Chères règles : histoire d’un cycle en compagnie de
l’endométriose
Chères règles, La première fois que j’ai
entendu parler de toi, j’étais petite. Je me souviens
de la phrase suivante « Un jour, tu feras pipi du
sang ». Ça m’a terrorisé. Depuis ce jour-là, je
redoutais chaque passage aux toilettes. Tu as fini
par arriver. Le 18 juin 2009. Mon appel à la
féminité : « Françaises, Français, je vous annonce
que je deviens une femme ! J’étais en CM2 :
j’entrais au collège et je devenais une jeune
femme. Puis, notre histoire d’amour s’est
entachée. Classe de 6e, cours d’anglais :
expérience traumatisante. Ma serviette avait
bougé sans que je m’en rende compte et ça s’était
soldé par une tâche sur ma chaise. Rouge de
honte, je me souviens avoir frotté à la lingette la
trainée écarlate, sans pour autant qu’elle
disparaisse devant le regard désapprobateur de la
professeure.
Puis mon corps a changé, et toi aussi. En 4e, tu as commencé à me faire mal, très mal. J’ai
commencé à louper des cours à cause de la douleur de manière fréquente, en restant roulée en boule
au fond du lit. Le lycée est arrivé, et la douleur que tu causais a empiré. Mon corps devenait un champ
de bataille chaque mois, ton arrivée provoquait un combat où j’entrais en résistance. L’alitement était
devenu la norme à chacune de tes visites. Je me souviens d’un samedi matin, où ma maman m’a
retrouvé à demie-consciente dans le canapé, trop faible pour remonter après avoir pris un doliprane.
On m’a prescrit un anti-douleur plus fort, et puis j’ai lu les contre-indications. Depuis, je ne le prends
plus. Je serre les dents et j’ai prié pour que tu n’arrives pas pendant les épreuves du bac.
J’ai fait mon entrée en prépa et on est passé dans un autre stade de la douleur. Après les
douleurs causées par toi s’ajoute des migraines chroniques et des soucis digestifs. Décembre 2017, à
la suite de violentes douleurs survenues dans le mois me lacérant le corps, je termine aux urgences
gynécologiques après un cours d’histoire. Une soirée d’angoisse où je redoutais une opération ou
qu’on m’annonce une mauvaise nouvelle (et j’avais faim aussi). Cela marque aussi ma première
consultation gynécologique. Après 5h d’attente, je ressors furieuse et exténuée avec une prescription
de doliprane et qu’il « n’y a rien d’anormal ». J’enchaine prises de sang et échographie, la douleur
persiste. A chaque fois le même constat. Je découvre l’endométriose : un poids s’enlève de mes
épaules…pour y rajouter une enclume. Je me reconnais dans les symptômes, je me rapproche
d’associations : il semblerait que j’en sois atteinte. Je tombe des nues. Et puis tu commences à te
dérégler, toi, ma mer rouge, je peux désormais t’attendre 40 jours…ou 15. Les douleurs que tu
engendres deviennent chroniques.
Et voilà où nous en sommes toi et moi. Après une phase de déni, je m’apprête à entrer dans le
combat contre l’endométriose. C’est long (notamment pour trouver un·e spécialiste qui ne prend pas
que pour des consultations per-opératoire…il faut que je me fasse diagnostiquer avant) mais ça va en
valoir le coup. Tu bouscules ma vie avec cette course au diagnostic (avant que la maladie gagne un
peu plus de terrain) et je ne pourrais peut-être jamais tomber enceinte. Mais je me renseigne sur toi
(les différentes prises en charge - et c’est pas joli joli - ton fonctionnement, je passe de chouettes
soirées à lire des études et des articles) et j’apprends peu à peu à t’accepter. On est liées par le sang,
non ?
Margot Devigne
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