Ressources
Mme Gauzin-Müller. Merci beaucoup, Hugo.
Je pense que tu as déjà un peu répondu dans ta présentation, Vincent, lorsque tu as comparé la pierre locale et de la pierre importée d’ Inde ou de Chine.
M. Raynaud.
Le réemploi n’ est pas du tout contesté par notre filière, car c’ est une solution, mais pour avoir du réemploi, il faut avoir des opérations d’ aménagement qui s’ y prêtent et une proximité. Si l’ on prend de la pierre à Tours, il faut qu’ elle soit réutilisée à proximité pour que l’ on reste à la fois dans l’ esprit et dans l’ économie. Si l’ on ne peut pas faire de réemploi, il faut trouver d’ autres solutions. Effectivement, j’ y ai répondu par le biais d’ un matériau qui est bas carbone, surtout s’ il est utilisé localement.
Mme Gauzin-Müller.
Le choix est aussi de travailler avec les services de l’ État pour essayer de les convaincre de l’ intérêt de faire des petites carrières, de les réouvrir ou d’ en ouvrir de nouvelles, avec des exigences environnementales qui sont proportionnées à l’ impact.
Mme Petkova.
Dans les projets que j’ ai étudiés, il y a une grande diversité de raisons pour choisir la pierre en structure de bâtiment aujourd’ hui, des raisons plus ou moins justifiées selon les cas. Je pense sincèrement que le choix de la pierre ne devrait pas être une évidence. Cela dépend du contexte et de son utilisation dans un bâtiment donné. Ce qui traverse tous les projets que j’ ai étudiés, c’ est la raison environnementale. Par exemple, dans le projet suisse, l’ utilisation de la pierre française a été remise en question et débattue. On parle beaucoup de la pierre française aujourd’ hui. C’ est le même débat sur la pierre suisse. Je pense qu’ il serait intéressant d’ avoir un débat plus approfondi sur les raisons émotionnelles, voire politiques ou nationalistes, de choisir des ressources locales. Mme Gauzin-Müller.
Merci beaucoup. Ce que j’ ai trouvé très intéressant dans ta présentation, c’ est que tu parles aussi des raisons émotionnelles. On a plutôt tendance, quand on parle du choix d’ un matériau, à penser à des raisons techniques, sociales, écologiques, économiques, mais tu parles aussi de raisons émotionnelles. Pourraistu approfondir un peu?
Mme Petkova.
M. Raynaud.
C’ est une sensibilisation que l’ on doit mener, effectivement.
Mme Gauzin-Müller.
Avez-vous déjà des échanges avec les services de l’ État?
M. Raynaud.
Oui, on a commencé avec les services ministériels. Ils découvrent, parce que la pierre était un peu sortie de leurs écrans radars. En remettant le sujet des carrières de roches ornementales sur les écrans radars, cela les amène à se poser un certain nombre de questions. L’ atout bas carbone de la pierre, le ministère de l’ Environnement étant sensible aux thématiques et aux problématiques du moment, les amène à être plus ouverts que s’ il s’ agissait d’ autres types d’ extraction.
Mme Gauzin-Müller. Merci beaucoup.
Je pense que le choix final de la part du jury, dans le cas suisse, était aussi motivé par les clients ayant une certaine fierté de pouvoir utiliser un matériau qui renvoie au paysage national et qui allait également soutenir l’ économie locale. L’ imaginaire de la pierre suisse prévalait sur la nature géologique de la pierre qui était très proche des bassins en France, donc il y avait cette contradiction entre l’ image d’ une pierre nationale et sa réalité géologique qui dépasse forcément les frontières nationales.
Mme Gauzin-Müller. Merci beaucoup.
J’ ouvre maintenant le débat à la salle. La question que l’ on avait prévu de poser avec Yann et toute l’ équipe pour cette table ronde était: « La pierre comme ressource, quels choix pour quels impacts? ». Certains d’ entre vous veulent-ils réagir ou faire une proposition?
M. Lopez. Francis Lopez, carrière Rosal Stones en Espagne.
Je voulais dire qu’ il ne faut pas se tromper de constat ni de cible. Par exemple, si je parle de
63 COLLOQUE- LA PIERRE, UN CHOIX SOCIÉTAL