Yalla Shabab | 页面 55

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Au fil des rencontres Mohamed

Mustapha

Eclaireur de conscience dans les dédales de Jérusalem

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Mohamed Mustapha est guide pour Diwan voyage. Avec les intonations et la verve d’ un conteur il mêle discours érudit et réflexions personnelles pour nous raconter l’ histoire de Jérusalem. Pendant la visite de la Vieille ville, Yves a consciencieusement enregistré toutes ses paroles. En voici quelques courts extraits:

Entre brassage et consanguinité culturelle? « On ne sait rien du temple de Salomon, sa description, dans l’ ancien testament, semble être celle du temple de Tyr. Sur le Mur des lamentations on voit trois strates de maçonneries différentes qui retracent les périodes de l’ histoire de la Palestine: périodes Mamelouque, Omeyyade, Ottomane et non le soubassement d’ un temple antique. » « Moi, je suis, Arabe, Palestinien, essaoui( c’ est mon village, Essaoui veut dire « le village de Jésus’’), hiérosolymitain( habitant de Jérusalem) et musulman. Mais mes ancêtres, un jour, ont prié des dieux païens, et puis c’ est comme une famille: on était païens et, hop on découvre le judaïsme alors trois frères deviennent juifs,( moi j’ ai 6 frères et 4 sœurs). Puis arrive Jésus, ce gars il est révolutionnaire, tout ce qu’ il fait pour nous, les opprimés, est génial. Alors une partie de ma famille passe au christianisme. Puis l’ Islam arrive et on devient musulmans. Mais il y a toujours un brassage. S’ il n’ y a plus que des musulmans, j’ appelle ça de la « consanguinité culturelle ». Si l’ Autre n’ est pas, alors je vais devenir de plus en plus conservateur, fermé dans ma pensée même. »
La justice divine « Jésus, pour les musulmans, n’ est pas le fils de Dieu, mais il a un statut à part. C’ est le personnage le plus important dans le Coran, il est mentionné 24 fois. Mohamed, le prophète n’ est nommé que 4 fois. C’ est vous dire à quel point cet homme est important pour les chrétiens et les musulmans.»
« Les sionistes se sont des juifs convertis. Est-ce qu’ ils ont le droit pour eux? Moi je ne crois pas à un droit religieux. Il n’ ont pas le droit de quitter leur pays et de venir ici dire: « toi tu n’ as pas le droit d’ être ici, sors de là c’ est mon pays, je suis le peuple élu de la terre promise ». C’ est du racisme. Il n’ y a pas de peuple élu. Dieu n’ est pas raciste! … Dieu, je sais qu’ il est juste alors il ne peut pas être raciste. Il n’ y a pas de peuple élu, ni chez les juifs, ni chez les chrétiens, ni chez les musulmans, ni chez personne, nous sommes tous élus par Dieu. »
Le droit à la vie et à la mort. « Pourquoi je vous amène ici? Pour voir quelque chose de très important dans notre culture:‘’ qui a droit au monopole de la vie et de la mort?’’ Dans chaque ville arabe il y a traditionnellement une dizaine de sabîls, de fontaines, pour tous: chrétiens, musulmans, juifs. L’ eau est un droit, gratuit, c’ est le Calife, c’ est l’ Etat, qui fournit l’ eau, symbole de vie, gratuitement...
La mort, personne n’ a le monopole sur la mort. Quand on enterre nos morts on ne demande pas la confession, tu as droit à une terre pour enterrer ta mort... Regardez cette magnifique fontaine de l’ époque de Soliman le Magnifique. Il y a un sarcophage romain et il y a de l’ eau. On réunit les deux pour symboliser ce qui est important dans la culture arabe. Vous avez remarqué les grands muftis ils ont une coiffe rouge et blanche. Le blanc, c’ est leur linceul. Pourquoi un religieux musulman a t-il son linceul sur la tête? C’ est pour lui rappeler tous les jours que la mort est toujours là, présente, possible.»