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mes efforts . Puis , nos relations se sont apaisées quand j ’ ai été mis en chantier pour mon Adoption . Il m ’ a fallu du temps pour comprendre que l ’ ancien me poussait ainsi à me dépasser . J ’ ai serré les dents et mis de l ’ eau dans mon vin . Tout charpentier a besoin qu ’ on lui « rentre dedans » !
Quand j ’ ai su mon Adoption possible , j ’ ai été très heureux de pouvoir faire le Tour de France . Je ne le faisais pas au fond pour être Compagnon , mais parce que j ’ avais envie de voyager , de croiser des gens , de profiter de cette solidarité dans les maisons de Compagnons et de partager des valeurs . Mais une fois le doigt mis dans l ’ engrenage , je me suis rendu compte très vite qu ’ être Compagnon , c ’ est faire vivre ce qu ’ on a appris sur le Tour , cette fraternité hors norme . Il faut pouvoir la transmettre aux plus jeunes . J ’ avais envie de faire tourner cette association qui m ’ a permis de vivre des moments si forts .
J ’ ai fait ensuite étape à Auxerre , puis dans une campagne de Troyes , puis à Colmar et enfin à Vannes , où j ’ ai passé mon BP . Là-bas , j ’ ai commencé à réfléchir à un sujet de Réception ; il était temps d ’ y penser ! Je suis tout de même parti en Écosse , où j ’ ai travaillé sur des charpentes apparentes en chêne dans les highlands , au beau milieu de la nature . Cette année a été très bénéfique , puisqu ’ elle m ’ a permis de savoir exactement ce que je
Travail terminé et correction imminente .
souhaitais . Décidé à me lancer dans la Réception dès mon retour , j ’ ai trouvé en Écosse les grandes lignes de mon sujet , inspiré d ’ une maquette de charpente réalisée là-bas et contenant du croche .
QUAND J ’ AI SU MON ADOPTION POSSIBLE , J ’ AI ÉTÉ TRÈS HEUREUX DE POUVOIR FAIRE LE TOUR DE FRANCE . JE NE LE FAISAIS PAS AU FOND POUR ÊTRE COMPAGNON , MAIS PARCE QUE J ’ AVAIS ENVIE DE VOYAGER , DE CROISER DES GENS , DE PROFITER DE CETTE SOLIDARITÉ DANS LES MAISONS DE COMPAGNONS ET DE PARTAGER DES VALEURS .
Une fois au Mans , comme je pensais que les sédentaires ne l ’ accepteraient pas , j ’ ai demandé à la cayenne s ’ il y avait quelque chose de particulier à réaliser à la maison , ce qui n ’ était pas le cas . J ’ avais envie de faire une maquette de charpente avec du trait : d ’ abord , parce que sur le Tour on « mange » du trait de charpente tous les soirs pendant cinq ans et puis il nous rappelle nos origines ! Je n ’ avais jamais fait de noues 1 croches , c ’ était donc l ’ occasion !
DES EMBÛCHES SUR LE CHEMIN Ma maquette comporte un bulbe et une tour ronde qui se croisent . Cela donne une pièce de raccord à la forme complexe . J ’ ai voulu y ajouter un cône de pénétration pour compliquer le travail ; effectivement , on ne verrait jamais cela dans la réalité . Quelle que soit la façon dont on regarde la maquette , elle est cintrée : du trait de charpente est née la forme d ’ un point d ’ interrogation ! Les croquis du projet ont , contre toute attente , séduit les anciens , ainsi que ma volonté de faire l ’ épure à la main . Le 15 octobre 2021 , j ’ ai été mis en chantier .
La conception a été faite sur papier en quinze jours . Pour être honnête , je ne suis pas très à l ’ aise avec un ordinateur , même si je suis obligé de l ’ utiliser dans mon métier , d ’ où le choix du papier . Les difficultés doivent être levées à ce stade , avant l ’ entrée en atelier , d ’ où une vraie « prise de tête » qui m ’ a permis de résoudre les principales problématiques de ma maquette , notamment sa conception interne . J ’ ai confronté les avis de mon responsable - mon parrain - et des anciens que j ’ ai consultés et en ai retiré la méthode qui me paraissait la plus appropriée . Il ne faut pas se laisser déstabiliser par les conseils contradictoires une fois que l ’ on a choisi son modus operandi . Quand ma conception m ’ a paru valable , je me suis lancé . Sachant que mon projet allait être une autre paire de manches en atelier , je me suis laissé deux semaines dans mon planning pour gérer les impondérables .
Au 1 er novembre , seul itinérant à tailler à cette époque au Mans , j ’ ai débuté le travail en atelier . Comme essences , j ’ avais choisi le frêne et l ’ orme - ce dernier , décimé au xx e siècle par un parasite , n ’ existe presque plus en Europe . Plus foncé que le chêne , avec de belles fibres brunes et rouges , il m ’ a été offert par mon employeur qui en possédait des plateaux . Je n ’ en avais jamais travaillé jusqu ’ ici , mais j ’ ai éprouvé beaucoup de plaisir à l ’ utiliser . Par ailleurs , un menuisier que je côtoyais sur un chantier m ’ a vendu le frêne . Ce bois très blanc allait permettre de beaux contrastes avec l ’ orme .
# 324 / Décembre 2022