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18 compagnons voyage
rassemble tous les habitants . En toute honnêteté , j ’ aurais bien aimé vivre une telle expérience car , après le combat , les jeunes sont réunis par une belle fraternité .
Les locaux parlent souvent un dialecte local et plusieurs sont encore très répandus . Ce sont les plus jeunes qui sont le plus à l ’ aise avec le français . Certains , plus âgés , qui ne sont pas allés à l ’ école très longtemps , ne parlent pas du tout notre langue . Ainsi , sur le chantier , trois personnes ne la maîtrisent pas . Avec ceux qui parlent le français , il nous faut tout de même employer des mots plutôt simples ; j ’ ai remarqué que nous perdions de ce fait un peu de notre vocabulaire courant . Les Togolais n ’ ont pas beaucoup d ’ opportunités d ’ évolution dans leur pays , et cela , même quand ils sont diplômés . Notre voisin , pourtant titulaire d ’ un diplôme en économie , a dû devenir chaumier . Cela explique en partie pourquoi l ’ Europe est un rêve pour les Togolais . Nous ne manquons pas de leur expliquer que tout n ’ y est pas aussi rose qu ’ ils se le figurent .
Je ne m ’ attendais pas à vivre de manière aussi isolée qu ’ ici . Heureusement , nous avons le Wi-Fi car il n ’ y a autrement aucune sorte d ’ occupation que l ’ on peut trouver en France . À Kara , il existe bien quelques restaurants et une seule boîte de nuit , mais l ’ on n ’ y trouve aucun cinéma . Les villageois que nous côtoyons ne peuvent de toute manière pas se permettre ce genre d ’ activité . Je me suis aperçu qu ’ en France nous faisons finalement beaucoup d ’ activités qui n ’ ont aucune utilité réelle , à part celle de nous divertir . En toute franchise , celles-ci nous manquent , mais nous savons que nous en profiterons à notre retour . Nos sorties hors tourisme se limitent aux courses que nous devons faire à une demi-heure de notre domicile .
UN FOSSÉ CULTUREL CONSÉQUENT Nous avons eu le bonheur d ’ accueillir nos familles venues de France en début d ’ année . Le dépaysement total procuré par le Togo les a ravies ! Nos collègues ont été enchantés de pouvoir goûter le saucisson qu ’ elles nous avaient apporté . Comme il n ’ y a pas de moyens de conservation sur place , les locaux se rendent au marché tous les jours . La cuisine locale consiste en de l ’ igname , beaucoup de plats de riz et de pâtes , le tout très pimenté et agrémenté de tomates et de concombres . Hugo et moi cuisinons des plats d ’ inspiration européenne à partir d ’ ingrédients locaux .
Nous avons malheureusement eu à tour de rôle des crises de paludisme les premiers mois sur place : affectés d ’ une énorme fièvre et de maux de ventre , cela nous a cloués au lit . À la saison des pluies , le risque de nouvelles crises reviendra , mais nous ne sommes pas inquiets , car l ’ hôpital est proche et nous avons en plus à disposition des cachets anti-paludisme .
Les différences culturelles entre la France et le Togo sont importantes , notamment concernant la place des femmes dans la société : lorsque nous invitons des amis à venir manger à la maison , ce sont les femmes qui nettoient la vaisselle à la fin . La première fois , nous avons été choqués et avons refusé , mais tous ont insisté pour faire ainsi . Aujourd ’ hui cela nous gêne encore à chaque fois ! Les Togolaises travaillent beaucoup , aussi bien à l ’ extérieur que dans le cadre familial . Elles ont très jeunes leurs enfants , mais pas plus de deux à trois . Les hommes togolais « virevoltant » un peu d ’ une femme à l ’ autre , ils considèrent là-bas que le statut de belle-mère n ’ existe pas , il n ’ y a que des mamans . Les mariages arrangés ont encore cours là-bas .
Les Togolais ont un cœur énorme et toujours le sourire ; ils ne montrent aucune malveillance et ne font aucun second degré pour railler autrui . Aujourd ’ hui , en France , les gens sont très méfiants et l ’ entraide n ’ est pas naturelle , alors que les Togolais , eux , accueillent les étrangers à bras ouverts . Sans doute que le fait d ’ avoir peu à perdre les incite moins à la peur de l ’ inconnu . Ils sont au contraire très curieux de notre vie et posent beaucoup de questions souvent très pragmatiques .
Personnellement , j ’ ai été touché par la malnutrition que l ’ on peut remarquer sur place . Clairement , la question du gaspillage alimentaire n ’ y existe pas comme dans notre pays . En revanche , les Togolais ne connaissent pas le recyclage , tout le plastique finit par terre . Cette constatation me rendra intransigeant sur la gestion de mes déchets à mon retour en juillet prochain en France . Dans notre pays , nous n ’ avons aucune excuse à ne pas recycler avec tous les dispositifs à notre disposition . J ’ espère que j ’ aurai gagné en ouverture d ’ esprit . Dans mon métier , je serai encore plus vigilant sur la qualité de mes finitions , car nous avons la chance d ’ avoir tout l ’ outillage nécessaire pour faire du bel ouvrage , contrairement aux Togolais .
Dégustation de tchouk , bière locale , dans une calebasse au marché .
Moment unique passé avec les éléphants de la réserve naturelle de Djamdè , que l ’ on peut approcher et avec qui l ' on peut même jouer .
Propos recueillis par Marie-Laure Gendron
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# 328 / Avril 2023