Semaine du féminisme journal | Page 7

La taxe rose Aujourd’hui, en France, dans une société qui se veut égalitaire et progressiste, les femmes gagnent en moyenne 24% de moins que les hommes et 12,8% de moins à poste et expérience équivalents. Pourtant, ces mêmes femmes se voient proposer des biens de consommation à des prix élevés que leurs congénères masculins. C’est ce qu’on appelle la Taxe Rose. Cette notion naît au Etats-Unis dans les années 1990 sous le nom de Woman Tax. Elle est la conséquence d’un marketing genré que proposent les marques afin de doubler leur ventes. Un produit ne suffit plus, chacun dans un ménage doit avoir sa propre déclinaison d’un même produit. Or, ces produits sont bien identiques. Selon le marketing genré, tout ce qui s’adresse aux femmes doit être rose pour être identifiable comme féminin mais il faut rajouter à cela que tout ce qui est rose devient plus cher. Prenons les rasoirs jetables par exemple, qui, lorsqu’on les recouvre de rose, gagnent automatiquement quelques centimes. Certains expliquent cette logique par le fait qu’un prix plus élevé donne une certaine importance au produit, qu’il est synonyme de qualité. Les stéréotypes de genre voulant que la femme reste belle et coquette et l’homme fort et virile, on propose des produits plus « doux », plus « travaillés » aux femmes et des produits plus bruts aux hommes. Le marketing genré est donc un instrument véhiculant des stéréotypes, poussant à la surconsommation et contraignant les femmes à payer une taxe qui leur est spécifique. Fin 2015, le gouvernement publie tout de même les résultats d’une enquête dans lesquels il est affirmé qu’il n’y a « pas de phénomène global et avéré » de discriminations sur les prix des produits. Les femmes continuent donc de payer leurs rendez-vous chez le coiffeur parfois le double des hommes et doivent débourser toujours plus pour des produits d’hygiène et de beauté. Cette différence ne touche pas que des produits de consommation courante. Selon une enquête, 17 produits vendus sur les sites de Saint- Laurent, Valentino, Gucci, Dolce&Gabbana, Balmain et Alexander Wang affichaient des prix différents selon si le produit était destiné à un homme ou à une femme. Cet écart pouvait aller jusqu’à 1000$ pour le fameux smoking de Saint- Laurent. On pourrait se demander pourquoi ne pas acheter le produit bleu plutôt que le rose. Beaucoup de grandes surfaces séparent ces deux 6 couleurs dans deux rayons bien distincts. Ainsi, les clients se dirigent vers le rayon qui leur est désigné et la différence de prix est ainsi rendue invisible. A la taxe rose s’est ajouté la taxe tampon dont la baisse de 20% à 5,5% demandée par le collectif Georgette Sand a nécessité un long combat. Mais même avec la taxation des produits hygiéniques comme produits de première nécessité, ils restent encore difficiles d’accès aux plus précaires et des distributions sont encore organisées par des associations. Une femme dans sa vie utilise plus de 10 000 protections hygiéniques ce qui représente un budget d’entre 1500 et 2000€, à quoi il faut ajouter le coûts des antidouleurs, le rachat de sous-vêtements abîmés, etc… On obtient au final un budget règles qui s’élève à près de 20 000 € sur toute une vie. Agathe Baudoin