ’ il fallait créer des croisements pédagogiques entre l ’ université et les Compagnons du Devoir . C ’ est ainsi que les itinérants de la maison de Saint-Égrève ont été associés l ’ an dernier au projet du Fablab Jam Session qui existe depuis huit ans . J ’ étais très content d ’ accueillir des itinérants en plus des profils qui rejoignent l ’ initiative chaque année . Le postulat de celle-ci est qu ’ il faut apprendre par le faire , pas seulement par la production d ’ écrits et par le discours . Je pensais que la capacité des itinérants à transformer la matière allait susciter le dialogue avec les autres étudiants .
Cette année , je suis enchanté de la qualité de leurs échanges , qui était pour moi le premier résultat attendu et non l ’ exposition . Les itinérants ont su faire comprendre aux étudiants qu ’ il ne faut pas se contenter de débattre indéfiniment , mais passer à l ’ action rapidement . Ils ont aussi pris en main les machines facilement en raison des compétences professionnelles qu ’ ils ont développées . Même si nous étions à leur disposition , nous souhaitions avant tout que l ’ ensemble des jeunes soient autonomes , se fondant sur leurs connaissances pour faire avancer leurs concepts . La réussite résidait pour moi paradoxalement dans mon inutilité ! Les participants devaient s ’ appuyer prioritairement les uns sur les autres , ceux ayant un bagage solide devant accompagner les moins expérimentés .
L ’ an prochain , le Fablab Jam Session sera de nouveau ce laboratoire de propositions audacieuses visant à répondre aux dix-sept objectifs de développement durable des Nations unies ! Nous cogiterons encore sur les grands enjeux de la société de demain en période d ’ anthropocène . Ce sont les jeunes qui déterminent les sujets au travers des préoccupations dont ils nous font part .
# 329 / Mai 2023