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[ métier ] compagnons 11
L’ équipe lors de la dépose des Renommées: de gauche à droite, les Compagnons chaudronniers Philippe Pagnon, Périgord Prêt à Bien Faire, Cyril Martinez, Normand Cœur Généreux, et Thomas Pages, Bugey le Valeureux.
setées, légèrement matifiées et protégées de l’ érosion par l’ utilisation de gélatine de porc.
Afin de faciliter le remontage des sculptures sans risquer d’ abîmer leur finition et leur éventuelle dépose ultérieure, un point de levage a été confectionné au niveau de la partie sommitale des statues au moment de la remise en état des désordres structurels. Pour ce faire, la calotte crânienne a été ouverte, donnant accès au mât en alliage ferreux vertical, dans lequel un taraudage M18 a été réalisé pour fixer un anneau de levage. Comme lors des opérations de dépose, une grue télescopique de 60 tonnes a été utilisée pour réinstaller les Renommées.
L’ étanchéité plomb de la partie sommitale du monument a été assurée par les couvreurs de la compagnie Le Bras Frères. Une remontée en plomb a été installée à l’ emplacement de l’ insertion du mât vertical des sculptures dans la maçonnerie de l’ arc. Un système de calage en tôle d’ acier inoxydable sur mesure est venu remplacer le calage provisoire en bois afin de compenser la pente de la terrasse et redresser les statues. Des feuilles de plomb ont ensuite été insérées afin d’ isoler l’ acier ancien de l’ acier inoxydable. Enfin, les terrasses ont été habillées de bandes de plomb, assemblées par agrafage et soudées à la base des statues.
DANS LES ENTRAILLES DU QUADRIGE EN BRONZE Le quadrige en bronze de 1828 est une copie des chevaux de Saint-Marc initialement situés sur la façade de la basilique
© Thierry Malty
du même nom à Venise. L’ aurige et le char rappellent les sculptures en plomb de 1808. La technique de la fonte au sable a été employée par le fondeur C. Crozatier. Bien que les chevaux aient été coulés en un seul jet( pas d’ assemblage de pièces coulées séparément), un examen de la paroi de bronze révèle de très nombreuses porosités et lacunes, dont les plus larges ont été soigneusement comblées par une multitude de pièces de réparation élaborées à partir du même alliage que celui de la coulée primaire. Si leurs contours sont très bien masqués depuis la paroi externe, un examen de l’ intérieur des chevaux permet d’ en appréhender leur multitude.
La paroi interne était également recouverte de clous distanciateurs qui ont été placés au moment de la fabrication dans le moule tout autour du noyau, pour maintenir ce dernier en place au moment de la coulée du métal. À l’ instar de bas-reliefs de la colonne Vendôme, le métal employé pour la fonte est un bronze provenant de canons issus de prises de guerre. Leurs compositions ont soigneusement été identifiées au préalable de la fonte afin d’ assurer la meilleure homogénéité possible.
Depuis l’ extérieur, les chevaux du quadrige apparaissaient bien conservés. Mais un examen plus approfondi a révélé un phénomène interne qui pouvait mettre en danger l’ intégrité de ces sculptures: des zones fissurées d’ où suintait de l’ eau, parfois teintée de rouille. Des investigations à l’ aide d’ un endoscope, réalisées lors de l’ étude préalable à la restauration de l’ arc en 2019, ont permis de révéler que trois chevaux sur les quatre possédaient encore leurs noyaux de fonderie, enrobant armatures de toutes tailles et végétaux, l’ ensemble baignant dans une atmosphère humide constante.
La rétention d’ eau a provoqué la corrosion( accentuée par l’ effet galvanique au contact du bronze) et le gonflement des armatures en fer qui, dans certaines zones, expliquent les fissurations de la peau de bronze et l’ apparition de coulures de rouille en surface. Le char et l’ aurige présentaient un état de conservation très satisfaisant. En effet, les restes de noyaux et d’ armature de l’ aurige avaient été purgés lors de la restauration de 1986. De même, la structure interne du char avait été remaniée et les matériaux de restauration employés étaient toujours fonctionnels. Seule la table de plomb posée sur la surface accueillant l’ aurige ne semblait plus assurer l’ étanchéité nécessaire.
UN DÉFI TECHNIQUE DE GRANDE PRÉCISION La première phase de la restauration a consisté à déposer les éléments du quadrige. Cette opération s’ est avérée très délicate et complexe, puisque les chevaux étaient ancrés dans le sol à l’ aide de barres en fer fixées dans les sabots plongeant dans la maçonnerie sur plus d’ un mètre de profondeur. L’ ensemble était maintenu à l’ aide de plomb chargé avec des éléments de ferraille. Une fois la totalité des ancrages retirés, les différents éléments ont été sécurisés sur des châssis métalliques conçus sur mesure comme pour les Renommées, puis transportés à l’ aide d’ un bras de grue dans les ateliers de restauration situés au pied de l’ arc.
Compte tenu des observations faites lors de l’ étude préalable quant à l’ état sanitaire du quadrige, il a été décidé de découper des trappes dimensionnées à taille d’ homme pour pouvoir pénétrer à l’ intérieur des chevaux et accéder à l’ ensemble des pattes et des têtes. L’ ouverture des chevaux a permis de constater qu’ ils étaient bien remplis d’ éléments d’ armature en fer et de terre ainsi que de végétaux et de paille tressée qui étaient probablement utilisés pour permettre d’ évacuer plus facilement les gaz au moment de la coulée du métal dans le moule.
Afin d’ assainir les surfaces externes des sculptures en bronze, un micro-gommage aux noyaux d’ abricots a été réalisé sur les chapiteaux comme sur l’ ensemble des éléments du quadrige. Ce traitement a permis de retirer les dépôts exogènes et certaines couches d’ oxydation sans retirer l’ ensemble de la patine verte du bronze. Ce micro-gommage a en outre atténué les phénomènes de coulures qui étaient notamment très visibles sur le bas-ventre des chevaux.
Afin d’ homogénéiser les surfaces, des opérations de repatinage à chaud ont été effectuées à l’ aide d’ oxydes métalliques. L’ opération a également contribué à protéger l’ ensemble des sculptures, tout en conservant une légère hétérogénéité dans les différentes teintes de vert, brun et noir qui caractérisent la patine des bronzes et participent à leur appréciation esthétique.
# 351 / Juin 2025