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20 compagnons [ dépassement ]
Les volumes nécessaires sont impressionnants:
• 53 m ³ pour le tabouret;
• 122 m ³ pour la souche;
• 49 m ³ pour la flèche. Les sections en chêne, toutes différentes, représentent 250 tonnes de bois.
UN DÉFI TECHNIQUE ET HUMAIN « C’ est un chantier atypique, complètement hors norme », confie M. Asselin. Pour relever ce défi, un groupement d’ entreprises a été constitué, accompagné par deux bureaux d’ études, dont l’ un est situé à Chalonnes-sur-Loire. Dès le printemps 2022, ECSB et le bureau d’ études technique, BET Calvi, en charge de calculs complexes, ont préparé la reconstruction de la flèche. À partir des études d’ avant-projet de la maîtrise d’ œuvre, les vingt-cinq techniciens et ingénieurs mobilisés ont produit grâce à des logiciels de calcul et de DAO( dessin assisté par ordinateur) 150 plans d’ assemblage en 3D, avec vues éclatées, achevés fin octobre 2022.
La flèche qui culmine à 97 mètres, est absolument exceptionnelle par ses proportions: de sa base, située elle-même à 40 mètres de haut, jusqu’ à son aiguille, on mesure 60 mètres. Le support carré sur lequel elle repose n’ est ni parfaitement plan ni parfaitement d’ équerre. Il a fallu relever et corriger les déformations d’ origine- les murs n’ étant par exemple pas totalement d’ aplomb-, car la cathédrale n’ est pas rectiligne.
1 500 assemblages relient les sections de bois de la flèche. « C’ est extrêmement savant! », souligne Gaëtan Genès, président d’ ECSB. Nous devons comprendre comment la structure fonctionnait à l’ époque et comment elle a vieilli. Nous reproduisons à l’ identique, mais en améliorant seulement si nécessaire. C’ est notre spécialité: ne pas trahir l’ esprit du monument historique, tout en profitant du retour d’ expérience sur la flèche disparue et en intégrant les progrès de l’ ingénierie et de la technologie.
Sur certains assemblages notamment, l’ aspect extérieur ne sera pas modifié, mais la partie intérieure de l’ assemblage( les épaisseurs de tenons, les largeurs, les contacts bois sur bois) sera parfois adaptée pour une meilleure transition des efforts. À l’ époque où Viollet-le-Duc a conçu la flèche, les bâtisseurs n’ avaient ni les capacités de calcul qu’ offrent nos logiciels, ni les connaissances que nous possédons des matériaux et de leurs caractéristiques mécaniques. Ils fonctionnaient de façon empirique, une fois les plans génériques d’ assemblages terminés.
« Je vous avoue, confie M. Asselin, qu’ au départ j’ étais un peu dubitatif: faire travailler nos trois entreprises ensemble, avec les charpentiers des trois ateliers, sur les mêmes parties de la flèche … C’ est un véritable chef-d’ œuvre en chêne massif. Les pièces sont taillées à Briey, en Meurthe-et-Moselle, puis acheminées progressivement sur le chantier grâce à la coordination entre les entreprises, les architectes en chef des monuments historiques et les maîtres d’ œuvre. »
TOUT S’ EST BIEN PASSÉ, PARCE QUE TOUT SIMPLEMENT, CE SONT LES MÉTIERS ET LES CŒURS QUI ONT PARLÉ ENSEMBLE. SUR LE CHANTIER, UNE SAINE ÉMULATION RÉGNAIT […].
Gaëtan Genès, président d’ ECSB( Étude charpente et structure bois), dont le logo représente le célèbre phare du bout du monde en Patagonie— un site sur lequel ses équipes sont intervenues—, s’ est associé à Dominique et Valéry Calvi de Calvi Études Structures. Ensemble, ils ont uni leurs forces pour intégrer le groupement d’ entreprises retenu dans le cadre de l’ appel d’ offres pour la reconstruction des charpentes en chêne de la flèche et du transept de Notre-Dame. Ce groupement est composé de Le Bras Frères, mandataire( Meurthe-et-Moselle), Asselin( Deux-Sèvres), Cruard( Mayenne) et et Les Métiers du Bois( agence de Caen).
Tout s’ est bien passé, parce que tout simplement, ce sont les métiers et les cœurs qui ont parlé ensemble. Sur le chantier, une saine émulation régnait: chaque charpentier voulait montrer qu’ il était aussi bon, voire meilleur, que celui de l’ autre entreprise impliquée. Mais, audelà de la performance, c’ est l’ implication de chacun et l’ esprit de fraternité qui ont marqué les esprits. Ce fut un chantier facile à manager, porté par une véritable cohésion humaine.
La maîtrise d’ ouvrage s’ est montrée très à l’ écoute. Le général Jean-Louis Georgelin et Philippe Joste ont joué un rôle clé dans cette dynamique. Les architectes sont venus dans les ateliers, ils connaissaient les équipes. Et quand le client, le « grand patron », vient saluer les Compagnons sur leur lieu de travail, on se sent reconnu.
TRADITION ET INNOVATION On s’ est vraiment donné à fond. Techniquement, la complexité des assemblages est phénoménale. Le charpentier aime relever ce genre de défi: c’ est un ouvrage ambitieux, impressionnant au départ, mais tellement gratifiant. C’ est le Graal du charpentier— on est fait pour ça! Nous avions ressenti cet élan sur le chantier de L’ Hermione et je l’ ai retrouvé ici, partagé avec d’ autres entreprises. Ce projet a été, pour moi comme pour tous ceux qui y ont participé, une expérience professionnelle d’ une richesse exceptionnelle.
Ce qui a rendu notre travail particulièrement complexe, c’ est que la flèche de Notre-Dame a été reconstruite en bois vert, comme à l’ origine en 1857. Il faut se rappeler que les bâtisseurs de l’ époque travaillaient eux aussi avec du bois vert. On parle ici de pièces de 40 × 40 centimètres sur 20 mètres de long: impossible de trouver du bois sec dans ces dimensions. Ce choix de matériau, fidèle à la méthode du xix e siècle, nous a plongés dans une démarche à la fois historique et technique.
Nous nous sommes beaucoup documentés et avons appris qu’ à l’ époque de la construction, puis quelques années plus tard, il avait fallu ré-échafauder la flèche en raison de déformations. L’ ensemble est recouvert de plomb, qui encapsule toute la structure. Il était donc
# 354 / Octobre 2025