16 compagnons [ voyage ]
Le camion en cours de transformation pour devenir un van. Travail sur la création du box avant la pose de la porte d’ accès pour le cheval.
Le Ratusz, l’ hôtel de ville de Wrocław. Breton s’ y est rendu à l’ occasion du Gitarowy Rekord Świata, le record du monde de guitaristes jouant en même temps. le monde parlait français, en Pologne, peu parlent anglais et beaucoup parlent russe ou ukrainien. J’ ai même côtoyé des Colombiens venus pour le travail.
CES DEUX ÉTAPES M’ ONT TRANSFORMÉ. LE GABON M’ A APPRIS LA DÉBROUILLARDISE, LA PATIENCE, LA VALEUR DES CHOSES LA POLOGNE M’ A DONNÉ CONFIANCE EN MOI ET M’ A PRÉPARÉ À LA VIE D’ ADULTE.
Dans la seconde entreprise qui m’ a recruté, je travaillais sur des vans pour chevaux, en menuiserie aluminium. Ce travail me rapprochait un peu de la métallerie. La soudure était plus contraignante qu’ en serrurerie et le travail un peu répétitif- j’ ai bien réalisé une vingtaine de box-, mais j’ ai beaucoup apprécié cette expérience car j’ avais de supers collègues. Encore une fois, j’ étais le plus jeune.
Les Polonais sont très chauvins, comme les Français. Ils sont chaleureux avec les Français, mais nettement moins avec les Russes et les Biélorusses depuis la guerre en Ukraine. Nos collègues ukrainiens étaient très discrets à ce propos, mais on devinait leur vécu. L’ un d’ eux, parti à 16 ans de chez lui, envoyait tout son salaire à sa famille. Au début de la guerre, des aides de l’ Europe étaient versées aux pays pour les accueillir. Ils sont arrivés nombreux en Pologne, où ils ne sont plus très bien acceptés. Si les Polonais vivent normalement, on peut ressentir parfois leur inquiétude d’ une éventuelle guerre avec la Russie.
Ce sont mes employeurs qui m’ ont logé à chaque fois. J’ ai d’ abord vécu dans une auberge près de Varsovie, pour un premier chantier de maçonnerie, puis j’ ai été envoyé pour un second à Słupsk, ville côtière au nord du pays. Le vieux Varsovie est très beau mais petit. Le reste a été bombardé, donc c’ est parfois moche, mais chaleureux, un peu comme certains quartiers de Marseille. Lors de ma seconde embauche, j’ habitais à Śmigiel, en dessous de Poznań, à l’ ouest de Varsovie. Si Poznań est très joli, Śmigiel, une toute petite ville dortoir de 20 000 à 30 000 habitants, est située dans une campagne très plate avec de nombreux lacs, un peu similaire au centre de la France. Le sud de la Pologne est agréable avec des villes étudiantes chaleureuses, mais le centre et le nord du pays sont moins attrayants. Le nord notamment, avec la mer Baltique, me fait penser à Dunkerque.
La vie est très peu chère: en gagnant 800 euros mensuels, je parvenais à mettre de côté 400 euros à chaque fois. En Pologne, la vie est moins festive qu’ au Gabon, les sorties au bar ne sont pas dans la culture locale. C’ est là que j’ ai vécu seul pour la première fois- en Afrique, je vivais en colocation avec un collègue. Ça m’ a appris à me connaître, à gérer mon quotidien … et à réaliser que je ne suis pas fait pour la solitude!
CE QUE CES EXPÉRIENCES M’ ONT APPRIS Ces deux étapes m’ ont transformé. Le Gabon m’ a appris la débrouillardise, la patience, la valeur des choses. La Pologne m’ a donné confiance en moi et m’ a préparé à la vie d’ adulte. Aujourd’ hui, je me sens prêt pour la Réception. Je me connais mieux. Je sais que je peux m’ adapter, rebondir, trouver ma place n’ importe où.
Mon conseil? Ne craignez pas de partir. Je le recommande même vivement: cette expérience apporte énormément en termes de maturité et d’ indépendance. Sortez de votre zone de confort, évitez les pays « faciles ». Je ne regrette absolument pas d’ avoir choisi la carte du challenge. Ça m’ a apporté bien plus que si j’ avais joué la facilité. C’ est bien l’ Afrique qui m’ a le plus marqué: quel choc culturel! Cette année d’ aventure entre deux continents m’ ouvre de nouveaux horizons: une fois sédentaire, j’ envisage une année d’ itinérance!
En juillet, je suis rentré seul en France … à vélo depuis la Pologne! Je suis content de poser mes valises à Marseille, une ville à part. Revenir en maison était une satisfaction, même si je savais que cela implique des compromis, notamment certaines contraintes compagnonniques à accepter. Il est temps que je taille la Réception en 2026. Je me sens prêt à encadrer les plus jeunes et à les guider.
Propos recueillis par Marie-Laure Gendron
# 354 / Octobre 2025