251030 - Journal #354 - V6 web | Page 7

[ voyage ] compagnons 7

UN VOYAGE INITIATIQUE en Amérique latine

Parti au Mexique dans le cadre de son Tour de France, Dorian Aulas, dit Dauphiné, Aspirant ébéniste, a vu son projet initial bouleversé par des imprévus. De ville en ville, entre débrouille, rencontres et travail au jour le jour, il a transformé les obstacles en expériences de vie. Son étape internationale, prolongée en Colombie, l’ a profondément enrichi humainement et professionnellement.

A près la période difficile du Covid-19, j’ ai ressenti le besoin de me recentrer, de retrouver du sens. J’ ai quitté mes études et rejoint les Compagnons du Devoir un peu par hasard. Je ne connaissais que quelques clichés sur le compagnonnage et la vie en communauté ne m’ attirait pas vraiment, surtout après avoir goûté à l’ indépendance. Je craignais de perdre une partie de ma liberté en raison d’ une charge de travail énorme.

Pourtant, je me suis rapidement adapté à ce nouveau mode de vie. J’ ai trouvé dans le compagnonnage une rigueur et des valeurs qui m’ ont enthousiasmé. Bien avant de rejoindre les Compagnons du Devoir, je nourrissais le désir de partir à l’ étranger, et plus particulièrement en Amérique du Sud. L’ obtention de mon BTM a marqué un tournant: c’ était le moment idéal pour vivre une expérience internationale avant de me lancer dans l’ aventure de la Réception.
UN DÉPART CONTRARIÉ: ENTRE ESPOIRS ET IMPRÉVUS En 2024, je me suis donc rapproché des anciens gérant les départs hors frontières pour mieux comprendre les démarches. J’ étais déterminé à m’ immerger dans la culture latine, même si je ne parlais pas l’ espagnol, contrairement à l’ anglais que je maîtrise.
Mon projet initial était clair: partir travailler à Mexico, au sein de l’ entreprise
Communa 13, Medellín, Colombie.
qui m’ employait déjà en France, spécialisée dans l’ aménagement de boutiques de luxe. Le transfert semblait faisable … jusqu’ à ce que fin juin, on m’ annonce que je suis « trop qualifié » pour le poste disponible, malgré ma demande de salaire local. J’ avais déjà acheté mes billets d’ avion...
Sans entreprise d’ accueil, impossible d’ obtenir un visa de travail. Je me retrouve à Mexico en septembre 2024 avec un simple visa touristique, accompagné de Tessa, ma copine. J’ essaie malgré tout de rejoindre le site mexicain de mon ancien employeur. L’ atelier est entièrement sécurisé, mais il faut s’ y rendre en taxi ou en VTC- dans ce quartier-là, les feux rouges ne sont pas respectés par peur d’ un braquage! –, ce qui est impossible avec un salaire local. Je n’ avais pas réalisé à quel point les salaires étaient bas: les Mexicains habitent en famille élargie pour survivre. Le coût de la vie est très élevé par rapport aux revenus, amplifié par la proximité avec les États- Unis. Cette réalité m’ a profondément désillusionné.
Face à l’ impasse, nous décidons de changer de ville. On nous a déconseillé certaines zones du nord du pays à cause de la guerre des gangs. Les valises laissent place aux sacs à dos. Pendant quatre mois et demi, nous sillonnons le sud du Mexique en bus, séjournant dans une
# 354 / Octobre 2025