260430 - Journal #358 web | Page 14

14 compagnons [ découverte ]
Montage à blanc du bloc arrière par la section CQP TVAH.
Jeunes du CQP étudiant les cotations pour la réalisation du châssis.
Témoignages
Mehdi Vidal, Toulousain Noble Cœur, Compagnon carrossier
« Les apprentissages prioritaires de ce projet portent sur la maîtrise des gestes de métier propres à l’ époque, avec une exigence de justesse dans l’ exécution et dans la compréhension de la matière. Au-delà du geste, il s’ agit de transmettre une manière de concevoir le travail, comprendre pourquoi les anciens faisaient ainsi avec les moyens et contraintes de leur époque. On ne cherche pas seulement à reproduire, mais à s’ inscrire dans la continuité d’ un savoir-faire avec humilité et exigence. L’ objectif est de transmettre des méthodes cohérentes avec les contraintes techniques d’ origine, afin de former des professionnels capables d’ intervenir avec rigueur sur des objets patrimoniaux.
La diversité des niveaux des jeunes impliqués dans le projet impose une adaptation, mais constitue surtout une richesse. Le groupe est volontaire, restreint et animé par une réelle envie d’ apprendre, ce qui crée un cadre propice à une transmission exigeante. Mon rôle est de structurer une progression commune, avec des jalons clairs, en revenant systématiquement aux fondamentaux. Les bases servent de point d’ ancrage et permettent à chacun de progresser, quel que soit son niveau. Dans ce type de projet, même les profils les plus avancés retrouvent une position d’ apprentissage, car ces gestes sont aujourd’ hui rares. Cela crée une forme d’ égalité devant le métier et favorise une dynamique de groupe saine et engagée.
La collaboration avec Les Amis de Gabriel Voisin apporte une profondeur essentielle au projet. Elle nous donne accès à des archives, à des détails techniques et à une compréhension fine du contexte de création. Mais surtout, elle permet de se rapprocher de la pensée d’ un homme et d’ une époque. On ne travaille plus uniquement sur un objet, mais sur l’ expression d’ une intelligence et d’ une vision. Cela change le regard des apprenants: ils ne façonnent plus seulement de la matière, ils entrent dans une histoire.
La sensibilisation des jeunes à la valeur patrimoniale et historique de leur travail passe par la compréhension du sens. À travers l’ analyse des pièces anciennes, les apprenants découvrent les choix, les contraintes et l’ ingéniosité des solutions mises en œuvre. Ils comprennent alors que chaque geste s’ inscrit dans une filiation. On ne travaille pas seul, mais dans la continuité
de ceux qui nous ont précédés. Cette prise de conscience donne du poids au travail: elle engage à faire juste et à être digne de ce qui a été transmis.
Un chantier pédagogique comme le Vélogab constitue une synthèse des apprentissages et donne une direction concrète au travail mené tout au long de l’ année. C’ est aussi un projet fédérateur, qui permet aux apprenants de se confronter à une œuvre complète, avec ses exigences et ses responsabilités.
Pour les futures promotions, des projets équivalents, idéalement sur des véhicules d’ avant-guerre, seraient particulièrement pertinents. Ils offrent une lecture claire des procédés et un lien direct avec l’ origine du métier. Ce type de projet doit cependant rester construit en cohérence avec notre institut de métier, afin de préserver l’ exigence pédagogique. »
# 358 / Mai- juin 2026