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[ voyage ] compagnons 9 mitées. La venue de mes parents en janvier m’ a permis de faire un peu de tourisme: j’ ai eu la chance de visiter un temple maya, Chichén Itzá, l’ une des sept merveilles du monde, un souvenir vraiment marquant.
Ce qui m’ a frappé, c’ est la diversité des paysages mexicains: des plages à l’ eau turquoise, des montagnes bordées de plaines, des forêts luxuriantes et même des zones désertiques... C’ est un pays immense, où chacun peut trouver ce qu’ il cherche. Mon objectif n’ était pas de visiter tous les sites de carte postale du pays, mais plutôt de découvrir une forme d’ authenticité locale. Cela dit, j’ ai quand même vécu une soirée de Noël dans une boîte de nuit à Cancún, une ville très animée et très prisée par les touristes américains; une expérience assez unique!
Bien sûr, voyager dans un pays aussi vaste implique quelques concessions. La violence existe- l’ emprise des cartels sur le Mexique est une réalité-, mais nous n’ avons rencontré aucun problème, à part deux vols de téléphone portable à Cancún. Tous les Français que j’ ai croisés là-bas ont connu la même mésaventure. J’ ai évité les zones de conflit et les quartiers réputés dangereux et j’ ai toujours veillé à respecter les coutumes locales ainsi que les règles en vigueur.
Atelier dans lequel Dauphiné a travaillé, proche de El Cuyo, Yúcatan, Mexique.
En comparaison, la Colombie demande bien plus de vigilance. Notre visa touristique venant à expiration, nous avons décidé d’ y partir, un peu sur un coup de tête. Le plan initial, c’ était de passer une semaine au Belize pour les vacances. Finalement, je suis parti en Colombie avec une amie belge, pour deux semaines. Nous avons rencontré d’ autres Européens et nous avons fini par changer complètement notre programme. Je n’ ai jamais rencontré autant de Français à l’ étranger qu’ en Colombie! Le backpacking( forme de voyage économique et indépendant, avec le nécessaire dans un sac à dos) en Amérique du Sud, c’ est comme une autoroute ultra fréquentée.
LA COLOMBIE: IMMERSION, TRAVAIL ET TRANSFORMATION Nous pensions retourner au Mexique où je travaillais alors pour 150 euros par semaine dans un job qui ne me plaisait pas. Mais quand, en mars 2025, le Mexique ne nous a accordé qu’ un visa de 30 jours au lieu des six mois espérés, j’ ai trouvé en Colombie un volontariat dans une école de kitesurf: quatre heures de travail par jour au maximum, environ 20 heures par semaine. Je m’ occupais de l’ école en échange d’ un logement rudimentaire. C’ était un petit coin de paradis et j’ ai adoré faire du kite. Trois semaines de pur plaisir!
À Medellín, au centre-ouest de la Colombie, j’ ai trouvé ensuite deux semaines dans un autre volontariat, cette fois pour une école de surf. J’ ai aussi participé au chantier de construction d’ une maison. Mais, une fois installés, à Santa Marta, une ville de 400 000 habitants au bord de la côte nord du pays, la vie est devenue moins douce et ma copine a préféré rentrer en France. Il faut dire que la nuit, nous dormions très mal à cause du bruit constant de vieux moteurs et des chiens errants. Le silence n’ existe pas là-bas! Et, globalement, la ville n’ est pas très propre, un vrai bazar …
Ayant obtenu un visa de trois mois renouvelable, j’ ai fini par trouver un emploi au sein d’ une entreprise intéressante, spécialisée dans le mobilier rustique en bois massif exotique— un matériau formidable! Le rapport à la matière y est très différent: les défauts du bois sont valorisés, intégrés dans le design. Le chêne y est considéré comme un bois bon marché! Malgré l’ absence de raboteuse, la finition est propre et le travail exigeant. J’ y ai travaillé six jours sur sept, 45 heures par semaine, jusqu’ à mon départ, pour un salaire bas, mais dans la norme locale.
Je suis resté en Colombie jusqu’ à la fin de mon visa, mi-juin 2025. Je suis content d’ être resté un peu plus longtemps que ma copine; j’ aurais regretté de partir plus tôt. Voyager à deux ne permet pas une immersion linguistique totale. Une fois seul, j’ ai ainsi beaucoup progressé en espagnol, notamment grâce à mes interactions avec mes collègues.
REVENIR GRANDI, AVEC UN REGARD NEUF En quittant la France, j’ avais pas mal de questions en tête et ce voyage a confirmé des intuitions. J’ ai appris énormément des personnes que j’ ai croisées. Je savais déjà qu’ en France nous sommes privilégiés, j’ ai compris que j’ ai besoin d’ un certain confort, mais pas excessif. Ce que je considérais comme « peu » en France est en réalité déjà « beaucoup ». Il y a plein de choses que je n’ aime pas en France, mais aussi beaucoup que j’ aime. D’ ailleurs, j’ ai acheté un camembert français à 7 euros dans un moment de nostalgie …
En Amérique latine, il y a une grande liberté. J’ aime ce chaos auquel il faut savoir s’ adapter. J’ avais hâte de partir à l’ étranger et j’ ai eu hâte de rentrer, même si je n’ aurais pas dit non à six mois de plus sur place! Je me sens maintenant totalement capable de m’ expatrier pour de bon. En ébénisterie, il y a cependant beaucoup plus d’ opportunités en France qu’ ailleurs— à part peut-être au Japon.
La Colombie m’ a particulièrement marqué: plus chaleureuse que le Mexique, mais aussi plus violente. Il faut rester vigilant, éviter de sortir tard, même dans les beaux quartiers. Ce que je suis venu chercher, je l’ ai trouvé: une expérience humaine, professionnelle et culturelle qui m’ a fait grandir.
Aujourd’ hui, une nouvelle étape commence à La Rochelle, où je suis pleinement engagé dans la réalisation de mon travail de Réception. Plus motivé que jamais, je poursuis mon chemin avec un regard neuf sur le monde et sur mon métier.
Propos recueillis par Marie-Laure Gendron
# 354 / Octobre 2025