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en réalité , il faut toujours s ’ adapter à la mentalité et au contexte matériel local . Aujourd ’ hui , selon moi , le besoin principal des Togolais est la formation , en particulier pour apprendre à réaliser les finitions de ce qu ’ ils construisent . Les normes n ’ existant pas au Togo , les ouvriers sont libres de simplifier au maximum leurs réalisations . En revanche , ils sont très vigilants au risque de coupure et de chute , car ils ne bénéficient pas de soins accessibles à proximité . Comme ils ne sont pas vaccinés non plus ( notamment contre le tétanos ), ils font très attention à la sécurité sur le chantier .
Le bâtiment en construction qui abritera une salle de conférence .
Dans la journée , nous voyons souvent des ouvriers assis par terre , à ne rien faire . Au début , j ’ avoue que cela nous a un peu choqués et énervés , nous qui avions l ’ habitude de travailler un maximum . Maintenant , nous nous sommes ajustés à leur fonctionnement . Le bon côté des choses , c ’ est que le stress n ’ existe pas ... Hugo et moi avons ralenti notre cadence , mais nous travaillons toujours beaucoup plus que les locaux pour avancer dans notre planning d ’ objectifs . Nous terminons ainsi notre journée vers 17 h , alors que les ouvriers du chantier sont présents de 8 h à 15 h . J ’ essaie de rentrer à notre domicile avant la nuit qui tombe à 18 h avec la voiture que me prêtent les frères , car il n ’ y a qu ’ une simple piste sans aucun éclairage .
L ’ IMPORTANCE DE TRANSMETTRE SES COMPÉTENCES En parallèle des missions décrites plus haut , j ’ encadre Dodzi et Blaise , deux apprentis qui travaillent aussi sur le chantier . L ’ un est âgé de 24 ans ( il est déjà expérimenté ) et le second est âgé de 18 ans . L ’ apprentissage tel qu ’ on le connaît en France n ’ a pas cours au Togo . Ici , les apprentis vivent avec leurs patrons qui , en plus de les former , les nourrissent . La formation d ’ un jeune se termine quand le maître d ’ apprentissage estime qu ’ il est fin prêt à exercer son métier sans supervision . Ce dernier a alors une dette éternelle envers son ancien formateur . Je laisse mes apprentis relativement autonomes et me contente d ’ aller jeter un œil à leur avancement de temps à autre . Hugo chapeaute aussi deux jeunes , un apprenti et un mécanicien automobile . Nous ne nous voyons pas de la journée , car nos lieux de travail sont distants de 30 minutes .
J ’ apprécie de pouvoir former ces jeunes qui ont soif de savoirs . Au-delà de l ’ enseignement professionnel , nous partageons avec eux notre connaissance du monde . Nous essayons par exemple de faire évoluer leur croyance en la sorcellerie qui , à leurs yeux , explique beaucoup de leurs problèmes quotidiens . Hugo et moi pointons les raisons matérielles de ces derniers pour ouvrir le débat , auquel ils sont tout à fait ouverts .
J ’ aime devoir faire preuve de débrouillardise sur ce chantier . C ’ est , il me semble , le maître mot de la vie dans ce pays . Je dois ainsi faire évoluer mes techniques pour qu ’ elles s ’ adaptent au contexte local . À mon contact , les ouvriers adoptent aussi les techniques qui peuvent leur faciliter le travail . Souvent , les Européens ont voulu apporter des solutions à des problématiques locales en agissant comme si le Togo était un pays similaire au leur . Or ,
À LA DÉCOUVERTE DES TOGOLAIS Hugo et moi avons visité de nombreux sites naturels , dont des cascades et des réserves … On ne trouve pas d ’ animaux sauvages au Togo car ils ont tous été mangés par les habitants qui en sont friands ( ils mangent même du chien !). Pour voir des animaux de brousse , il faut se rendre dans des parcs où ils sont protégés . À ce stade de notre séjour , nous sommes déjà allés voir les lieux emblématiques du pays . Celui-ci ne possède quasiment pas de monuments historiques , mais nous avons tout de même eu l ’ opportunité de découvrir les maisons traditionnelles en terre de la région du Koutammakou , qui sont inscrites au patrimoine mondial de l ’ humanité . Nous projetons d ’ aller éventuellement au Bénin , qui semble le pays frontalier le plus accueillant . Effectivement , pour des raisons de sécurité , le Burkina Faso étant interdit aux Français et le Ghana très corrompu , nous excluons de nous y rendre .
Maintenant , notre objectif est surtout de faire des rencontres et de partager des moments de convivialité avec des Togolais . Nous allons ainsi boire un coup avec nos collègues de temps à autre . Les amis que nous nous sommes faits ici nous convient dans leurs villages : ils sont contents de présenter un « Blanc » à leur famille ! Nous découvrons leurs traditions , comme le rite de passage annuel qui amène les jeunes garçons de notre village à se battre trois années de suite pour s ’ affirmer en tant qu ’ hommes ( de nombreux rites existent selon les ethnies ). Au terme de ces luttes , une grande fête
# 328 / Avril 2023