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dépassement compagnons 21 trouver par eux-mêmes leur entreprise d ’ accueil . J ’ ai passé tout le printemps à en chercher une pour finalement être lâchée pendant l ’ été par celle que j ’ avais trouvée … Florie a alors proposé mon CV à la fonderie Voegelé à Strasbourg , son ancien employeur , qui m ’ a acceptée . La méthode pour fondre des cloches n ’ a quasiment pas évolué depuis le Moyen Âge . Savoir les tracer est une compétence très rare ; il n ’ existe que trois fonderies de cloches en France . Nous en avons refait datant du xv e siècle ! Comme le fil conducteur de tous mes choix de métier est l ’ histoire , cette expérience a totalement répondu à mes attentes . Cela a été ma meilleure expérience sur le Tour . J ’ ai fait mon travail d ’ Adoption à Strasbourg : une cloche bien sûr ! Étant sous contrat de professionnalisation , j ’ en ai aussi profité pour passer le CAP Mouleur noyauteur au lycée Hector Guimard à Lyon .
L ’ année suivante , j ’ ai intégré une fonderie de sable à Angoulême . J ’ espérais gagner en technicité dans la fabrication des moules en sable , mais cela n ’ a pas été le cas . On fabriquait en petite et moyenne série des pièces d ’ alambics pour la production de cognac et des boîtiers ou des carters de protection en bronze ou en aluminium . Il s ’ agissait d ’ une toute petite entreprise de quatre personnes , où le travail s ’ est avéré assez répétitif . Comme à Strasbourg j ’ ai bénéficié de six semaines de formation en vue de l ’ obtention d ’ un diplôme et j ’ ai donc validé un bac pro Fonderie au lycée Henri Brisson de Vierzon .
À mes yeux il était important de me former un maximum en toute autonomie , car parfois le travail en entreprise ne suffit pas pour se perfectionner ; comme j ’ ai toujours été la seule de mon métier lors de mes étapes de Tour , je n ’ ai pas pu profiter de l ’ enseignement de Compagnons plus expérimentés . Les fondeurs sont très peu ( huit en tout ) et se soutiennent à distance ; je suis restée en contact avec Florie et Steven . Même si cette étape à Angoulême ne m ’ a pas beaucoup plu , je n ’ ai jamais pensé abandonner . Je savais qu ’ il y aurait d ’ autres étapes à venir . De plus , nous sommes tellement peu nombreux que chaque jeune fondeur compte , l ’ engagement vis-à-vis de mon corps de métier était déjà très présent .
Je suis partie ensuite en Bretagne dans une fonderie d ’ art où je faisais de la ciselure , de la finition et des bronzes . N ’ ayant jamais été confrontée à cette technique avant , il m ’ a bien fallu cinq mois pour prendre le coup de main . L ’ ambiance de ce tout petit atelier familial a été très agréable , cependant , l ’ entreprise étant isolée , j ’ habitais seule dans un village . Comme les embauches pour les fondeurs sont difficiles à trouver , je n ’ ai guère eu le choix . Cette fois-ci , j ’ ai voulu passer le CAP Bronzier , option ciseleur en bronze . Pour les six semaines de stage , je n ’ ai pas trouvé de centre de formation adéquat . Je suis donc retournée à l ’ Atelier 960 ° où je me suis formée seule au référentiel du diplôme que j ’ ai présenté en candidat libre . Un vrai challenge , car même l ’ atelier qui m ’ employait ne pratiquait pas le type de ciselure demandé au CAP .
Le blason terminé , une fois la patine appliquée .
Pour avoir des conseils , j ’ ai contacté un orfèvre rennais ainsi qu ’ une école de bijouterie-orfèvrerie en centre Bretagne ; ils m ’ ont aidée autant qu ’ ils ont pu . J ’ ai énormément appris lors de mon examen que j ’ ai passé à l ’ école Boulle à Paris où j ’ ai été immergée dans un atelier de ciselure ornementale . Le professeur a accepté de me donner des cours entre les épreuves . J ’ ai appris alors que ce diplôme se validait au bout de trois ans à l ’ école Boulle … Quand j ’ ai vu ce que faisaient les autres élèves , j ’ ai compris pourquoi : on n ’ acquiert une telle finesse d ’ exécution qu ’ avec le temps et la répétition . Quelle chance d ’ avoir eu au final ce CAP !
Cette année a été très intense avec beaucoup de travail à domicile . Quand on vit seul on doit gérer l ’ intendance , ce qui n ’ est pas le cas en maison de Compagnons . J ’ avais rejoint ces derniers pour le cadre de travail qu ’ ils offraient et cette expérience m ’ a montré que je n ’ en avais plus vraiment besoin grâce à la discipline que j ’ avais acquise .
LE MOMENT OU JAMAIS Après la Bretagne , je voulais partir à l ’ étranger , au Canada idéalement . Mais avant toute chose , je tenais à préparer ma Réception . Les deux étant incompatibles , j ’ ai rejoint la Fondation de Coubertin en septembre 2019 . Je pensais que c ’ était le bon endroit pour tailler la Réception : je savais que les jeunes vivaient à côté des ateliers et que je pourrais bénéficier d ’ équipement de qualité .
J ’ avais conscience que j ’ étais loin de maîtriser toutes les compétences de mon métier , mais un ou deux ans de Tour en plus n ’ auraient pas suffi à cela . Je ne me sentais pas prête non plus , car je fais partie des gens qui ne se sentent jamais prêts . Ce sont les besoins de mon métier - Steven arrivait en fin de gâche et devait être remplacé - et ma différence d ’ âge avec les autres jeunes de la communauté qui m ’ ont décidée . Adoptée à 24 ans , j ’ ai presque dix ans d ’ écart maintenant avec les jeunes qui arrivent dans nos maisons . À un moment , le fossé culturel serait devenu trop grand : on a tous connu des Compagnons qui ne supportent plus la vie en communauté , je ne voulais pas en arriver là .
En arrivant à la Fondation de Coubertin , j ’ avais une idée de sujet de travail de Réception . Mais lors d ’ une réunion avec le Conseil à laquelle j ’ assistais avec Steven , il a été question du blason des fondeurs sur lequel un travail avait déjà été mené . Il a été suggéré sur le ton de la blague que cela pourrait être le sujet d ’ un travail de Réception . Steven et moi nous nous sommes regardés : c ’ était une sacrément bonne idée ! Cela avait du sens avec mon investissement auprès de notre corps de métier , d ’ autant plus que j ’ aime la symbolique compagnonnique .
# 301 / Novembre 2020