[ ouverture ] compagnons 11
UNE ANNÉE POUR VOIR la pierre autrement
Partie une année en Italie dans le cadre de son Tour de France, Marine Gaillard, dite Lyonnaise, Aspirante tailleuse de pierre, a rejoint l’ université polytechnique de Bari en Italie, pour suivre un cursus atypique. Entre archéologie, outils numériques et projet de recherche, elle a découvert une autre manière d’ aborder son métier.
D ès mon arrivée sur le Tour de
France, j’ ai cherché à me renseigner sur toutes les possibilités de formation existantes. C’ est ainsi que j’ ai découvert le cursus CESAR proposé par l’ université polytechnique de Bari. Ce programme reste encore assez peu connu des itinérantes et itinérants.
La recherche occupant une place centrale dans mon précédent parcours universitaire, et constituant l’ aspect de ma formation que j’ appréciais le plus, cette opportunité m’ a immédiatement séduite. Début décembre 2021, lors du salon Rocalia, j’ ai rencontré Giuseppe Fallacara, architecte, chercheur et professeur à l’ université polytechnique de Bari, reconnu pour ses travaux sur la stéréotomie et l’ architecture de pierre. Notre échange a été déterminant. En me présentant son approche de la pierre, à la croisée de la recherche, de l’ architecture et des savoir-faire traditionnels, il m’ a donné envie de rejoindre ce programme d’ un an.
Rien n’ était pourtant acquis. Ne disposant pas du parcours académique habituellement requis pour intégrer la formation, j’ ai dû obtenir une dérogation et trouver les financements nécessaires à mon départ. Même après l’ obtention de cette dérogation et la réussite de l’ entretien d’ admission, l’ incertitude est restée entière jusqu’ au dernier moment.
Workshop de taille de pierre réunissant des architectes internationaux et des étudiants de l’ Université française d’ Égypte.
En décembre 2024, quelques semaines seulement avant mon départ, l’ obtention d’ une bourse de la Fondation de la vocation 1 a finalement rendu l’ aventure possible. Tout s’ est joué dans un délai très court. Quelques jours plus tard, je rejoignais Bari pour commencer cette nouvelle étape de mon parcours.
UN ENSEIGNEMENT LOIN DE MES REPÈRES J’ ai renoué à Bari avec le fonctionnement universitaire, qui diffère sensiblement de celui des Compagnons du Devoir( j’ avais effectué trois ans d’ études universitaires avant de les rejoindre). Le cursus reposait essentiellement sur des enseignements théoriques en architecture généraliste, sans atelier ni pratique quotidienne de la pierre.
Les semaines étaient rythmées par peu de cours magistraux en italien, mais beaucoup de travail personnel. Cette autonomie demandait une adaptation constante. Certains enseignements étaient même dispensés à distance.
Les groupes de travail évoluaient d’ un projet à l’ autre. J’ ai ainsi côtoyé aussi bien des doctorants en archéologie de la construction que des étudiants en architecture( certains issus d’ Erasmus). Cette diversité enrichissait les échanges, même si la barrière de la langue a constitué une difficulté constante pour moi.
1 La Fondation de la vocation attribue chaque année des bourses à des jeunes de 18 à 30 ans pour les aider à réaliser un projet professionnel, de recherche ou à l’ international. www. fondationvocation. org
# 360 / Septembre- octobre 2026