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8 compagnons [ voyage ]
Cenote proche de Mérida, Yúcatan, Mexique.
les normes de sécurité sont souvent absentes dans les petites structures.
Templo Mayor: ruines aztèques à ciel ouvert, Mexico, Mexique.
dizaine de villes, entre auberges de jeunesse et Airbnb, pas plus d’ une à trois semaines à chaque fois. Les loyers sont très élevés et, dès qu’ un logement est un peu confortable, les prix grimpent vite. Mes économies nous sont alors d’ une grande aide. Nous avons fini par nous installer quelques temps à Mérida, dans le Yucatan, au sud-est du pays.
Je fais du porte-à-porte dans les entreprises de menuiserie ou touchant au bois, espérant trouver du travail. Mais, au Mexique, l’ ébénisterie ne se pratique pas comme en France: tout est fait à la va-vite. Je trouve ainsi des petits boulots dans des ateliers de menuiserie( carpinterias), payés à la semaine, et ma copine dans la restauration. Les locaux sont toujours surpris d’ apprendre que je suis Français, et leur attitude change alors positivement. Dans la rue, en tant que Blanc et donc potentiellement Américain, les gens ne se montrent en revanche pas avenants au premier abord.
TRAVAILLER AUTREMENT: ENTRE CHOC CULTUREL ET ADAPTATION Le choc professionnel est brutal. La qualité du travail est très éloignée de ce que j’ ai connu en France. Les réalisations sont approximatives, les outils rudimentaires et les normes inexistantes. Le bois massif principalement utilisé provient de scieries locales, mais sans garantie éthique. Lors de ma première matinée, j’ ai repris des tiroirs: comme rien n’ était droit, il y avait énormément de jeu. Le patron m’ a tancé, me demandant d’ aller plus vite. Faire de la qualité, selon lui, revenait à ne pas trouver de clients... Ici, la qualité n’ est pas rentable. Si chez les artisans de petites villes mexicaines, la qualité s’ avère médiocre, ce n’ est pas forcément mieux dans les grandes villes où l’ on trouve aussi bien de grandes chaînes de meubles internationales que du mobilier dans les marchés.
LE CHOC PROFESSIONNEL EST BRUTAL. LA QUALITÉ DU TRAVAIL EST TRÈS ÉLOIGNÉE DE CE QUE J’ AI CONNU EN FRANCE. LES RÉALISATIONS SONT APPROXIMATIVES, LES OUTILS RUDIMENTAIRES ET LES NORMES INEXISTANTES.
Les artisans du bois au Mexique ne manquent pas de travail, mais les moyens techniques restent très limités. Peu d’ entreprises investissent dans des machines modernes: une scie à ruban, une circulaire, une dégauchisseuse … voilà l’ essentiel. Une toupie est très rare. Les sculptures sont réalisées à l’ électroportatif et
Je m’ attendais à découvrir des ateliers plus professionnels, avec un niveau technique plus proche de celui rencontré en France. Mais, dans les villes moyennes, seules quelques entreprises de taille intermédiaire existent et aucune ne recrutait. J’ ai donc travaillé principalement dans de très petites structures, souvent avec des moyens rudimentaires.
Je n’ étais pas fier de ce que je faisais, mais j’ avais besoin de travailler. Cela dit, j’ ai beaucoup appris. J’ avais tendance à m’ attarder sur des détails qui ne se voient pas— dans mon ancienne entreprise, un meuble peut coûter jusqu’ à 40 000 euros!—, mais là-bas j’ ai appris à faire le tri entre l’ essentiel et le superflu. Je sais maintenant travailler avec les moyens du bord.
UNE SOCIÉTÉ CONTRASTÉE, ENTRE COCA ET 4 × 4! La culture latine est bien présente au Mexique, mais l’ influence américaine est plus forte que je ne l’ imaginais. Les Mexicains boivent plus de Coca que d’ eau et l’ obésité est très répandue. Cela dit, la nourriture mexicaine est excellente! Les rues sont peuplées de vieilles voitures ou de gros 4 × 4 américains. La classe moyenne est quasi inexistante: on est soit riche, soit pauvre. Les logements reflètent cette polarisation, entre petits appartements et quartiers ultra-sécurisés. Tout le monde cherche en permanence du travail et la mendicité est très présente.
Le dépaysement a été total. J’ ai appris à vivre sans le confort européen, même si ma copine, elle, souffrait du mal du pays. Dans certaines villes, faute de travail, nous avons surtout exploré la culture locale. Mais nos salaires étant absorbés par le logement, les activités restaient li-
# 354 / Octobre 2025