8 les enjeux environnementaux qui nous préoccupent. Les intégrations de séquences de tri des déchets, de gestion des gaspillages de matière et de matériel dans les formations pratiques sont tout aussi nécessaires que la sensibilisation générale. Éduquer à une approche plus systémique d’ un métier pratiqué au quotidien, en s’ efforçant de minimiser son impact sur la planète, doit être également notre ambition.
Rappelons qu’ à l’ échelle de notre association, notre stratégie RSO englobe de nombreuses thématiques liées à l’ alimentation, au bien-être, au transport, à l’ énergie, etc. Cette année, nous avons réalisé notre deuxième bilan carbone pour établir de manière plus précise notre démarche RSO. Parce qu’ elle doit impacter toutes nos activités sans exception, cette démarche RSO sera désormais rattachée au secrétariat général.
4. DONNER DE LA COHÉ- RENCE ET DU DYNAMISME AU RÔLE DES BÉNÉVOLES
Comme je vous l’ exprimais dans le projet associatif qui nous guide, nous devons redonner une dimension forte et alignée aux Compagnons itinérants et aux Compagnons sédentaires. En effet, lorsque leur dynamique est alignée sur notre projet et nos valeurs, ils constituent les maillons forts de nos transmissions. Beaucoup d’ organismes, en charge de la jeunesse, nous envient cette force vive que sont ces passeurs aînés attentifs. Pourtant, depuis quelques années, ceux-ci nous disent se sentir démunis face à une jeunesse si changeante et si déroutante par ses postures et ses choix parfois impulsifs.
Lorsque nous allons à la rencontre de bénévoles très actifs, nous constatons qu’ ils réclament tous de l’ aide et des moyens pour mieux accueillir et aider cette jeunesse à s’ installer dans un métier et dans une trajectoire de vie solide. Nos anciens ont l’ énergie nécessaire, mais elle demande à être canalisée pour être plus efficacement utilisée. Pour que la majorité des bénévoles- itinérants ou sédentaires- puissent se dire « Je tiens mon rôle », « L’ association est claire sur ses attentes », « Je m’ y retrouve mieux » et, surtout, « Je peux mesurer un résultat », il faudra faire évoluer les codes et les modes d’ accompagnement des jeunes, car ceux-ci ont atteint leurs limites.
L’ objectif étant de ne pas reproduire d’ anciens schémas devenus inefficaces ou inaudibles. Il faudra former, acculturer, voire reformater, nos approches socioéducatives envers la jeunesse. Le résultat attendu, c’ est un effectif de 700 Compagnons itinérants en 2028-2029. Ce nombre est celui que nous avons validé ensemble en 2023. 700 Compagnons, c’ est 10 % des 7 000 jeunes qui logent dans nos maisons chaque année. C’ est un seuil qui nous semble acceptable pour conjuguer les deux objectifs définis ci-après:
• Garantir au Compagnon itinérant la sérénité nécessaire, afin qu’ il puisse être ce jeune qui s’ affirme dans le rôle d’ encadrant que nous savons si bénéfique pour développer de futures capacités managériales.
• Permettre au Compagnon itinérant de s’ épanouir dans son début de carrière professionnelle, tout en restant apprenant et profitant d’ un temps personnel essentiel. Que les choix de ses missions et projets lui soient rendus plus variés et plus libres.
En 2023-2024, nous n’ avons reçu que 480 Compagnons, alors que nous comptabilisions 10 000 jeunes entrants en 2017-2018. Je vous laisse faire le calcul: nous avons su convaincre et accompagner moins de 5 % d’ entre eux pour qu’ ils deviennent Compagnons du Devoir et accèdent à la richesse d’ une vie d’ homme ou de femme de métier portés par une passion, un réseau et des valeurs.
Bien sûr, et sans doute comme vous, j’ entends parfois s’ exprimer la tentation de faire mieux avec moins de jeunes … Quelle ineptie! Ce serait donc ces jeunes en si grand nombre qui ne sont pas prêts et non l’ inverse? Oui, la jeunesse a changé. Oui, elle est plus exigeante et incontestablement plus volatile. Pourtant, elle seule est notre avenir! Réagissons! Nous devons changer, nous devons nous réinventer, nous devons tous nous convaincre que cela changera si nous sommes réellement acteurs, humbles et volontaires face aux exigences et aux contraintes de notre époque.
C’ est dans cette capacité à dialoguer, à s’ écouter, à réfléchir ensemble, à définir les axes d’ évolution ou d’ expérimentation que je me retrouve particulièrement et que je vous propose de poursuivre pour définir notre avenir commun. L’ avenir de notre association, c’ est celui de nos corps de métiers, celui de notre compagnonnage et de la place que nous voulons lui donner dans notre pays et partout où nous sommes présents dans le monde.
Nous devrons partager nos réflexions avec toutes les parties prenantes de notre association: l’ ensemble de nos salariés et les Compagnons sédentaires, inscrits durablement dans le fonctionnement de nos maisons de Compagnons. Tous témoignent régulièrement de leur motivation et de notre grande richesse de projets, mais aussi de notre fragilité à parler d’ une seule voix pour faire bien vivre le compagnonnage auprès de la jeunesse. Nous sommes pourtant riches de femmes et d’ hommes de métier convaincus de leur bon choix de vie et de valeurs.
Parmi eux, nous pouvons compter chaque année sur de nouveaux élus, forces vives très actives pour notre association au quotidien; ils sont délégués de métier, provinciaux et conseillers. Je souhaite souligner leur investissement et leur abnégation. Eux aussi méritent d’ être sans doute mieux préparés, mieux formés afin que ces gâches- ô combien prenantes- soient pour eux sources d’ épanouissement et de fierté de se mettre au service du compagnonnage.
Pour une grande part d’ entre eux, le volontariat initial se confronte dans les premiers temps à la complexité de notre association, tant dans son fonctionnement que dans la diversité de ses sujets. Parmi les chantiers prioritaires pour les prochains mois, il est à noter le besoin de tracer les contours de ce que sera le futur centre de formation interne: il sera dédié à l’ accompagnement et au coaching des nouveaux élus et bénévoles afin de mieux les préparer.
# 350 / Mai 2025