250603 - Journal #350 - V6 | Page 9

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L’ évolution de notre cérémonie d’ Adoption est un très bon exemple de notre manière de bien travailler ensemble à l’ évolution décidée en commun. Une commission a été constituée, pilotée par le Compagnon Patrick Doffémont, responsable du pôle de la Transmission. Elle fait suite aux demandes des provinces motivées par le fait que l’ Adoption soit plus adaptée et instructive pour la jeunesse, que ses enseignements soient mieux partagés avec la famille et les proches de chacun des jeunes ayant manifesté l’ envie d’ entrer activement en compagnonnage. Des expérimentations sont en cours, dont nous suivons les travaux. Nous veillerons à ce que le fruit de ces travaux soit partagé et présenté avant d’ acter une formule finale.
5. « S’ ALLIER » AUX FAMILLES DES JEUNES ITINÉRANTS
Comme je l’ ai partagé à plusieurs reprises avec certains d’ entre vous au cours de ces deux années écoulées, je nous enjoins à offrir une place mieux considérée aux familles des jeunes en route sur le Tour de France. Sur ce sujet, je ressens une forme de résistance incrédule, comme s’ il était trop complexe. Je crois plutôt qu’ il changera surtout nos habitudes et nos croyances. Il y a quelques années, il est possible que notre volonté d’ accompagner l’ émancipation des jeunes était majoritairement intégrée par les familles. Nos relations avec elles étaient très limitées au fur et à mesure des années de Tour de France.
Aujourd’ hui, je crois, au contraire, que les familles sont plus présentes dans l’ accompagnement de leurs enfants, fussent-ils majeurs. Comme la jeunesse, elles ont changé, elles sont plus ouvertes, critiques et plus diverses. Elles écoutent leur enfant, encouragent certes, mais elles relativisent aussi. Interrogeons-nous: comment partageons-nous, avec la famille du jeune, les enjeux et les étapes qu’ il devra vivre? Par le seul moment partagé de l’ Adoption me diront certains … et ensuite? Comment nous y prenons-nous pour entretenir la motivation de cette famille qui espère, à distance et souvent dans le silence, que tout se passe bien pour son fils ou sa fille?
Au moment où trop de jeunes nous quittent en première ou deuxième année de Tour de France, soit à 20 ou 21 ans, nous n’ avons plus de relation avec leurs familles. Ce n’ est pas une fatalité. C’ est une carence. Parce qu’ elles nous ont fait confiance en orientant leur adolescent( e) vers notre organisme, certes réputé mais si atypique, elles sont dignes de plus d’ intérêt de notre part. Pour fidéliser et sécuriser les parcours des Aspirants afin qu’ ils deviennent Compagnons, je suis profondément convaincu que les familles méritent plus
POUR FIDÉLISER ET SÉCURISER LES PARCOURS DES ASPIRANTS AFIN QU’ ILS DEVIENNENT COMPAGNONS, JE SUIS PROFONDÉMENT CONVAINCU QUE LES FAMILLES MÉRITENT PLUS D’ ATTENTION. CONVAINCU AUSSI QU’ ELLES SONT ATTENTIVES À NOS VALEURS ET QUE NOUS POUVONS EN FAIRE NOS ALLIÉES POUR LA RÉUSSITE DU JEUNE
d’ attention. Convaincu aussi qu’ elles sont attentives à nos valeurs et que nous pouvons en faire nos alliées pour la réussite du jeune qui a commencé son projet avec nous.
Nous devons travailler sans tarder sur le sujet avec sérénité et avec ouverture. Les corps de métiers ont, en ce sens, un grand rôle à jouer, car c’ est par le choix et la passion d’ un métier que le jeune s’ est révélé devenir adulte et c’ est par la meilleure connaissance du futur réseau d’ hommes et de femmes de métier, solidaires et bienveillants, que les familles pourraient mieux percevoir l’ intérêt pour leur enfant de devenir Compagnon du Devoir à son tour. Nous devons leur permettre ainsi d’ identifier que cela ne correspond pas à un titre honorifique ou à un niveau de compétences.
Partager avec les familles, c’ est aussi s’ obliger à expliquer, à rendre des comptes et répondre aux interrogations plus encore aujourd’ hui qu’ auparavant. Cette nécessaire transparence dans notre société, où tous les faits sont exposés et critiquables, est une évidence autant qu’ une obligation institutionnelle.
En résumé, je vous propose de partager bien plus avec les familles. Parce que partager c’ est élargir notre écosystème, c’ est faire preuve d’ ouverture, c’ est accueillir des contributeurs impliqués et des idées novatrices.
6. REPARTIR AVEC DES NOTIONS À TRAVAILLER
Aujourd’ hui, commence la troisième année de ce mandat: elle sera décisive pour œuvrer bien plus concrètement. En Conseil d’ orientation, nous partageons constats et besoin de sursaut. Notre objectif de réussir à augmenter le nombre de Compagnons itinérants se heurte toujours aux habitudes ou frilosités stériles. Avant que la démographie- et la concurrence plus rude qui en découlera inévitablement- ne nous fasse nous interroger sur nos investissements, il nous faut nous approprier, et ce, à tous les niveaux de notre communauté compagnonnique, plus « sincèrement et plus sérieusement » nos enjeux, nos objectifs et nos défis à relever en termes de changement.
Une voie s’ offre à nous pour moderniser et rompre l’ inefficacité de nos efforts: celle d’ expérimentations multiples, synonymes de rupture avec un Tour de France trop standardisé, qu’ il en devient sans doute trop routinier pour des Aspirants légitimement impatients.
Le premier levier est l’ attractivité de ce que nous proposons aux jeunes itinérants. Ils et elles nous témoignent encore trop souvent être captifs d’ habitudes et de décisions aussi arbitraires que simplistes.
Je réaffirme ici que le seul moyen de les fidéliser réside dans le fait que chaque nouvelle étape soit plus attrayante que la précédente. Que les engagements soient tenus et que la déception ne survienne pas au moment de changer à nouveau de ville. Je sais fort bien que les corps de métiers s’ efforcent d’ aller dans cette dynamique, mais qu’ ils sont freinés par les habitudes et les limites du bénévolat ou de la capacité des permanents en charge des embauches. Il faudra sans doute aider, corriger et expliquer comment faire bien mieux pour garantir un Tour de France jubilatoire, celui dont le jeune rêve.
Le deuxième levier, c’ est rompre avec la standardisation des lieux de vie des jeunes. Transformer nos maisons pour que choisir une nouvelle étape rime avec « aller vers de la nouveauté ». Cela est possible sans moyens majeurs, le seul frein est en nous, bénévoles et itinérants. D’ où vient donc cette posture de devoir perpétuer à l’ infini la forme de nos lieux de vie? Sûrement pas dans nos rituels d’ enseignement! Au contraire, on y fait surtout l’ éloge de l’ innovation, du génie et de l’ audace. Alors, chers Compagnons: « Sautons hardiment dans le xxi e siècle! »
Le troisième levier est plus prégnant, car il nous interroge sur nos capacités intrinsèques: nous devons intégrer que la jeunesse est impactée par plus de troubles et d’ addictions. Face à une société moins bienveillante, les demandes d’ aide de la jeunesse se multiplient. En effet, celle-ci perçoit fort bien nos valeurs, notre capacité de mettre en réussite. Nos Compagnons itinérants, nos responsables socio-éducatifs, nos prévôts et maîtresses de maison, nos équipes d’ accompagnement et nos élus réclament de l’ aide, car la tâche est immense et indispensable pour ne laisser aucun jeune valeureux de côté.
Nous avons décidé, à la suite des demandes répétées des élus du Conseil d’ orientation et des jeunes eux-mêmes, d’ initier un nouveau projet, sous le pilotage du Compagnon Hervé Pointillart. Ce projet a pour enjeu majeur de traduire la commande principale du projet associatif et de tous les élus: mieux accompagner la jeunesse et mieux
# 350 / Mai 2025