6 compagnons dépassement
UN BUT : devenir Compagnon
Après une première année réussie en fac de psychologie , Thibault Jaugey , Bourguignon Cœur de Lion , Compagnon charpentier depuis mars dernier , a ressenti le besoin d ’ exercer un métier plus concret , utile , avec un vrai rapport à la matière . Peu intéressé par le Tour de France à son arrivée chez les Compagnons du Devoir , il s ’ y est lancé après avoir expérimenté la fraternité hors normes existant dans leurs maisons . C ’ est tout naturellement qu ’ il a postulé à la Réception après six années enrichissantes . La réalisation de sa maquette l ’ a amené à se dépasser techniquement , mais aussi à une vraie réflexion sur le compagnonnage . Retour sur un parcours .
A près un an en faculté , bien qu ’ intéressé par mes études , je me suis interrogé sur mon avenir : le cadre universitaire , très impersonnel , me rebutait . Mon père et mes oncles , sans être du bâtiment , ont construit ou rénové avec passion leurs maisons ( pendant les vacances , je mettais à mon tour la main à la pâte ) ; ils m ’ ont insufflé cette envie de faire par soi-même et dans les règles de l ’ art . De plus , être utile à mes concitoyens en leur offrant un toit protecteur me parlait . Mon père ayant pour loisir la menuiserie , mon attirance pour le bois vient sans doute de là . Je suis très sensible au fait que l ’ arbre soit vivant . De son abattage , puis son sciage , jusqu ’ à son travail , il nécessite une compréhension et un soin particuliers car il n ’ est pas inerte . C ’ est ainsi que j ’ ai décidé de préparer un BTS Systèmes constructifs bois et habitat . Mais le responsable de la formation m ’ a poussé à passer un CAP en un an chez les Compagnons du Devoir de Dijon pour pallier mon absence de connaissances dans ce domaine . Issu d ’ un milieu rural , tout mon entourage connaissait les Compagnons comme des ouvriers détenteurs d ’ un savoir ancestral . Au départ , le Tour de France ne m ’ attirait pas du tout - je vivais alors en couple - et je ne savais pas non plus ce que signifiait réellement être Compagnon . J ’ ai donc opté pour une formation continue en tant qu ’ externe où je côtoyais des adultes en reconversion . J ’ ai intégré en parallèle une entreprise
De gauche à droite : Gwénaël Le Sommer , Breton le Bon Cœur , président de la cayenne du Mans , Bourguignon , et Manuel Maio , Champagne l ' Ami des Compagnons , son parrain de Réception , avec la pièce terminée .
dans laquelle évoluaient des Compagnons qui , bien que n ’ étant plus « en règle », gardaient une certaine idée du métier et des rapports humains . Ils me poussaient à aller de l ’ avant et j ’ ai effectué presque immédiatement des travaux intéressants . En un an , il y a beaucoup à apprendre pour obtenir le CAP : je ressentais le besoin de m ’ entraîner à l ’ atelier du CFA en réalisant des maquettes . J ’ y ai rencontré des itinérants qui sont devenus des amis . Ayant demandé à partir sur le Tour de France , le prévôt m ’ a proposé de débuter à Paray-le-Monial en Saône-et-Loire dans un point de passage .
UNE PREMIÈRE ÉTAPE DE TOUR DÉCISIVE J ’ ai rejoint une entreprise , avec une dizaine de salariés , dirigée par un Compagnon , mon futur parrain d ’ Adoption . Mon expérience se cantonnait à la rénovation , or l ’ activité de mon nouvel employeur consistait en de la charpente neuve et de l ’ ossature bois . Mes premiers mois ont été difficiles à vivre : on m ’ avait dit que j ’ étais bon dans mon précédent poste et je n ’ acceptais pas qu ’ on puisse me dire l ’ inverse … Au début , je ne m ’ entendais pas avec l ’ ancien qui s ’ agaçait , car je n ’ arrivais pas à m ’ adapter malgré tous
# 324 / Décembre 2022