Colloque Julius Koma COLLOQUE corrigé le 4 juin 2017 | Page 92

de L’ Isle-Adam sur, d’ une part, le sens de la médecine traditionnelle, et d’ autre part le sens d’ une médecine progressiste. Il me semble que chez Villiers de L’ Isle-Adam, Velpeau assiste à son tour à une leçon d’ anatomie mais c’ est une leçon d’ anatomie « autre ». Le couperet a ouvert déjà le cadavre à sa place en quelque sorte. Et j’ aimerais juste finir sur les exhortations de Velpeau, vers la fin du conte, je cite: « Au nom de Dieu même et de notre être, encore deux fois ce signe! cria-t-il un peu éperdu. Les cils se disjoignirent, comme sous un effort interne mais la paupière ne se releva plus. Le visage, de seconde en seconde, devenait rigide, glacé, immobile. C ' était fini. Le docteur Velpeau rendit la tête morte à M. Hendreich qui, rouvrant le panier, la plaça, selon l ' usage, entre les jambes du tronc déjà raidi. Le grand chirurgien baigna ses mains dans l ' un des seaux destinés au lavage, déjà commencé, de la machine. Autour de lui la foule s ' écoulait, soucieuse, sans le reconnaître. Il s ' essuya, toujours en silence. Puis, à pas lents, le front pensif et grave! Il rejoignit sa voiture demeurée à l ' angle de la prison. Comme il y montait, il aperçut le fourgon de la justice qui s ' éloignait au grand trot vers Montparnasse ». Et voilà, c’ est tout, le conte de Villiers de l’ Isle-Adam se termine effectivement sur une espèce de « mal vue », de malentendu entre la science et son propre sujet d’ investigation. Et c’ est en cela peut-être que réside peut-être le vrai « secret de l’ échafaud », d’ où le titre du conte. Je pense que je vais m’ arrêter parce que sinon j’ entre dans ce dialogue impossible, hamlétien- en tout cas je me l’ interpréterais comme tel- où on questionne un peu le sort de son existence, le sort de son travail en quelque sorte. C’ est aussi un topo de la littérature médicale. Une autre petite planche que j’ ai pu trouver sur certaines expériences qui ont eu lieu au début du 19 ème siècle, montre des étudiants en médecine à Mayence placés, avec l’ accord du bourreau juste sous l’ échafaud pour recevoir un peu du sujet tant qu’ il était chaud. Nous sommes dans un thème extrêmement hamlétien. J’ avais encore une image comme pour vous dire que ce n’ est pas la seule fois que, la tête coupée dirigée vers les autres propose une espèce d’ intériorisation du regard de la victime. Ce n’ est pas seulement une façon d’ intimider l’ assistance mais aussi à un moment donné de se confronter avec ses propres peurs et ses propres angoisses et aller un peu à l’ intérieur de soi, par l’ intermédiaire de l’ autre. Merci de votre attention.
Intervenant:
J’ ai une petite remarque et une question mais très simple la question. Première remarque: je voudrais signaler pour l’ histoire que les îlots pancréatiques qui fabriquent l’ insuline ont d’ abord été découverts par Laguesse(?), un anatomiste Lillois, c’ est pas très loin d’ ici, qui s’ emparait des cadavres encore pantelants après la décapitation pour obtenir des tissus anatomiques prélevés à l’ instant même de la mort, c’ est-à-dire pas après l’ arrivée à la morgue mais immédiatement, parce que c’ était très utile pour obtenir des tissus à frais. Je pense que des études sur l’ hypophyse qui ont été réalisées dans notre université par Marc Herlant ont bénéficié de la guillotine en France, encore pendant quelques temps. J’ avais une simple question, simple, précise et nette. Je donne des cours à mes étudiants, notamment sur la préhension, notamment les étudiants de sciences dentaires qui doivent tenir des outils et j’ ai été très fasciné par l’ image où on voit la façon de tenir le scalpel. Est-ce que cette image est disponible sur le net? Est-ce que ce livre est numérisé sur Google ou autre?
D-A Boariu:
Bien sûr. Sur Gallica. Ou alors sur Biomedica. C’ est la bibliothèque numérique de l’ université Descartes. Faites juste attention à l’ année parce que 1932 peut être trouvée, mais l’ édition de 39 est encore de meilleure qualité. Merci à vous. On va en rediscuter parce que je vais noter les noms dont vous m’ avez parlé.
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