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© Stéphane Deroussent .
Qu ’ elles nous épatent ou nous questionnent , peu importe , puisque dans les deux cas l ' on cherche naturellement à en savoir davantage . À une question , la réponse conduit toujours à d ’ autres questions . Le pli est pris . Puis croiser ses sources , décaler son regard et … rester les deux pieds bien sur Terre .
Sauf que ce processus vertueux est sans doute un peu idéaliste . En tout cas , la réalité est tout autre pour beaucoup . L ’ envie est souvent versatile , sans cesse tentée par d ’ autres prairies à l ’ herbe plus verte . La rencontre peut s ’ avérer superficielle ou éphémère , à l ’ image de celle très active sur les réseaux sociaux . Quant à l ’ effort , il est presque devenu tabou , un gros mot dans l ’ arsenal pédagogique qui de plus en plus fait la part belle au jeu . Le credo actuel veut que l ’ on apprenne en jouant , de façon ludique . Je ne dis pas que cette méthode n ’ est pas intéressante , surtout chez les très jeunes enfants , mais est-elle adaptée à des jeunes déjà dans le monde du travail ?
Oui , pour beaucoup l ’ étude est une contrainte . On s ’ y met rarement par gaité de cœur , il faut justement « se forcer ». Dans les débuts de notre association , les anciens ont misé sur des technologies innovantes ( la projection , souvent animée , remplaçait l ’ austère tableau noir ) pour attirer les jeunes vers l ’ étude . Aujourd ’ hui , les technologies ( SPOC , MOOC et autres tutoriels ) – qui ne sont innovantes que pour les anciens ! – nécessitent de fournir toujours autant d ’ efforts , peut-être même davantage lorsque que l ’ on n ’ est plus en groupe dans une salle , mais seul devant son écran .
Savoir n ’ est pas comprendre , pas plus que regarder faire n ’ est savoir faire . Il faut accomplir un minimum d ’ efforts , et souvent beaucoup plus , pour y parvenir . Mais qu ’ il est difficile aujourd ’ hui d ’ accepter l ’ effort et la patience alors que le plaisir et l ’ instantané guident nos vies … Tiens , le plaisir , parlons-en ! Ce plaisir que l ’ on revendique en tout , jusqu ’ à affirmer que l ’ on ne peut rien obtenir de quelqu ’ un s ’ il n ’ y trouve pas du plaisir . Est-ce le plaisir qui nous sort du lit tous les matins pour aller au boulot ?
SAVOIR N ’ EST PAS COMPRENDRE , PAS PLUS QUE REGARDER FAIRE N ’ EST SAVOIR FAIRE . IL FAUT ACCOMPLIR UN MINIMUM D ’ EFFORTS , ET SOUVENT BEAUCOUP PLUS , POUR Y PARVENIR .
Pour ma part , je ne connais pas de plus grande satisfaction que d ’ arriver enfin à comprendre ou à faire quelque chose qui m ’ a longtemps résisté . Le plaisir n ’ accompagne pas l ’ effort , il en est la plus belle récompense . Qu ’ il fait beau le jour où l ’ on maîtrise enfin un geste , une technique , une langue … tout ce qui nous a demandé du temps et des efforts ! Et ce bonheur est encore décuplé lorsque que le résultat obtenu est mis au service des autres .
Certes , je fais partie d ’ une génération à qui l ’ on apprenait à différencier le temps de l ’ effort de celui du loisir , le premier imposant une discipline propre à obtenir la concentration nécessaire à la compréhension , le second tout entier dédié au plaisir . Ces deux temps étaient bien distincts . Les nouvelles méthodes pédagogiques tendent à les mélanger , sans doute parce que le support est le même : l ’ écran ! Mais si cet écran restitue bien une énorme quantité de savoirs , il n ’ y passe qu ’ une infime partie de la vie .
Le Tour de France rassemble ces trois étapes . Encore faut-il en avoir conscience et , bien entendu , avoir pour projet de vie de s ’ accomplir .
L ’ envie comme moteur , la rencontre comme carburant , l ’ étude comme plan de route et roulez jeunesse !
Jean Mopin Île-de-France la Franchise du Devoir
Conseiller au Secrétariat
# 304 / Février 2021