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En novembre 2019 , à 26 ans , j ’ étais mise en chantier . J ’ ai repris les croquis faits auparavant par Steven et Florie , avec l ’ aide de Jean Dubos , un Compagnon chaudronnier à l ’ origine de l ’ atelier de fonderie de la Fondation de Coubertin , et de Marcel Baillon , un Compagnon serrurier-métallier , qui a beaucoup soutenu les fondeurs , délégué à la commission des rites à l ’ époque . J ’ ai fait quelques dessins , mais je piétinais : j ’ avais besoin d ’ en savoir plus sur l ’ histoire de mon métier , mais aussi de mon métier chez les Compagnons . Je ne savais pas si des blasons de fondeurs avaient déjà existé . J ’ ai ainsi fait beaucoup de recherches et je suis allée au musée du compagnonnage et à la Maison de l ’ outil . Les derniers fondeurs ayant été reçus au sein de l ’ Union compagnonnique ( il n ’ y en a plus actuellement ), je suis entrée en contact avec des Compagnons de ce mouvement , qui ont été très réactifs : j ’ ai contacté l ’ Union un vendredi et le dimanche j ’ étais conviée , ainsi que deux autres itinérants serruriers-métalliers , à leur siège à Versailles . Par chance c ’ était le jour de leur assemblée générale et toutes leurs cayennes étaient rassemblées ! Nous avons été accueillis comme si nous étions des leurs . C ’ est intéressant d ’ échanger entre mouvements compagnonniques . Ils m ’ ont donné toutes les informations qu ’ ils avaient ainsi que les coordonnées d ’ un Compagnon cuisinier , Jean Philippon , qui est un puits de science sur l ’ histoire du compagnonnage . Celui-ci m ’ a aidé à organiser mes recherches et beaucoup encouragée , en prenant souvent des nouvelles .
J ’ avais fait un sondage auprès de connaissances hors compagnonnage pour appréhender la place de la fonderie dans l ’ imaginaire collectif . J ’ ai obtenu une centaine de réponses qui m ’ ont servi pour choisir les outils à mettre sur ma pièce . Il était important que le blason parle aussi aux profanes . Au terme d ’ une soixantaine d ’ heures , mais aussi d ’ échanges avec de nombreuses personnes ressources , j ’ ai terminé mes recherches début janvier 2020 . Ces investigations ont été difficiles , mais aussi très enrichissantes , car très loin de ce que je fais d ’ habitude .
LE CHOIX DE LA DIFFICULTÉ J ’ ai beaucoup discuté du choix des matériaux avec Christophe Berry , Compagnon chaudronnier , directeur de la fonderie de
Coubertin , et Steven qui a une licence en métallurgie . J ’ ai repris le principe de mon projet initial d ’ utiliser une grande variété de matériaux et d ’ alliages afin de montrer que les matériaux cuivreux peuvent donner des gammes de couleurs très variées . Une fois que l ’ esthétique a été arrêtée , j ’ ai décidé que le compas , l ’ équerre , le creuset , le métal , l ’ alvéole , les lettres et l ’ écusson seraient tous dans un alliage différent . Je n ’ avais jamais travaillé auparavant beaucoup d ’ entre eux . Dans ce cas , des moules tests sont utiles pour mettre les métaux cuivreux en fusion afin de voir leurs réactions .
Le confinement m ’ a permis d ’ étudier la théorie des alliages . Steven m ’ a aussi mise en relation avec des spécialistes . J ’ ai également appris à utiliser le logiciel SolidWorks . Modéliser ma pièce en 3D m ’ a permis de connaître le poids de ses éléments ainsi que leurs dimensions . Une pièce en fonderie est toujours un peu plus petite que son modèle . Je voulais compenser ce retrait ( 1,5 % en moyenne ) et la 3D m ’ a aidée à surdimensionner les modèles . J ’ ai voulu apprendre à me servir de SolidWorks parce qu ’ il est très utilisé dans la filière et comme on demande aux jeunes arrivant chez les Compagnons d ’ exécuter des dessins avec ce logiciel , je ne pouvais pas exiger quelque chose d ’ eux sans le faire moi-même . J ’ ai rentabilisé au mieux le confinement pour mener des études poussées ( environ 200 heures de travail SolidWorks et de préparation de modèles et de maquettes ). Contrairement à d ’ autres métiers , on ne part pas d ’ un plan mais d ’ un modèle physique souvent fourni par le client . Il est rare que les fondeurs le fassent eux-mêmes . Certains des modèles ont été imprimés à la Fondation de Coubertin par Francis Coutant , le directeur des études . D ’ autres ont été fabriqués avec l ’ aide de trois Compagnons menuisiers .
Avoir peu de temps a été un facteur de stress : je devais avoir fini impérativement début août car les ateliers allaient être fermés pour congés annuels et parce qu ’ en septembre j ’ attaquais dans une nouvelle entreprise . À cause de ce manque de temps , je n ’ ai pas effectué mes essais de procédés comme je l ’ aurais voulu , ce qui m ’ a handicapé par la suite . À la fondation , il n ’ y avait pas d ’ autre itinérant fondeur avec qui parler , mais d ’ autres corps de métiers m ’ ont soutenue autant qu ’ ils l ’ ont pu ainsi que le directeur de la fonderie . Mes collègues de travail m ’ ont aidé lorsqu ’ il a fallu couler les pièces , ce qui n ’ est pas faisable seul .
Depuis le début , Lucie Benault , Compagnon serrurier , m ’ a beaucoup aidée psychologiquement mais aussi lors des étapes de ponçage et de montage . Mon parrain de Réception , Cédric Suire , Compagnon serrurier de Coubertin , m ’ a aidé à passer certaines étapes techniques difficiles . J ’ ai réalisé mon travail en neuf semaines sans pouvoir souffler … À la fin je tenais sur les nerfs ! À la fondation , nous étions plusieurs Aspirants à réaliser nos travaux en même temps . L ’ un d ’ entre nous avec qui je m ’ entendais bien s ’ est blessé une semaine avant la correction et a dû arrêter son travail . Son départ a été difficile pour moi : j ’ ai perdu un repère à ce moment-là .
Lorsque la date de correction est arrivée , j ’ ai ressenti un immense soulagement . J ’ avais atteint un niveau de fatigue maximal . J ’ aurais aimé avoir plus de temps pour soigner davantage certaines étapes mais , malgré tout , j ’ étais heureuse de voir la fin . J ’ ai présenté à la correction ma pièce brute le jeudi et j ’ ai poursuivi le travail de la patine et de finition les 3 jours suivants . À la fin j ’ avais du mal à apprécier ma pièce , je n ’ arrive d ’ ailleurs toujours pas à avoir un regard objectif dessus . J ’ ai mis à rude épreuve mon mental et mon physique et il me faudra du temps pour récupérer toutes mes capacités . Si je garde un très bon souvenir de mes recherches , où je me suis mise dans la peau d ’ une historienne , la seconde partie en atelier a été difficile . On dit souvent que la Réception est une épreuve , j ’ ai compris pourquoi : on doit aller puiser très loin en soi . Ma pièce se trouve encore dans les ateliers de la fondation . Après la cérémonie , elle rejoindra le siège social parisien . À l ’ heure actuelle , je travaille sur mon dossier de Réception en attendent la cérémonie qui clôturera ce travail .
UN NOUVEAU DÉFI Depuis début octobre , je suis chargée de mission à quart temps pour mon métier . J ’ avais réfléchi à la manière de me rendre utile pour mon métier pour lequel il reste encore tant à faire . Mon apprentissage a été impacté parce que j ’ ai dû chercher moi-même mes entreprises de formation . Les jeunes des autres corps de métiers
# 301 / Novembre 2020