La nudité sur les réseaux sociaux
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Dans notre société actuelle, tout ce qui se
rapproche de près ou de loin de la sexualité est
considéré comme tabou. C’est donc dans cette
logique que la nudité, en particulier celle des
femmes, est vue comme immorale. Cependant,
dans une société où le corps de la femme est jugé
et critiqué de manière permanente, décortiqué afin
d’en relever le moindre défaut, et soumis à des
critères de beauté imposés par « l’idéal
masculin », exposer cette nudité est devenu un
outil pour les femmes afin de s’affirmer et se
réapproprier leur corps. Grâce aux réseaux
sociaux
permettant
la
publication
de
photographies, notamment Instagram, Facebook
et Twitter, de nombreuses femmes montrent leur
combat pour se sentir bien dans leur corps au
travers de photos dénudées, et inspirent leur
public à aimer le leur.
Malheureusement, comme tout acte
féministe, ces publications sont réprimées,
notamment à travers la censure. En effet, des
réseaux tels que Facebook et Instagram ont une
politique sévère et injustifiée en ce qui concerne
la nudité féminine. Le second est connu pour
supprimer régulièrement des publications
illustrant un corps de femme considéré comme
différent de la « norme ». De nombreuses
photographies mettant en scène des femmes
grosses, avec des poils ou encore seins nus se sont
vus supprimées car ne respectant pas les règles de
publication d’Instagram. Afin de visibiliser ces
photos, deux utilisatrices d’Instagram, Molly
Soda et Arvida Byström, ont publié en 2017 Pics
or it Didn't Happen : Images Banned from
Instagram, un recueil de publications ayant été
supprimées du réseau social car déviant de la
« norme » imposée par le réseau social. Tout téton
doit être caché, couvert sur la photo d’une femme,
quand le torse d’un homme est considéré comme
commun. Certaines utilisatrices ont démontré le
non-sens de l’algorithme du réseau social en
ajoutant sur leurs photos des tétons d’homme à la
place des leurs : contrairement à d’autres, ces
publications n’ont pas été supprimées. La
sexualisation de la poitrine des femmes entraîne
une censure d’un art qui est libérateur pour elles
et leur permet d’apprendre à aimer leur corps.
En plus de cette censure, les utilisatrices de ces
réseaux subissent des remarques négatives
constantes, que ce soit des critiques sur leur
physique ou des insultes sur le fait de publier des
photos dénudées. Ce harcèlement provient non
seulement des internautes, majoritairement de
genre masculin et souvent anonymes, mais
aussi de leur entourage. Une femme qui
publie des photographies dénudées est vue
comme indécente, une « salope », des insultes
qui montrent la misogynie de notre société
face à la libération sexuelle des femmes.
J’ai pu m’entretenir avec Léa, une étudiante
de 19 ans. Utilisatrice régulière des réseaux
sociaux, je l’ai interrogée sur son lien à la
nudité sur ceux-ci.
T’exposes-tu régulièrement sur les réseaux
dénudée ou nue ?
Régulièrement non mais ça m’est déjà arrivé
sur Twitter et Instagram. Je n’étais pas nue,
on voit un bout de sous-vêtement ou un bout
de sein mais jamais nue ou totalement en
sous-vêtements.
@_moonyoursoul_