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24 compagnons découverte
Récolte de la lavande à la main .
pertes liées aux insecticides introduits dans la ruche . Malheureusement , il y a actuellement un manque de fleurs et une pollution généralisée , mais j ’ ai au moins agi à mon niveau sur les causes de mortalité de mes abeilles . C ’ est en cherchant des alternatives que j ’ ai basculé dans la bio !
Il faut savoir que l ’ apiculture a été l ’ un des premiers domaines de l ’ agriculture à être industrialisé . Dans ce cadre-là , l ’ on achète des reines en Argentine , en Italie ou en Espagne , qui ont déjà fait toute une saison afin de les introduire en France en début de saison , ce qui est assez aberrant ! Ces abeilles sont censées être de bonnes pondeuses ( puisqu ’ elles ont déjà « assuré » une saison entière ), produire de grosses colonies et ainsi beaucoup de miel . Avec celles-ci , l ’ on peut monter jusqu ’ à 100 kilos de miel dans une saison , mais elles ne vivent qu ’ un an .
En agriculture biologique , nous n ’ avons pas le droit d ’ acheter de reine : je dois les produire moi-même . Ainsi nous travaillons avec de l ’ abeille autochtone adaptée au biotope local . Mes essaims produisent 30 kilos sur une saison et les reines vivent trois ans ! Quand j ’ hiverne ma ruche , je n ’ ai pas besoin de nourrir mon essaim . Dans le cadre conventionnel , les reines importées continuent à pondre pendant l ’ hiver , mais l ’ on est obligés de les nourrir avec du sirop de glucose pour qu ’ elles survivent . Or , mon premier critère de sélection est la capacité d ’ une ruche à faire des réserves pour passer l ’ hiver .
Pendant le confinement , à défaut de pouvoir enseigner au CFA , Saintonge s ' est employé à la transmission familiale .
Au début , j ’ ai essayé ces reines importées . Même issu d ’ un milieu agricole , je n ’ étais alors pas sensible à la bio . Mes convictions sont nées à force de réflexion et de pratique sur le terrain … Donneriez-vous des protéines animales à une abeille ? Voici encore une pratique de l ’ apiculture conventionnelle . L ’ on se plaint aujourd ’ hui de la baisse du nombre d ’ abeilles , mais à mon avis les apiculteurs qui font des choix à court terme ont leur part de responsabilité . Chez les Compagnons du Devoir , l ’ on nous apprend à nous projeter sur la durée . Le cheminement sur le Tour de France , les rites et les apprentissages du compagnonnage m ’ ont aidé à faire des choix plus éclairés : produire bio et vendre en direct . Dans tous les cas , je ne me considère pas comme militant écologiste et je ne suis pas dans le catastrophisme comme certains : je préfère voir le verre à moitié plein qu ’ à moitié vide !
APICULTEUR MAIS AUSSI COMPAGNON Sur mon exploitation , nous travaillons beaucoup à la main . Ce métier étant physique , si je veux préserver ma santé , il faudra que je m ’ équipe en conséquence . Quand la hausse d ’ une ruche est pleine , elle pèse 25 à 30 kilos . En une journée , nous pouvons manipuler entre deux à trois tonnes en déplaçant les hausses d ’ un lieu à un autre ! Une petite grue et une potence , des équipements somme toute basiques , offrent un vrai soulagement . Je pense que grâce à mes compétences de mécanicien , je pourrai les fabriquer à ma mesure . Normalement , ce sont de lourds investissements pour un exploitant , puisqu ’ une grue coûte de 5 000 à 6 000 € ! Si je la construis moi-même , je m ’ en sortirai pour 1 000 €. Je me sens capable de modifier un matériel en fonction de mon besoin : par exemple transformer une récolteuse à foin pour récolter de la lavande . Mes connaissances de mécanicien me sont également utiles lorsque j ’ achète du matériel , parce que j ’ ai toujours le réflexe de vérifier s ’ il est réparable facilement .
Tous les ans , j ’ invite des jeunes des maisons de Muizon et de Reims . Nous mangeons ensemble , puis nous nous rendons aux ruches . Ils sont souvent surpris de ce qu ’ ils découvrent et je n ’ hésite d ’ ailleurs pas à leur faire manipuler les abeilles ou à effectuer une récolte . J ’ ai toujours été actif à la prévôté de Muizon , d ’ abord en tant que maître de métier , puis comme président de chambre . Je fais aussi partie du jury des sélections régionales des WorldSkills en Grand Est ; cette année , j ’ accompagnerai même en tant que coach le jeune mécanicien qui ira aux sélections nationales .
En région Champagne-Ardenne , les prévôtés ont choisi de faire travailler des entreprises locales : par exemple de se fournir chez celles qui nous prennent des jeunes . Il faudrait toujours faire travailler son voisin en un cercle vertueux . Me concernant , je fais travailler le concessionnaire à proximité de chez moi , d ’ autant qu ’ il embauche des jeunes de l ’ association . Je souhaiterais vraiment que ce fonctionnement se systématise à plus grande échelle . Revenons au local : en cette période , l ’ on voit combien les circuits courts sont l ’ avenir . Nous allons souvent au supermarché faire nos courses alors que les producteurs sont à notre porte . J ’ aime beaucoup l ’ histoire du colibri 1 : n ’ attendons pas que le voisin fasse les choses à notre place et faisons par nous-mêmes !
Propos recueillis par Marie-Laure Gendron
1 - Légende amérindienne : « Un jour , il y eut un immense incendie de forêt . Tous les animaux terrifiés , atterrés , observaient impuissants le désastre . Seul le petit colibri s ’ activait , allant chercher quelques gouttes avec son bec pour les jeter sur le feu . Après un moment , le tatou , agacé par cette agitation dérisoire , lui dit : " Colibri ! Tu n ’ es pas fou ? Ce n ’ est pas avec ces gouttes d ’ eau que tu vas éteindre le feu !" Et le colibri lui répondit : " Je le sais , mais je fais ma part ." »
# 298 / Juillet-août 2020