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[ voyage ] compagnons 15
Faute de rouleuse et de plieuse, Breton et ses collègues ont cintré ces tôles destinées à la réparation d’ une cuve de cimentation en utilisant la gravité.
Vue du haut de la cuve de cimentation.
Les garde-corps avant peinture. On remarque que tout est soudé à l’ arc et que les coupes ont été faites à la meuleuse.
Cintrage « à la main ». dès qu’ il pleut fort. Il faut savoir que Total est implanté dans cette ville en raison de forages de pétrole à proximité et emploie bon nombre d’ expatriés. Moi, j’ étais logé par l’ entreprise dans un quartier correct. Je mangeais avec mes collègues dans des restos de quartier. Le fait que les Occidentaux expatriés, souvent très riches et vivant à part dans de beaux quartiers, se mélangent peu à la population locale, me mettait mal à l’ aise.
En trois mois à Port-Gentil, je n’ ai pas pu voyager énormément, sauf un saut à Libreville, la capitale, pour fêter un anniversaire. Les plages tropicales sont paradisiaques, avec une eau très chaude, et le temps est agréable. Mais Port-Gentil est difficile d’ accès, puisqu’ il faut deux jours de route pour y venir depuis l’ aéroport basé à Libreville que desservent les compagnies aériennes européennes.
Les conditions de vie? Pas évidente en raison des coupures d’ électricité quatre à cinq fois par semaine... Comme on ne savait jamais quand le courant allait être rétabli, mes collègues stoppaient pour de bon le travail. Il fallait également des semaines pour trouver des outils adéquats, de seconde main, souvent rouillés et après avoir visité un nombre incalculable de boutiques … Enfin, les routes sont souvent impraticables. Les Gabonais ne semblent pas beaucoup aimer le travail salarié( le travail au noir a ses adeptes!). Ce qu’ ils aiment en entreprise, ce sont les moments d’ échange! D’ où des finitions souvent bâclées, l’ essentiel étant que l’ ouvrage soit fonctionnel. Mon patron a remarqué un regain de productivité quand j’ étais sur place! Mes collègues, qui avaient entre 25 et 50 ans, étaient embêtés de voir que c’ était le plus jeune qui en faisait le plus!
Et pourtant … j’ ai adoré ces mois passés au Gabon. Parce que j’ ai découvert une culture, des gens incroyablement chaleureux. J’ ai partagé des bières, des rires, des galères. J’ ai même coaché l’ équipe de rugby locale pendant deux mois! On m’ avait proposé de participer à un entraînement, dans le but de me recruter comme coach pour l’ équipe de Port-Gentil. C’ est mon meilleur souvenir là-bas! Par ailleurs, mes collègues d’ alors connaissent le PSG, mais supportent le club de Brest, le Barça et le Real Madrid …
Ce que j’ en retiens? Là-bas, j’ ai appris à être patient et à relativiser. Quand tu vois des gens piéger des chiens pour se nourrir, tu ne regardes plus jamais ton assiette de la même façon. Moi qui suis très speed, j’ ai appris à devenir plus cool.
Malheureusement, après un premier visa de trois mois, son renouvellement n’ a été que de quatre semaines, avant un refus de le prolonger.
DE L’ AFRIQUE À LA POLOGNE: LE GRAND ÉCART Cette fois, direction la Pologne. Pourquoi? Parce que personne n’ y va! J’ avais envie de sortir encore une fois des sentiers battus. Et je suis parti sans travail, juste avec un sac à dos. Deux heures après avoir atterri, je rencontrais deux gars dans la rue … qui m’ ont trouvé un job!
En effet, après Noël, j’ avais deux options: rester en France ou repartir. J’ ai eu une proposition d’ embauche en Savoie, mais je me suis donné jusqu’ à fin février pour trouver un autre poste hors frontières. Il m’ avait fallu un an pour trouver un employeur en Afrique, mais il ne m’ a fallu qu’ un mois pour repartir à l’ étranger, après avoir envoyé des CV à gogo en Europe de l’ Est.
J’ avais choisi l’ Europe de l’ Est parce que, là encore, aucun itinérant n’ y va. Avec optimisme, j’ avais l’ intuition que ce serait sympa et être seul oblige à rencontrer des gens. J’ aurais préféré partir dans un pays balte, mais c’ est en Pologne que j’ ai obtenu une opportunité. À peine sorti de l’ aéroport de Mazovie, j’ ai discuté avec un Ukrainien et un Biélorusse qui m’ ont proposé une embauche. Mon objectif était de gagner ma vie grâce à un emploi en serrurerie. Or, mon premier job a été en maçonnerie et j’ ai utilisé pour celui-ci quelques connaissances acquises sur le Tour de France. Les échanges étaient compliqués. Si au Gabon, tout
# 354 / Octobre 2025