8 compagnons dépassement
Présentation d ' un chevron pour apprécier le galbe du bulbe .
Présentation et ajustement du cône de pénétration .
Assemblage à blanc des fermes sur les sablières .
Breton « haut en couleur » aux côtés de son travail de Réception terminé .
Le cône de pénétration reste amovible en toutes circonstances .
En stage à Lille , j ’ ai débité mes pièces de bois ( ma maquette fait 80 cm de long par 115 cm de haut et 60 cm de large ). Puis , de retour au Mans , j ’ ai tracé mon projet sur une feuille de 1,5 m de long sur 3 m de large . En parallèle , j ’ ai fait mes gabarits de collage , des pièces croches , des assemblages traditionnels et du lamellé-collé , qui m ’ a un peu challengé du fait de l ’ échelle plutôt petite de ma maquette … J ’ ai dû contacter des anciens , dont un menuisier spécialiste de cette technique , pour savoir comment réaliser une pièce croche en particulier . Grâce à leurs conseils , j ’ ai surmonté cet obstacle au terme , tout de même , de 100 heures .
La réalisation des pièces de raccord entre le cône qui traverse ma maquette , la tour , et le bulbe s ’ est avérée le plus gros défi du projet . Faire l ’ œillet dans le bulbe notamment me mettait en difficulté . Je ne pouvais pas faire son développé et j ’ ai dû recourir à la technique du berceau pour réaliser le passage machine nécessaire . J ’ ai cogité pendant une semaine à cette technique et , après l ’ avoir testée sur une pièce de sapin , avec l ’ aide de mon responsable , j ’ ai sorti cette pièce proprement mi-février .
J ’ ai avancé sereinement par la suite sur la pose des chevrons à un rythme soutenu . Les itinérants , tout comme les sédentaires , m ’ ont mis du baume au cœur grâce à leurs félicitations sur ma pièce lors de leurs nombreuses visites . Mon parrain de Réception passait souvent lui aussi à l ' atelier pour m ’ accompagner dans mon cheminement compagnonnique . Deux itinérants chaudronniers et un sédentaire serrurier ont réalisé par fraternité compagnonnique les éléments en métal nécessaires à mon travail . Ils m ’ ont été d ’ une grande aide , car je n ’ aurais pas été capable de les faire moi-même . Le 15 mars , jour de ma correction , tous les défauts de la maquette me sautaient aux yeux et j ’ appréhendais donc beaucoup de présenter le projet à la trentaine de sédentaires présents . La correction finie , j ’ ai ressenti un très grand soulagement !
UN ACCOMPLISSEMENT MATÉRIEL , MAIS AUSSI MORAL Un travail de Réception , c ’ est un peu les montagnes russes ! J ’ ai vécu de grands moments de joie quand j ’ ai passé certaines étapes assez compliquées de mon travail , puis d ’ autres jours j ’ avais le moral dans les chaussettes car je piétinais par rapport au planning prévu … Pendant sa réalisation , j ’ ai davantage réfléchi à mon rapport au compagnonnage qu ’ à mes bouts de bois . Sait-on vraiment ce qu ’ est l ’ engagement que prend un Compagnon ? Personne ne vous le dit réellement , il faut le déterminer par soi-même . On consacre des centaines d ’ heures de sa vie à son « chef-d ’ œuvre » ; ces moments étant dédiés au compagnonnage , on n ’ est plus disponible pour son entourage : on prouve ainsi qu ’ on peut se donner corps et âme pour une cause . Finalement , ma pièce n ’ est qu ’ un tas de bois assemblé esthétiquement , ce qui
compte c ’ est le cheminement intellectuel que l ’ on expérimente pour se créer un certain devoir . Un jeune peut faire une maquette exceptionnelle , mais n ’ avoir rien à donner humainement . Et l ’ inverse est vrai aussi !
Aujourd ’ hui , je suis fier de ma pièce ( installée dans le bureau de la maîtresse de maison du Mans ), mais je m ’ en suis aussi détaché . Pendant cinq mois , j ’ ai fait de mon mieux pour qu ’ elle soit réussie , mais maintenant que j ’ ai atteint mon but d ’ être Compagnon , je dois regarder devant moi . Ces mois m ’ ont enseigné la persévérance , à garder le cap malgré les difficultés inhérentes à la maquette , mais aussi découlant de mon environnement . Je crois en ma vertu de Compagnon : il faut prendre les obstacles à bras le corps ! Mon conseil aux itinérants désireux de postuler à la Réception ? Il faut se donner à fond et y aller tel que l ’ on est : travailler ses points faibles , mais aussi capitaliser un maximum sur ses particularités . Les anciens voient en nous nos futures qualités de Compagnon quand ils nous mettent en chantier . Le travail de Réception est un « multiplicateur » de personnalité qui apporte tant !
Propos recueillis par Marie-Laure Gendron
1 - Une noue est un axe de raccord qui va former un angle rentrant entre deux versants .
# 324 / Décembre 2022