261016 - Journal #360 v7 web | Page 10

10 compagnons [ métier ]
Nivernaise en pleine réalisation d’ un assemblage de tuyauterie acier.
et d’ entraide, je ne me serais sûrement jamais lancée dans ce métier. Changer régulièrement d’ entreprise est pour moi essentiel. »
Nivernaise— « Dans le bâtiment, j’ ai choisi le génie climatique parce que c’ est un métier complet, qui réunit à la fois la technique, le façonnage, la conception, les schémas de principe, le dimensionnement, la régulation ainsi que la pratique, la soudure, la tuyauterie et les équipements: ce métier nourrit autant le cerveau que les mains! »
Bourguignonne— « Pour la finalité concrète du travail manuel! J’ aime voir mon travail, comprendre la logique d’ un réseau, installer, ajuster et finaliser. C’ est très satisfaisant et très formateur. Au départ, j’ ai choisi les Compagnons du Devoir pour la pertinence de leur formation, notamment pour leurs parcours post-bac. Puis, très vite, le Tour de France est devenu un objectif: l’ idée de bouger, découvrir, apprendre dans différents environnements m’ a réellement séduite. »
Bretonne— « J’ ai choisi ce métier pour sa polyvalence. Chaque journée est différente. J’ aime savoir pourquoi on fait les choses et voir le chantier évoluer du début à la fin. J’ ai travaillé dans des entreprises où l’ on apporte un confort direct au client. C’ est très satisfaisant. Et j’ ai aussi effectué de plus gros chantiers, qui nécessitent de l’ organisation, de l’ anticipation, une vision d’ ensemble. Au début, je pensais que c’ était un métier peu complexe, où il suffit d’ amener l’ eau d’ un point A à un point B. En réalité, il est bien plus que cela, puisqu’ il implique une grande part théorique, beaucoup de connaissances et une logique à acquérir.
Le métier est-il difficile physiquement? Vivre en communauté vous paraît-il ardu?
Angevine— « C’ est un métier physique, oui. La première année, j’ ai perdu cinq kilos. Mais le corps s’ adapte vite. Mon premier patron me disait:“ Ce ne sont pas les muscles qu’ il faut faire marcher, c’ est la tête.” J’ ai appliqué religieusement ce précepte, d’ autant que je n’ avais pas beaucoup de muscles! Résultat: je ne me suis jamais retrouvée bloquée, même en travaillant seule. Concernant la vie en communauté, elle est très riche. On n’ est jamais seul, il y a toujours quelqu’ un pour nous rendre le sourire après une mauvaise journée. »
Alsacienne— « Honnêtement, je n’ ai pas trouvé cela plus dur que le travail à la ferme. La vie en communauté non plus: ayant un frère jumeau et ayant grandi en communauté depuis toujours, vivre seule serait presque plus difficile pour moi. Évidemment, on a tous besoin de moments à soi. Quand j’ en ressentais le besoin sur le Tour de France, je m’ en créais. »
Nivernaise— « Mon avis est peutêtre biaisé, car je suis assez sportive, mais, honnêtement, non, je ne trouve pas que l’ aspect physique du métier soit un frein. Oui, il faut un minimum de forme, mais aujourd’ hui, on a énormément de moyens de levage à notre disposition. Il est vrai que notre vie en communauté n’ est pas faite pour tout le monde; personnellement, je la trouve formidable. »
Bourguignonne— « Oui, notre métier peut être fatigant. Mais il est très facile d’ en limiter la difficulté: grâce à la réflexion, à de bonnes techniques, à des méthodes de travail adaptées, on arrive au même résultat sans se tuer à la tâche. C’ est un métier physique … mais surtout exigeant de l’ intelligence. »
Bretonne— « C’ est un métier du bâtiment, donc oui, il est physique. Pour moi, le plus difficile consiste à jongler avec les activités de la communauté pour avoir du temps pour moi; il faut parvenir à en dégager. »
J’ ai ensuite interrogé ces cinq jeunes femmes sur leurs projets d’ avenir ainsi que sur les leviers qui pourraient motiver d’ autres jeunes filles à suivre leur voie. L’ ambition d’ Angevine s’ exprime clairement: créer une petite entreprise artisanale, à l’ image de celle du plombier du village, celui que tout le monde connaît et appelle naturellement. Nivernaise, elle aussi, souhaite créer son entreprise, mais plutôt orientée vers le secteur tertiaire. Elle aime les gros chantiers, ceux où l’ on construit des locaux techniques et où la technicité prend toute sa place.
Bourguignonne envisage une entreprise spécialisée dans la réalisation de sanitaires haut de gamme, un univers où elle pourra exprimer son goût du détail et du travail soigné. Quant à Bretonne, elle souhaite encore voyager après son Tour de France. À plus long terme, elle aussi aspire à monter sa propre entreprise.
Merci à vous cinq d’ avoir accepté de partager vos perceptions de femmes de métier. J’ espère sincèrement que d’ autres jeunes filles suivront votre parcours. Par ces mots, vous les encouragez à:
• Foncer;
• Ne pas arrêter à cause des préjugés;
• Aller au bout de leurs idées;
• Se faire confiance;
• Se rappeler qu’ elles n’ ont rien à perdre.
Et peut-être que, comme nous, elles découvriront que c’ est le plus beau des métiers.
Stéphane Best Périgord la Persévérance le Soutien du Métier
Compagnon plombier
# 360 / Septembre- octobre 2026