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Un groupe de travail du Collège des métiers lors de la visite du chantier de la Sagrada Familia en 2004 .
Tout cela démarrait fort bien , mais les belles idées se sont évanouies avec la dispersion de l ’ équipe à la Libération et avec l ’ installation du Conseil à Paris . Le bureau de la documentation disparaît et avec lui son rôle de source commune . Le corporatisme reprend vite ses droits et , pendant de longues décennies , le Collège des métiers n ’ en a que le nom . Non pas qu ’ il ne s ’ y fasse plus rien , bien au contraire , mais la notion de collège ne guide plus les métiers . On ne la retrouvera que partiellement avec le lancement de l ’ Encyclopédie des Métiers en 1965 .
C ’ est plutôt le fait , pour le délégué au Collège des métiers , de devenir un élu ( désormais appelé « délégué de métier ») qui va redonner de l ’ élan au concept à la fin des années 1970 . En effet , il va retrouver ses collègues au sein de l ’ assemblée des élus , qui prend le nom de « Conseil d ’ orientation » au début des années 1990 . De se côtoyer régulièrement pour débattre des évolutions de l ’ association émerge le besoin de faire collège . Ce n ’ est plus la source commune qui donne du sens à leurs travaux , mais la solidarité qu ’ impose la participation aux destinées du mouvement associatif . Rien n ’ est plus parlant que de voir aujourd ’ hui les délégués de métier arbitrer entre eux le budget commun du Collège des métiers , pourtant construit à partir des besoins , souhaits ou ambitions exprimés de façon « corporative ». Parmi les éléments favorisant cette belle avancée , l ’ on ne peut passer sous silence l ’ évolution des métiers eux-mêmes . Que ce soit par le développement d ’ autres techniques , d ’ autres matériaux ou d ’ autres organisations , le périmètre des métiers est devenu extensible et poreux , au
point de voir la transversalité s ’ inviter de fait dans les pratiques . Il suffit d ’ observer rien que chez nous la tendance des Compagnons à ne plus s ’ exprimer en tant que « métier » mais comme « les métiers de » ( l ’ aménagement et de la finition , du goût , des technologies associées , etc .) pour s ’ en convaincre , jusqu ’ à remettre en cause le nom de leurs métiers , qui pourtant ont traversé les siècles .
LE PLUS GRAND BÉNÉFICE DE CE TRAVAIL DES MÉTIERS EN COLLÈGE EST BIEN AU-DELÀ DE LA TRANSVERSALITÉ DES TECHNIQUES OU DE LEUR RÔLE SOCIAL . IL TOUCHE À LA MANIÈRE DE PENSER DE L ’ HOMME OU DE LA FEMME DE MÉTIER , ET DONC À SA CULTURE .
Cette transversalité va même au-delà des métiers liés par un socle de compétences communes . Elle s ’ exprime aujourd ’ hui de diverses manières , soit par une fonction finale commune , comme embellir l ’ espace ( et l ’ on voit les métiers des matériaux souples et ceux de menuisier et ébéniste tenir congrès ensemble ), soit par le jeu intelligent d ’ un transfert de compétences ( et les jardinierspaysagistes organisent un stage avec les peintres sur la couleur ) ou tout simplement motivée par une envie de partage que favorise naturellement le travail en collège des responsables d ’ institut .
Mais le plus grand bénéfice de ce travail des métiers en collège est bien au-delà de la transversalité des techniques ou de leur rôle social . Il touche à la manière de penser de l ’ homme ou de la femme de métier , et donc à sa culture . Car , jour après jour , la matière , l ’ environnement , les situations ou le rapport au temps impriment en nous une façon d ’ être . Juste deux exemples : là où le maréchalferrant ne dispose que d ’ une heure environ pour ferrer un cheval ( sans quoi l ’ animal perd patience et s ’ énerve ), le tailleur de pierre a un temps illimité pour faire son ouvrage ( hormis bien sûr les aspects économiques , valables pour tous les métiers ). Le cycle de travail du boulanger est d ’ une journée , celui du vigneron est d ’ une année …
De telles différences influent forcément sur notre perception du monde . Tout en les respectant et en les favorisant , la plus grande force de notre association est de mettre en collège toutes ces différentes sensibilités de métier , à la fois pour un enrichissement mutuel – déjà en soit une plusvalue majeure – et pour transcender l ’ addition de toutes ces identités construites à partir du terrain . N ’ est-ce pas cette « vision augmentée » du monde qui nous permet , sans doute plus ou moins inconsciemment , de projeter avec optimisme cette formidable histoire ouvrière dans le xxi e siècle ?
Jean Mopin Île-de-France la Franchise du Devoir
Conseiller au Secrétariat
1 - Compagnonnage , juillet-août 1945 .
# 309 / Juillet-août 2021