découverte compagnons 23 j ’ ai été obligé de demander un numéro Siret pour pouvoir vendre ma production . J ’ avais commencé à les multiplier , car je prenais plus de plaisir à m ’ occuper des ruches qu ’ à consommer le miel ! Il a fallu faire un choix professionnel : au moment des moissons où la clientèle avait le plus besoin de moi , les ruches nécessitaient toute mon attention ! Bref , ces deux activités devenaient incompatibles … Heureux hasard , j ’ ai appris alors qu ’ un poste de formateur à trois quart temps se libérait à Muizon . Cela m ’ a paru le meilleur moyen de concilier deux domaines m ’ intéressant beaucoup . Aujourd ’ hui , je forme aussi bien des apprentis et des itinérants que des adultes . Mes journées sont donc plus que remplies entre mes apprenants et mes abeilles !
APICULTEUR MULTI-CASQUETTES Cela fait 10 ans que je me considère comme apiculteur professionnel et 7 à 8 ans que je suis connu dans ce secteur . Grâce à mon parcours de Compagnon mécanicien , j ’ ai pu valider une VAE . Je m ’ étais aussi auparavant formé auprès d ’ autres apiculteurs et via des formations pour amateurs . Être enregistré à la chambre d ’ agriculture est vraiment important pour développer son activité . Cela permet de se créer un réseau : aujourd ’ hui , j ’ ai des contacts réguliers avec des céréaliers , des arboriculteurs , des maraîchers , des éleveurs , etc . Il existe une certaine entraide entre nous . De plus , bénéficier de la reconnaissance de mon activité m ’ a même permis de participer à la politique de développement du territoire .
Nous sommes actuellement deux à travailler sur l ’ exploitation , mon épouse et moi-même . Nous possédons à ce jour 200 ruches disséminées dans un rayon de 25 kilomètres du bâtiment principal de mon exploitation à 15 emplacements différents , sachant que j ’ essaie de faire en sorte que chaque rucher ne dépasse pas 15 ruches . Certains terrains m ’ appartiennent et d ’ autres me sont prêtés par des particuliers ou des agriculteurs . Nous ne souhaitons pas augmenter le cheptel , mais diversifier les activités . Outre l ’ apiculture , nous cultivons des plantes aromatiques . Ma femme , en tant que sage-femme , avait fait une formation de phytothérapie à l ’ université de Clermont-Ferrand . Associer fleurs et abeilles nous paraissant logique , nous en sommes donc venus à développer cette production . Notre prochain objectif sera de développer en parallèle ces cultures pour produire des huiles essentielles . En outre , nous avons créé une ferme pédagogique l ’ an dernier dans une optique à la fois culturelle et touristique : la transmission et l ' envie de faire découvrir notre activité aux visiteurs sont essentielles à nos yeux !
PRODUCTEUR , GESTIONNAIRE , COMMERÇANT , PROFESSIONNEL DU TOURISME , COMMUNICANT : L ’ AGRICULTEUR DOIT ÊTRE MULTI-CASQUETTES QUAND IL FAIT DE LA VENTE DIRECTE .
Nos journées commencent tôt le matin et finissent tard le soir , week-end inclus . À plein temps sur l ’ exploitation , ma femme gère les livraisons et la préparation des commandes . Elle s ’ occupe des reines , des essaims et de la récolte des plantes aromatiques . De mon côté , je me charge de la plantation , de l ’ entretien des sols des cultures aromatiques et de la récolte de miel . Nous écoulons notre production principalement en vente directe , c ’ est-à-dire sur les marchés et dans les foires . Nous avons aussi localement des revendeurs ( des supérettes , des épiceries fines , le site Internet Locavor ) et même quelques clients en Hollande et en région parisienne . Je fais peu de prospection , car les clients viennent d ’ eux-mêmes grâce au bouche à oreille .
Au printemps et en été , les ruches , les plantes aromatiques ainsi que la vente directe nous mobilisent à 100 %. En automne , nous préparons l ’ hivernage et débutons les premières foires . En hiver , nous ne faisons plus que de la vente . Seul le mois de janvier est calme … avant que les affaires repartent dès février ! D ’ ici un an ou deux , nous espérons pouvoir embaucher un saisonnier multi-tâches pour avoir un peu d ’ aide . Pour l ’ instant , nous ne prenons que trois à quatre jours de vacances par an . Nous sommes d ’ ailleurs tellement passionnés par notre activité qu ’ en congés nous allons rencontrer des apiculteurs et des producteurs de plantes aromatiques !
Producteur , gestionnaire , commerçant , professionnel du tourisme , communicant : l ’ agriculteur doit être multi-casquettes quand il fait de la vente directe . Je connais des confrères qui travaillent avec des grossistes et qui , par conséquent , sont plus tranquilles une partie de l ’ année . Un céréalier ou un éleveur peut même vivre seul sans aucun contact . Mais moi je ne veux pas me priver du lien avec la clientèle , car j ’ aime vraiment cela ! Même si les marchés et les foires sont épuisants , c ’ est un réel plaisir d ’ y participer .
POURQUOI CHOISIR LA BIO ? Pour obtenir la labellisation bio en apiculture , il faut qu ’ il n ’ y ait pas de champs traités dans un rayon de trois kilomètres maximum de la ruche , puisque les abeilles ne dépassent pas cette distance . En parallèle , tous les produits de traitement utilisés par l ’ apiculteur pour ses ruches doivent être également bio . Trouvez-vous logique que l ’ on mette de l ’ insecticide dans une boîte remplie d ’ insectes ? C ’ est pourtant ce qui se passe dans l ’ apiculture conventionnelle pour lutter contre la tique de l ’ abeille , le varroa ! Tous les ans , pour ce faire , nous déposons des lanières pleines d ' insecticide dans la ruche . J ’ ai d ’ abord utilisé cette technique , mais elle m ’ a vite interpellé puisque l ’ on retrouve des résidus d ’ insecticide dans les cires du corps de ruche , là où la reine pond et où les abeilles vivent .
Tous les ans , 20 à 25 % de mes colonies meurent . Cela est dû aux insecticides extérieurs , au manque de nourriture et à la diminution de la biodiversité . À mes yeux , les insecticides introduits dans la ruche contribuent à affaiblir les abeilles . Cela m ’ évoque les personnes qui , au contact de l ’ amiante , ont fini par développer des cancers … J ’ ai voulu ainsi supprimer cette pollution grâce aux huiles essentielles . Nous savons que l ’ on ne peut pas éliminer le varroa ; il faut juste réussir à le maintenir à un niveau suffisamment bas pour que les abeilles aient toujours le dessus sur lui . Les huiles essentielles ne s ’ imprègnent pas dans les cires , je n ’ ai ainsi plus de
# 298 / Juillet-août 2020