Semaine du féminisme journal | Page 9

La nudité sur les réseaux sociaux 8 Dans notre société actuelle, tout ce qui se rapproche de près ou de loin de la sexualité est considéré comme tabou. C’est donc dans cette logique que la nudité, en particulier celle des femmes, est vue comme immorale. Cependant, dans une société où le corps de la femme est jugé et critiqué de manière permanente, décortiqué afin d’en relever le moindre défaut, et soumis à des critères de beauté imposés par « l’idéal masculin », exposer cette nudité est devenu un outil pour les femmes afin de s’affirmer et se réapproprier leur corps. Grâce aux réseaux sociaux permettant la publication de photographies, notamment Instagram, Facebook et Twitter, de nombreuses femmes montrent leur combat pour se sentir bien dans leur corps au travers de photos dénudées, et inspirent leur public à aimer le leur. Malheureusement, comme tout acte féministe, ces publications sont réprimées, notamment à travers la censure. En effet, des réseaux tels que Facebook et Instagram ont une politique sévère et injustifiée en ce qui concerne la nudité féminine. Le second est connu pour supprimer régulièrement des publications illustrant un corps de femme considéré comme différent de la « norme ». De nombreuses photographies mettant en scène des femmes grosses, avec des poils ou encore seins nus se sont vus supprimées car ne respectant pas les règles de publication d’Instagram. Afin de visibiliser ces photos, deux utilisatrices d’Instagram, Molly Soda et Arvida Byström, ont publié en 2017 Pics or it Didn't Happen : Images Banned from Instagram, un recueil de publications ayant été supprimées du réseau social car déviant de la « norme » imposée par le réseau social. Tout téton doit être caché, couvert sur la photo d’une femme, quand le torse d’un homme est considéré comme commun. Certaines utilisatrices ont démontré le non-sens de l’algorithme du réseau social en ajoutant sur leurs photos des tétons d’homme à la place des leurs : contrairement à d’autres, ces publications n’ont pas été supprimées. La sexualisation de la poitrine des femmes entraîne une censure d’un art qui est libérateur pour elles et leur permet d’apprendre à aimer leur corps. En plus de cette censure, les utilisatrices de ces réseaux subissent des remarques négatives constantes, que ce soit des critiques sur leur physique ou des insultes sur le fait de publier des photos dénudées. Ce harcèlement provient non seulement des internautes, majoritairement de genre masculin et souvent anonymes, mais aussi de leur entourage. Une femme qui publie des photographies dénudées est vue comme indécente, une « salope », des insultes qui montrent la misogynie de notre société face à la libération sexuelle des femmes. J’ai pu m’entretenir avec Léa, une étudiante de 19 ans. Utilisatrice régulière des réseaux sociaux, je l’ai interrogée sur son lien à la nudité sur ceux-ci. T’exposes-tu régulièrement sur les réseaux dénudée ou nue ? Régulièrement non mais ça m’est déjà arrivé sur Twitter et Instagram. Je n’étais pas nue, on voit un bout de sous-vêtement ou un bout de sein mais jamais nue ou totalement en sous-vêtements. @_moonyoursoul_