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Carnet de voyage
Jour 1: mercredi 19 octobre
Entre pesanteur et légèreté
On dit souvent que c’ est la première impression qui compte, et l’ arrivée sur ce territoire en conflit nous a profondément marqués. La posture des douaniers israéliens, clairement hostile et agressive, a fait que certains se sont sentis humiliés. Mais la beauté de Jérusalem la nuit nous a laissés pressentir que notre voyage nous conduisait vers un ailleurs amical et bienveillant
Bye Bye la France!
C’ est le grand jour, Bageois, Narbonnais et Toulousains; nous nous retrouvons tous vers midi à l’ aéroport de Toulouse. Départ pour Istanbul à 14h30. Les voyageurs arrivent au compte-goutte, seul ou à plusieurs, avec des amis ou des membres de la famille, mais tous sont au rendez-vous. Pour tout le monde, c’ est le départ d’ une aventure longtemps attendue. L’ excitation est grande mais le groupe reste calme, prêt à affronter la longue journée de transport qui l’ attend. Après avoir embrassé une dernière fois ceux qui n’ ont pas la chance de nous accompagner, nous passons derrière les portiques. Ça y est, c’ est le départ vers l’ inconnu, livrés à nous-mêmes sur la route de la Palestine. Treize jeunes, trois encadrants et deux volontaires. Dix-huit personnes, de seize à soixante-dix ans. Dix-huit voyageurs partis rencontrer des habitants d’ une contrée lointaine dans l’ espoir de s’ enrichir d’ expériences uniques. À l’ heure du départ, tout s’ annonce pour le mieux. Entre le checking et les douanes, Nour fait chanter le piano du hall de l’ aéroport. Bel instant qui nous laisse présager un voyage calme et serein.
« La tension monte à l’ idée qu’ une partie du groupe soit contraint de rester au sol. »
Cependant, la mécanique s’ enraye rapidement: alors que tous les membres du groupe ont obtenu une place attitrée, Alexis, Marouane et Sylvain se retrouvent au fond de l’ avion, sans siège; le rang 25 n’ existe tout simplement pas! Les hôtesses nous informent qu’ une fois que tous les passagers seront installés, des places libres leur seront désignées … s’ il en reste. La tension monte à l’ idée qu’ une partie du groupe soit contraint de rester au sol. Par chance, ils obtiennent tous les trois un siège et l’ avion prend son envol. Après une courte escale en Turquie, nous partons en direction de Tel-Aviv et à 22h30, nous atterrissons enfin à l’ aéroport Ben Gourion. Heureux d’ être arrivés, nous savons néanmoins que le plus difficile reste encore à venir: la douane israélienne.
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Sélection à l’ entrée
Pour parer de probables difficultés, Jean et Sylvain prennent les devants et présentent les documents de l’ Union Européenne et du Consulat Français, qui doivent normalement nous faciliter le passage. C’ est peine perdue. Cinq jeunes sont mis de côté pour une investigation poussée. Les critères de sélection ne font aucun doute: ces jeunes s’ appellent Kheyra, Marouane, Mohammed, Meriam et Omar. Le racisme est ici institutionnalisé. Tous les cinq se retrouvent alors interrogés par les douaniers israéliens, obligés de fournir leurs numéros de téléphone et leurs adresses mail, ainsi que les prénoms de leurs parents et grands-parents. Malgré la tension, le petit groupe reste joyeux et tente à plusieurs reprises de communiquer avec les Israéliens.
Confrontés à un mur de préjugés, l’ initiative s’ avère peu fructueuse; « En Europe, ils sont pour les Palestiniens, ils n’ aiment pas Israël ». Sylvain est avec eux pour assurer la traduction et pour présenter les documents officiels. Alors qu’ il a déjà obtenu son visa, il subit les mêmes contrôles que les autres. C’ est la procédure. Pendant ce temps, le reste du groupe est en attente dans l’ aéroport. Raphaël et Nour font des courses de chariot dans les halls; Louis, Yves et Jérémie jouent aux cartes; Hélène prend quelques photos … Chacun s’ occupe comme il le peut.