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voyage compagnons 17
J ’ avais choisi Nantes , désireux de découvrir cette ville . Je croyais avoir une embauche mais , une fois sur place , pas d ’ entreprise ! J ’ ai cependant vite trouvé un poste dans la filiale d ’ un groupe qui faisait de la série pour le tertiaire . En plus de son département de menuiserie aluminium , celle-ci possédait un département serrurerie employant trois Compagnons du Devoir . Au bout de quelques mois , en raison d ’ un grand nombre de démissions , nous étions moitié moins de salariés qu ’ à mon arrivée . J ’ ai beaucoup appris cette année-là . En effet , à 17 ans , j ’ ai dû pallier l ’ absence de chef d ’ atelier puisque celui-ci venait de démissionner . C ’ est ainsi que , fort de mes quelques mois d ’ expérience , j ’ ai été amené à manager plus ou moins les intérimaires . Expliquer à des trentenaires les projets à réaliser me mettait parfois mal à l ’ aise ! J ’ ai appris alors à utiliser une scie à ruban automatisée , un peu à dessiner ( car il n ’ y avait plus de dessinateur non plus !) et à optimiser ma manière de travailler dans le cadre d ’ une production en série .
UNE ÉTAPE INOUBLIABLE Ensuite , j ’ ai posé mes valises à Muizon que l ’ on m ’ avait conseillé pour me perfectionner . J ’ ai pris « un an de Muizon ferme » comme on dit sur le Tour de France ! Il existe un a priori comme quoi il n ’ y a rien à y faire , ce qui est vraiment faux . J ’ ai été embauché à la ferronnerie Mazingue , spécialisée dans les monuments historiques . J ’ y ai fait de très beaux chantiers : à Paris ( au Louvre , à l ’ arc de Triomphe ou encore à l ’ Élysée ) et pour les cathédrales de Reims et d ’ Amiens … J ’ ai découvert à cette occasion qu ’ en rénovation on ne démonte pas tout pour reconstruire , mais qu ’ en réalité on répare des ouvrages déjà réparés plusieurs fois par d ’ autres entreprises . Cela nécessite de savoir s ’ adapter à l ’ existant .
Mon année à Muizon a été jusqu ’ ici la meilleure que j ’ ai vécue chez les Compagnons , ce qui est paradoxal puisque la crise sanitaire a éclaté à ce moment-là . Lorsqu ’ elle a débuté , j ’ ai arrêté de travailler 8 jours en tout et pour tout . En effet , nous devions retourner sur les chantiers pour éviter d ’ accumuler du retard . Je n ’ avais d ’ ailleurs aucune envie de rester chez moi . Grâce à un arrangement avec mon employeur , pendant plus d ’ un mois j ’ ai dormi la semaine à l ’ atelier et je rentrais le week-end à la maison . À part une certaine frustration due à l ’ arrêt de la préparation du congrès , j ’ ai bien vécu la situation . Il y a eu de nombreux temps de convivialité avec la petite communauté de Muizon . Quelques résidents travaillaient en entreprise , mais d ’ autres étaient inoccupés . Je les ai aidés le week-end à repeindre les ateliers , à rénover la maison du prévôt ...
DEPUIS SEPTEMBRE DERNIER , JE VIS DONC AU NORD-EST DE LA ROUMANIE DANS UN VILLAGE DE 2 000 HABITANTS PLUS PROCHE DE LA MOLDAVIE QUE DE BUCAREST .
SAVOIR SAISIR LES OPPORTUNITÉS Faisant 35 h sur les quatre premiers jours de la semaine , j ’ allais souvent le vendredi aux ateliers de la maison pour forger . Une fois , le formateur m ’ a interpellé : « Hé ! Beaujolais ! Qu ’ est-ce que tu dis de la Roumanie ? ». Je lui ai répondu du tac au tac : « C ’ est un pays que j ’ aimerais bien visiter ». Et voilà , mon étape internationale était déterminée ! Initialement , j ’ avais envie d ’ aller en Irlande . Mais , étant ouvert à la découverte , j ’ aurais été sans doute partant pour toute proposition . Ma philosophie est que certaines opportunités ne se présentent pas deux fois : sur notre chemin apparaissent parfois des bifurcations qu ’ il faut oser prendre . J ’ ai ainsi appelé Rouergue , le responsable d ’ institut , pour savoir si la proposition pouvait se concrétiser . Je savais en quoi consistait cette embauche , car j ’ avais assisté à une causerie à ce sujet lors d ’ un congrès de métier : je me souvenais que l ’ on encadrait des apprentis et que l ’ on travaillait pour des architectes . Désirant devenir formateur après la Réception , cette mission de transmission m ’ attirait . Depuis septembre dernier , je vis donc au nord-est de la Roumanie dans un village de 2 000 habitants plus proche de la Moldavie que de Bucarest . La région , l ’ une des
Forgeage d ' un prototype de pieds pour un banc .
plus pauvres du pays , est principalement agricole . Paradoxalement , nous sommes moins isolés qu ’ à Muizon étant donné qu ’ un bus pour La º i , la grande ville la plus proche , passe plusieurs fois par jour . Les lieux rappellent un peu la France d ’ il y a cinquante ans : on voit tous les jours des charrettes circuler et beaucoup de maisons sont faites en torchis . Le dépaysement est au rendez-vous ! Ce qui est très surprenant , c ’ est que les habitants ne travaillent pas comme nous l ’ entendons en France . Ceci dit , n ’ ayant pas d ’ attentes particulières , je n ’ ai pas été déçu à mon arrivée .
LE DÉFI D ’ ENSEIGNER J ' habite et je travaille avec deux autres Français : un Compagnon , Gaétan Legall , Gaétan le Breton , et un itinérant , Sébastien Bridonneau , ancien apprenti APPIE ( qui doit partir début mars ), tous deux serruriers-métalliers . Heureusement qu ’ ils sont là , parce que j ’ ai du mal à apprendre le roumain . Je communique actuellement beaucoup par gestes ou en anglais avec nos voisins .
# 307 / Mai 2021