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Une gâche qui apporte tant

L a gâche de référente nationale des charcutiers m ’ a été proposée à la suite du départ en Australie de l ’ unique Compagnon charcutier , Rennais Quesnot . De l ’ autre bout du monde , il lui aurait été compliqué de gérer nos chers charcutiers . J ’ ai accepté tout de suite cette proposition et découvert alors un peu plus ce métier ainsi que les jeunes accueillis cette année 2022-2023 dans ce parcours : 6 Aspirants et 20 nouveaux entrants . Parmi ces jeunes , certains sont non-résidents , d ' autres itinérants , certains au cours de l ’ année auront changé de métier , d ’ autres auront arrêté leur Tour de France , tandis que d ’ autres encore seront en voie d ’ Adoption , prépareront leur voyage à l ’ étranger ou continueront tout simplement leur Tour de France .

Le métier de charcutier étant l ’ un des derniers à être entrés dans le compagnonnage , ses membres semblent investis d ’ une mission : se faire une place ! Mais ces jeunes ne sont qu ’ Aspirants , ils ont besoin d ’ apprendre au travers de leur Tour de France ce qu ’ est le compagnonnage et ne peuvent pas transmettre cet enseignement aux nouveaux arrivants , en tout cas pas de la meilleure manière . Les laisser responsables de cela serait pour moi les mettre en danger : ils ne seraient pas en mesure de profiter de tout ce que le Tour peut leur apporter , ni d ’ informer les nouveaux apprenants de leur métier ; ils risqueraient même d ’ être dépassés par l ’ ampleur de la tâche . À mes yeux , il faut montrer aux Aspirants en début de Tour de France les bons comportements à adopter , comment s ’ organiser , transmettre et se structurer en tant que personne .
La gâche de responsable nationale que l ’ on m ’ a confiée consiste à :
• Suivre le déroulement de leur séjour dans une ville-étape , leur formation , mais aussi se renseigner et consigner leur perception du compagnonnage et la suite de leur Tour de France ;
• Organiser des sorties , des causeries ou juste des casse-croûte afin de se rapprocher , d ’ échanger sur le métier , leur apporter un peu plus d ’ enseignement compagnonnique , passer tout simplement de bons moments tous ensemble ( étant résidente à Paris , cet aspect de la gâche ne me pose aucun problème ) ;
• Me rendre disponible pour répondre à leurs diverses interrogations et instaurer un climat de confiance pour que je puisse comprendre leur choix de poursuivre bien sûr , mais surtout quand il s ' agit pour certains d ’ interrompre leur Tour ;
• Créer du lien grâce à une newsletter leur rappelant tous les moments phares qui ont rythmé leur année ;
• Me rendre également disponible pour les anciens ou les responsables de corps de métier qui auraient des charcutiers dans leur ville afin de les aiguiller si nécessaire ;
• Assurer la liaison entre les charcutiers et le corps de métier , aussi bien pour qu ’ ils puissent faire remonter leurs besoins que pour pouvoir faire redescendre des informations importantes de celui-ci ;
• Préparer les réunions d ’ information si nécessaire ;
• M ’ assurer que les progressions sont bien effectuées , puis corrigées ;
• Partager sur un Drive des recettes , des cours et les comptes-rendus de réunions .
Les charcutiers , n ' ayant qu ’ un seul Compagnon sédentaire , ils n ’ ont pas les mêmes opportunités que les jeunes des autres métiers qui , eux , sont formés par des Compagnons . Durant ses semaines de formation au CFA , un jeune d ’ un autre métier est en présence d ’ un formateur Compagnon . Cela signifie qu ’ il bénéficie non seulement d ’ un apprentissage du métier , mais aussi de celui de la vie compagnonnique dont il découvre les particularités et les attraits . Voilà pourquoi j ’ ai voulu mettre en place pour les jeunes charcutiers des « sorties de fin de stage » comme on les appelle dans les autres métiers . S ’ ils n ’ ont pas une for- matrice Compagnon , ils peuvent tout de même compter sur une Compagnon pour la découverte de l ’ univers compagnonnique !
N ’ étant pas de leur métier , il n ’ était pas évident pour moi d ’ identifier ce que je pouvais leur apporter en termes de ressources pour travailler , mais , finalement , j ’ ai compris que le plus important était de les aider à se fédérer pour qu ’ ils puissent ensuite le faire entre eux . Ayant un métier de bouche comme eux , je fais le nécessaire pour qu ’ ils puissent s ’ inspirer de la façon dont on me l ’ a enseigné et de celle dont je le transmets à mon tour afin qu ’ ils trouvent ce qui leur correspond le mieux . Corriger la progression des charcutiers n ’ est d ’ ailleurs pour moi finalement pas si éloigné de ce qui se fait dans nos autres métiers du goût .
Je ne m ’ inquiète pas pour leur corps de métier : certes , ce ne sera pas simple pour eux , mais le nombre de charcutiers reçus grandira – j ’ espère voir les premiers reçus dans 1 an et demi … – et ils auront toute leur place dans nos centres de formation . Peut-être même que le premier formateur Compagnon charcutier se cache parmi nos jeunes de cette année ? En tout cas , certains veulent déjà prendre la gâche ! Ils ont encore tout à créer et sont d ’ autant plus motivés à tracer leur sillon dans l ’ histoire du compagnonnage – je pense personnellement que c ’ est déjà le cas ! –, à grandir et à tout mettre en œuvre pour faire perdurer leur corps de métier . Bien sûr , ils restent humains et jeunes , il leur arrive de jouer un peu avec mes nerfs , mais cela reste surmontable ! Quand ma gâche sera terminée en septembre 2023 , je garderai non seulement leurs coordonnées , mais aussi tout ce qu ’ ils m ’ auront apporté : une affection particulière pour ce métier .
Laura Goncalves-Fernandes Parisienne Cœur Sincère
Compagnon pâtissière
# 328 / Avril 2023